Marilou Forgues (personnage de Valérie) et Clifford Leduc-Vaillancourt (Mehdi), les deux rôles principaux, avec leurs épées magiques qui leur permettent de voyager jusqu’à l’époque médiévale.La chaîne de télévision TV5 Monde pourra projeter pendant trois ans quatre saisons de <em>Mehdi et Val, </em>créée par la scénariste gatinoise Marie-Hélène Dubé.
Marilou Forgues (personnage de Valérie) et Clifford Leduc-Vaillancourt (Mehdi), les deux rôles principaux, avec leurs épées magiques qui leur permettent de voyager jusqu’à l’époque médiévale.La chaîne de télévision TV5 Monde pourra projeter pendant trois ans quatre saisons de <em>Mehdi et Val, </em>créée par la scénariste gatinoise Marie-Hélène Dubé.

Des séries d'ici qui s'exportent

Catherine Morasse
Catherine Morasse
Le Droit
Le contenu télévisuel international ne s’est jamais aussi bien importé dans les salons québécois et canadiens. Mais l’inverse aussi est vrai : à l’heure où les séries d’ici gagnent en popularité à l’étranger, des productions francophones faites en Outaouais et dans l’Est ontarien se taillent elles aussi leur place dans d’autres marchés outre-mer.

Pour Marie-Pierre Gariépy, la vente de contenu télévisuel n’a pratiquement plus de secrets. À l’exception de ses magazines, la fondatrice et présidente de la boîte ottavienne Slalom a vendu toutes les productions de sa compagnie, qui en crée en moyenne trois par année depuis ses débuts en 2007.

La chaîne de télévision TV5 Monde pourra projeter pendant trois ans quatre saisons de <em>Mehdi et Val.</em>

À l’international, « pour moi, c’est une année record de ventes » : depuis 2019, deux de ses séries ont trouvé preneur chez des diffuseurs hors Canada. La chaîne de télévision TV5 Monde pourra projeter pendant trois ans quatre saisons de Mehdi et Val, créée par la scénariste gatinoise Marie-Hélène Dubé. La série jeunesse sera diffusée dans 160 pays avec des sous-titres en 24 langues. Et, petit nouveau sur la liste : La vie compliquée de Léa Olivier, qui porte à l’écran les romans pour adolescents de Catherine Girard-Audet, a été vendue en France, a appris Le Droit. La série a été lancée début 2020 sur Club Illico.

Il y a dix ans, voire cinq, « on disait que la télévision allait mourir, se souvient Marie-Pierre Gariépy. Le web arrivait. J’étais au début de la quarantaine, et je me disais que j’allais devoir changer de job… »

Avec le recul, on n’aurait pas pu être plus loin de la plaque : « on n’a jamais consommé autant d’heures de contenu », remarque-t-elle. Seulement, les modes de consommation ont changé — et le milieu de la télévision de la région en bénéficie.

À titre d’exemple, TV5 Monde a lancé cette semaine la plateforme en ligne TV5 Monde Plus, dont on parle comme un Netflix francophone disponible dans 194 pays. Près du quart de sa programmation est composée de contenu canadien — dont Mehdi et Val. Par ici la magie, du magicien gatinois Daniel Coutu, fait également partie de la programmation de TV5 Monde Plus, et de la télévision de TV5 Monde.

Par ici la magie, du magicien gatinois Daniel Coutu, fait partie de la programmation de TV5 Monde Plus, et de la télévision de TV5 Monde.

Hélas, le contenu canadien ne sera pas accessible aux téléspectateurs canadiens.

Ces ententes ont été négociées par CBC & Radio-Canada Distribution. Le diffuseur national s’est doté de cette division il y a près de trois ans afin de donner aux productions indépendantes leur place sur le marché international en expansion. Les séries franco-canadiennes, qu’elles soient «radio-canadiennes » ou non, « on en voit de plus en plus (s’exporter). Il y a un engouement, et je pense que c’est à cause de leur qualité, remarque la directrice des Partenariats de distribution de contenu Mia Desroches. Il y a une expertise qui s’est faite, qui fait qu’on fait vraiment des contenus originaux à des prix raisonnables. » Et cette popularité touche tous les contenus, qu’ils soient montréalais, produits en région, ou francophones en milieu minoritaire. « Je fais abstraction de la géographie ; ce qui compte, c’est la qualité de la production. »

La vie compliquée de Léa Olivier porte à l’écran les romans pour adolescents de Catherine Girard-Audet.

Mais ces prix raisonnables ont un double tranchant. « Ça a une limite. Il ne faut pas se mettre à tirer vers le bas en disant qu’on produit pour pas cher », prévient Mme Desroches, qui croit que les producteurs méritent une plus grande part de gâteau.

En 20 ans de métier, le réalisateur Martin Cadotte, qui a entre autres signé Mehdi et Val et La vie compliquée de Léa Olivier, a bien ressenti l’étau budgétaire se resserrer et les délais de production raccourcir. « Pour moi, c’est le plus gros défi en ce moment, et ce sera le plus gros défi à l’avenir, note-t-il. Avec les budgets qu’on a, toutes les équipes à tous les niveaux — les producteurs, les techniciens, les comédiens… –, tout le monde travaille fort pour chaque dollar investi. »

« Qui sait, espère-t-il. Peut-être que l’international pourrait nous aider à avoir plus de sous et à faire des projets plus longs, plus beaux, et avec des saisons plus longues. »

Quoi qu’il en soit, le jeu en vaut la chandelle, même si ce n’est que pour la fierté de voir rayonner sa culture, ses valeurs et son patelin à l’étranger, affirme Martin Cadotte. Daniel Coutu voit ces ventes comme un « investissement » qui paie en rayonnement et en crédibilité. « C’est la plus belle carte de visite qui soit. »