La directrice générale de Culture Outaouais, Julie Martineau.
La directrice générale de Culture Outaouais, Julie Martineau.

Culture Outaouais dresse un portrait minutieux de l’ensemble du secteur culturel

EXCLUSIF / Culture Outaouais (CO) dévoile ce vendredi 22 mai, une étude approfondie de la situation économique du secteur culturel.

Intitulé La culture en Outaouais : un secteur d’activité majeur pour l’économie régionale, ce rapport dresse, statistiques à l’appui, un portrait global — flatteur à plusieurs égards, moins reluisant selon d’autres critères — du milieu des arts et de la culture. Ce document synthétique s'appuie en grande partie sur une étude réalisée par l’Observatoire du développement de l’Outaouais (ODO), à la demande de CO.

Le secteur souffre d’un sous-financement criant, par rapport à l’ensemble de la province, fait valoir la directrice générale de l’organisme, Julie Martineau, à l’issue de ce document de 17 pages dont l'objectif est avant tout d'alimenter des discussions «constructives» autour de la relance économique du secteur, souligne-t-elle.

La culture constitue pourtant manifestement « un pôle économique incontournable », analyse CO. Selon les données rapportées, le secteur représentait 4,6 % des emplois en Outaouais en 2018 ; la région se classait ainsi « au 2e rang après Montréal » en ce qui a trait à « la part de l’industrie de l’information, de la culture et des loisirs » dans l’emploi total. 

En 2016, le secteur culturel constituait « 2,2 % du PIB de l’Outaouais », pour un montant total de « 277,8 M$, ou 726 $ par habitant ». Pourtant, le rapport de CO note que les dépenses des municipalités de l’Outaouais dans le domaine culturel sont « nettement inférieures » à celles des autres régions de la province. 

En 2016, ces investissements municipaux en Outaouais s’élevaient à 22,4 millions $, soit 57,94 $ par habitant : légèrement mieux qu’en 2009 (51,50 $ par habitant), mais très loin dans le classement des régions du Québec. 

À titre de comparaison, la région de Montréal a, la même année, investi 154,23 $ per capita dans la culture ; celle de Québec, 83,90 $ ; la Mauricie, 125,89 $ et le Saguenay-Lac-Saint-Jean, 95,65. 

« La contribution moyenne pour l’ensemble des municipalités du Québec se situait à 88,56 $ par habitant, rapporte l’organisme. L’Outaouais se retrouvait donc en queue de peloton, juste devant le Bas-Saint-Laurent (54,53 $ per capita), la région de Laval (53,35 $), la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine (47,54 $), l’Estrie (43,28 $), Chaudière-Appalaches (37,62),

Mme Martineau livre en conclusion du document un plaidoyer en faveur de « davantage d’infrastructures culturelles ». De tels investissements seraient au bénéfice non seulement des artistes et des travailleurs du secteur, mais aussi celui des consommateurs, y compris les touristes en visite. 

La Ville de Gatineau n’est pas mentionnée de façon isolée par ces statistiques, mais « oui, elle pourrait faire plus », estime la directrice de Culture Outaouais, questionnée sur cette question précise.

« Ce qui fait en sorte que le montant [des dépenses en infrastructure] augmente, ce sont les bibliothèques. Il y a une belle progression. Et je vois cette volonté [de continuer à investir]. Souhaitons que dans 5 ans, la bibliothèque du Plateau ne soit pas la seule à témoigner des investissements des paliers provincial et municipal ! »

« Pour ce qui est du nombre de salles de spectacles par habitant, on est [à Gatineau] en deçà des moyennes québécoises, ce qui explique un peu pourquoi elles sont tout le temps pleines », ajoute-t-elle.

« Le milieu arrive à bien rayonner. Reste qu’il pourrait rayonner davantage s’il était mieux soutenu », martèle Mme Martineau, qui juge par exemple « très insuffisante » l’offre d’« équipement de création » — c’est-à-dire le nombre de locaux, ateliers d’artistes et studios de répétition adéquats.

Un secteur dynamique

Le sous-financement dont souffre l’Outaouais est d’autant plus paradoxal que ses résidents sont parmi les plus dépensiers du Québec, en ce qui a trait à la consommation de produits culturels, selon les données réunies par CO. 

Le document de CO s’appuie sur les analyses de l'ODO et celles de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). Il comprend de chiffres tirés d’une récente Enquête sur les dépenses des municipalités au titre de la culture, et de Statistique Canada. Il est aussi étayé par des données analytiques provenant de l’Observatoire de la culture et des communications du Québec (OCCQ). La période analysée varie en fonction des sources, mais se situe essentiellement entre 2014 et 2018. 

« Les chiffres témoignent du dynamisme du secteur culturel en Outaouais et de son fort potentiel en tant que levier de développement économique », argue le rapport, tout en mettant aussi en lumière « les fragilités de ce secteur d’activité, et les défis à surmonter ».

L’offre culturelle peut être bonifiée

Dans le croisement de nombreuses données, Julie Martineau voit la preuve que la région est loin d’être saturée, sur le plan culturel. 

En 2014, la population de l’Outaouais consacrait en moyenne 223 $ par année à des produits culturels ou artistiques (ces chiffres englobent les dépenses faites à l’extérieur de la région, donc tiennent compte de la présence voisine d’Ottawa). C’est « plus que partout ailleurs au Québec », constate le rapport de CO. Pour l’ensemble de la province, la dépense moyenne s’établissait alors à 139 $ par an.

Le rapport met en exergue le fait que l’Outaouais est la région du Québec ayant « le plus haut taux de fréquentation des bibliothèques parmi les personnes de 15 ans et plus » (64,2 %). Et qu’elle occupe la 4e place, en ce qui a trait au taux de fréquentation des salles de cinéma. En 2014 toujours, l’Outaouais était « l’une des trois seules régions où le taux d’occupation des salles de cinéma a augmenté en 5 ans. »

« On voit que les citoyens sont au rendez-vous, qu’on n’est pas dans une région où il y a trop d’offres » par rapport à la demande culturelle, analyse Mme Martineau.

« L’inadéquation qui persiste entre l’appétit des gens de l’Outaouais pour la culture et les faibles investissements dans ce domaine, tant de la part du gouvernement provincial que des municipalités, prive sans doute la région de retombées potentielles bien plus importantes », résume l’étude de Culture Outaouais.

Savoir, preuves chiffrées à l’appui, que la région n’est pas « saturée » culturellement, « c’est une très bonne nouvelle. C’est un regard neuf qui va être utile aux décideurs. »

Le rapport permet « de mieux expliquer le rôle de la culture dans l’économie locale » ; ses données statistiques s’avéreront « précieuses » lors de futures représentations auprès des instances gouvernementales et des bailleurs de fonds, estime Julie Martineau.

Entre 2007 et 2016, le PIB du secteur culturel de l’Outaouais a enregistré une croissance de 16,2 %, se classant au 10e rang des 17 régions administratives de la province, retrace CO.

Retombées indirectes

Dans l’ensemble du Québec, « chaque dollar produit par “l’industrie des arts, spectacles et loisirs” a généré des retombées économiques totales de 1,97 $ sur le PIB », rapporte CO, sur la base d’une analyse de Statistique Canada datant de 2015.

Cet effet de levier tient compte de toutes les retombées « directes, indirectes et induites », et notamment de l’ensemble des emplois générés, y compris les « petites mains » qui travaillent dans l’ombre et les coulisses.

« Quand on parle de culture, on ne pense pas à tous les autres métiers qui tournent autour de l’artiste », rappelle Mme Martineau. Mais quand il est question de « l’apport économique de la culture », poursuit-elle, il faut s’intéresser à « tous les chaînons qui participent à la dynamique culturelle » de cet écosystème » — car l’effet multiplicateur qu’on observe alors est plus éloquent.

Or, cet effet multiplicateur « est supérieur à d’autres secteurs », constate CO, en le comparant notamment avec la construction résidentielle (des retombées estimées à 1,09 $, pour 1 $ dépensé), le milieu agricole (0,96 $) et l’exploitation forestière (0,84 $).

Selon la dirigeante de l’organisme, il est aujourd’hui « primordial d’encourager l’entrepreneuriat culturel » en offrant aux artistes des services adaptés et « les moyens d’exprimer leur créativité ». Ceci, « au bénéfice du progrès écono­mique et social » de la région.


« Le milieu arrive à bien rayonner. Reste qu’il pourrait rayonner davantage s’il était mieux soutenu »
Julie Martineau

Webinaire

Dans la foulée de la diffusion de ce document, Culture Outaouais organisera, le 5 juin prochain, un webinaire destiné à alimenter la réflexion sur le rôle que le secteur culturel peut jouer, au sein d’une relance économique post-COVID. 

Cet échange se fera virtuellement, via la plate-forme Zoom. On y accède sur inscription, via le site Internet de Culture Outaouais.

Combler un vide

Le rapport de CO ne se penche pas sur la précarité des artistes et artisans. Une lacune que Mme Martineau reconnaît volontiers. « Le document ne répond pas à tout. [...] C’est certain qu’il y a des choses à approfondir. C’est un survol, un premier exercice. »

Mais, bien qu’il soit « incomplet », convient-elle, ce document de travail vient combler « un vide ». Un tel outil s’appuyant sur des données statistiques récentes n’existait pas de mémoire récente, explique la directrice générale de CO, qui occupe ce poste depuis 2013 (à l’époque, le Conseil régional de la Culture de l’Outaouais). 

« Dans le passé, on manquait de données pour faire des parallèles ou des liens entre les chiffres. C’est la première fois qu’on fait cet exercice aussi poussé. [...] Le dernier portrait global de la situation établi par l’OCCQ “datait de 2012. Il y avait un vide de 7 ans de données. » 

«On a fait cet outil-là pour la communauté. Ça fait très longtemps qu’on se demandait, à la fois nous et les élus et les fonctionnaires» un tel portrait global, et constitué de chiffres fiables.