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Le Cinéma 9
Le Cinéma 9

Cinéma 9: l'aide de Québec est «une bouchée de pain»

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
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Alors que les propriétaires de salles de cinéma du Québec se «réjouissaient» de la mise en place d’un nouveau programme provincial d’aide aux cinémas, le propriétaire du Cinéma 9, à Gatineau, se faisait beaucoup plus réservé quant à cette mesure qu’il perçoit davantage comme «un pansement» que comme une véritable manne.

Cette aide avait été dévoilée la veille par le Ministère de la culture et des communications du Québec, qui la chiffrait à 4,6 millions $. Sur le papier, elle devrait permettre à 76 exploitants de salles de cinéma de se partager ce montant de 4,6 millions $

Mais pendant que l’Association des propriétaires de cinémas du Québec (APCQ) et la Corporation des salles de cinéma du Québec (CSCQ) «saluaient l’entrée en vigueur de cette mesure», Didier Farré n’y voyait là qu’«une bouchée de pain». 

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L’aide varie selon la taille de l’établissement. Le Cinéma 9, doté de neufs écrans, tombe dans la catégorie des exploitants de « 10 écrans et moins». Ceux-ci peuvent espérer obtenir 16 000 $ par écran. «Dans mon cas, ça donne 144 000 $.» 

Le geste gouvernemental atténuera «un peu» les problèmes économiques engendrés par la fermeture de son cinéma durant la période pandémique, mais la mesure n’a rien de spectaculaire à ses yeux. 

«Ça reste un geste appréciable, mais on aimerait avoir un peu plus d’engagement de la part du gouvernement fédéral», poursuit M. Farré. Ce dernier est pourtant membre de la CSCQ, qui représente 40 cinémas répartis dans 40 villes, pour un total de 396 écrans, et il était auparavant président de l’APCQ. 

«Le programme d’aide aux salles de cinéma contribuera à compenser en partie les lourds dommages subis par les propriétaires depuis le début de la pandémie. [...] Ce soutien financier nous donnera l’occasion de reprendre notre souffle en ces temps très difficiles», ont réagi jeudi, dans un communiqué conjoint, la CSCQ et l’APCQ.

Le propriétaire du Cinéma 9, Didier Farré

Pas assez d'argent pour tout le monde

Ce cadeau de 144 000 $ demeure pourtant hypothétique, ou conditionnel du moins, relève Didier Farré: «Ça, c’est tant qu’ils [la SODEC, qui administrera les fonds de ce programme d’aide] ont l’argent. Ils [le Ministère de la culture] ont bien dit qu’ils ne pourraient pas donner l’argent à tous ceux qui auront rempli la demande». 

Pendant ce temps, «on tough [survit]! » souffle M. Farré. Il «reste optimiste», mais ces 144 000 $ sont loin d’éponger ses frais courants.

Son calcul est simple: conséquence des mesures sanitaires exceptionnelles, le Cinéma 9 a été fermé sept mois sur les neuf mois qu’a duré la pandémie de COVID-19. Malgré l’absence de revenus d’exploitation, l’homme d’affaires a pourtant dû continuer à payer son loyer – qui s’élève mensuellement à «61 000 $, sans les taxes», précise-t-il. La seule multiplication de cette dépense donne 427 000 $ en loyer pour les sept mois de fermeture, se plaît-il à rappeler.

«Et puis il faut aussi payer les taxes municipales – de 120 000 $ par an» note Didier Farré en rappelant que d’autres municipalités du Québec, – comme la ville de St-Augustin-De-Desmaures, plus tôt cette semaine – ont annulé ou gelé leurs taxes résidentielles et commerciales: «un beau geste» qu’il aimerait voir appliqué sur le territoire gatinois.

Aide bonifiée pour la diffusion de contenu québécois

La hauteur de l’aide financière aux salles de cinéma annoncée par Québec mercredi dépend aussi de la diffusion de contenu québécois. L’aide sera bonifiée de 20% pour les exploitants qui peuvent prouver qu’ils ont diffusés davantage de films québécois en 2020 qu’en 2019.

Didier Farré accueille avec scepticisme cet élément de la mesure gouvernementale.

«Comment, en seulement trois mois d’exploitation, proposer plus de films qu’en 2019 ? Au Cinéma 9, on joue beaucoup de films québécois par rapport à d’autres salles, mais on a fermé longtemps... alors je ne sais pas comment ils vont faire leurs calculs» et si cette réalité sera prise en compte.

«Nous, on a donné [au Ministère] notre programmation de 2020 et le nombre de séances... et on attend. On ne sait pas. Mais il y a souvent des choses pas claires, dans ce genre de programme.»

«Le ministère de la Culture nous démontre qu’il a bien saisi les nombreux défis auxquels font face les propriétaires de salles de cinéma et l’importance d’agir pour soutenir les cinémas compte tenu de leur rôle clé dans la chaîne de vie d’un film. C’est d’ailleurs l’ensemble de l’industrie qui en bénéficiera», écrivent l’APCQ et la CSCQ. 

Didier Farré estime quant à lui que la réponse des deux organismes est sage, mais qu’elle reflète avant une posture «diplomate». «Si tu possèdes 35 cinémas ou plus, tu as le droit à 400 000$. Si tu as un complexe de 10 salles ou plus, tu as droit à 150 000 $. Moi, avec mes 9 écrans, ça donne 144 000 $ [...] C’est un pansement» dans la tempête, martèle-t-il. 


« On aimerait avoir un peu plus d’engagement de la part du gouvernement fédéral »
Didier Farré

Une vraie quarantaine

Il ne semble pas convaincu non plus de la réouverture prochaine des salles de cinéma – et autres espaces voués au divertissement, salle de spectacles et musées compris.

« Le gouvernement du Québec nous dit qu’on va probablement ouvrir en janvier [hors zones rouges]... je n’y crois pas une seconde. C’est certain que le nombre de cas va augmenter à Noël» car, malgré les consignes strictes pour limiter les rassemblements durant les fêtes de fin d’année, Didier Farré s’attend à ce que «les comportements ‘délinquants’» soit suffisamment nombreux pour favoriser l’essor d’une nouvelle vague virale communautaire.

Didier Farré ne plaide donc pas en faveur de la réouverture du Cinéma 9. Ni même celle des autres salles de cinéma au Québec.  Au contraire!

Ce qu’il souhaite, c’est plutôt une fermeture complète et définitive de tous les commerces, partout, et tout le monde en même temps – sauf les hôpitaux et les services essentiels.  La mesure serait doublée par un confinement total, chaque bulle chez soi... et ce durant 15 jours. 

Bref, il souhaiterait qu’«on s’impose de façon drastique une véritable quarantaine, au lieu de tergiverser pendant des mois, en cherchant à identifier quels commerces peuvent ouvrir, et quels autres  doivent fermer». Et qu’on en finisse avec le virus «une bonne fois pour toute». «Je ne comprends pas pourquoi, depuis neuf mois, ils n’ont pas encore pris des mesures drastiques, au lieu d’y aller pas à pas.»

«Les épiceries devraient elles aussi se plier à la consigne de fermeture« et les gens n’auraient qu’à faire de grosses courses, une seule fois, juste avant», argue-t-il. Quinze jours plus tard, le problèmes serait résolu, estime l'homme d'affaires.