William Notman, pionnier aux talents multiples

Il fut un artiste avant-gardiste, un homme d’affaires instinctif et un bâtisseur audacieux. Dès le 23 novembre, le Musée canadien de l’histoire visite la vie et l’œuvre du «pionnier canadien de la photographie» William Notman.

L’exposition Notman, photographe visionnaire tiendra l’affiche jusqu’au 14 avril 2019. Cette première rétrospective consacrée au photographe avait été exposée au Musée McCord en 2017. Les trois cents œuvres présentées sont extraites d’une collection de 450 000 photos, principalement des portraits et des paysages.

Dès l’entrée, le visiteur est frappé par une animation montrant Montréal à l’époque victorienne : c’est ainsi que William Notman a immortalisé la ville qu’il a habitée de 1856 à sa mort en 1891. Dans les salles suivantes, le visiteur rencontre le personnage sous ses différentes facettes; l’artiste, le portraitiste, le père, le réseauteur, l’entrepreneur.

« Cet homme-là est exceptionnel parce qu’il a excellé à plusieurs niveaux, expose la conservatrice de la collection de photographie du Musée McCord, Hélène Samson. Notman, c’était quelqu’un qui avait un sens des affaires, un sens de l’entregent, d’une très grande sociabilité, qui avait beaucoup de technique, d’une sagacité et qui avait un intérêt pour développer son médium.»

Né en Écosse en 1826, William Notman a immigré dans le « Nouveau-Monde » et fondé son studio en 1856. Il est arrivé au bon endroit, au bon moment : un essor démographique et économique animait Montréal, en même temps que se répandait l’usage des premiers ancêtres de la caméra. Curiosité et fascination entouraient ces prouesses de la technologie. En 1860 déjà, au moins une dizaine de studios de photographie avaient pignon sur rue dans le secteur de la place d’Armes.

Relations stratégiques

Rapidement, l’Écossais a tissé des liens avec les élites montréalaises – leurs nombreux portraits en petit format ou en version numérisée invitent les visiteurs à les regarder de près ou de loin. Ses relations lui ont attiré de nombreux contrats, dont celui des dernières étapes de la construction du pont Victoria (1858-1859).

Cette commande fut pour lui un tremplin efficace. Après l’inauguration du pont en la présence d’Albert Edward, prince de Galles, William Notman s’est mis à se présenter comme étant le « Photographer to the Queen ». Aucune lettre, déclaration ou document n’officialise ce titre. « Mais ça n’a jamais été contesté, ajoute Hélène Samson. C’était comme si c’était d’un commun accord avec la reine Victoria et son fils que c’était le Photographer to the Queen. »

Malgré une majorité qui voyait l’automatisme et la commercialisation de la photographie comme contraire à l’art, William Notman, lui, s’affichait en tant qu’artiste. Voulant démontrer l’aspect artistique de son médium, il n’hésitait pas à créer des illusions d’optique avec de la peinture sur les négatifs ou à réaliser des tableaux composites. Ses collages et ses scènes hivernales créées depuis son studio ont fait sa renommée mondialement.

Il suivait aussi de près les innovations technologiques les plus récentes et les adoptait rapidement. Par ailleurs, sachant la reine Victoria adepte des œuvres en trois dimensions, il a immortalisé le pont à son nom, ainsi que des attraits du Canada-Uni en stéréographie – l’effet 3D paraît à l’aide de stéréoscopes mis à la disposition des visiteurs.

Réseau de studios

À la fin de sa vie, William Notman avait bâti le plus grand réseau de studios en Amérique du Nord, qui s’étirait de Toronto à Halifax. Ses collaborateurs et lui-même ont construit une riche banque de photos de paysages canadiens qui occupent la dernière salle de l’exposition.

La construction des chemins de fer du Grand Tronc et du Canadien Pacifique figurent parmi les moments importants de « l’étape charnière » dans la construction du Canada dont il a été témoin.

« Il est arrivé avant la Confédération (…); il était au cœur d’un développement politico-économique extrêmement important. Et ça, il en était conscient, continue la conservatrice. Il a publié des ouvrages de ça; c’est un autre aspect de lui, le sens de se faire connaître, de laisser une trace. (L’exposition) montre comment il avait beaucoup de cartes dans son jeu. Et il les a bien jouées à une époque qui le permettait. »

POUR Y ALLER

Quoi : Exposition Notman, photographe visionnaire

Où : Musée canadien de l’histoire

Quand : Du 23 novembre au 14 avril 2019

Renseignements : museedelhistoire.ca