L’artiste Dominique Chauvaux a utilisé une bougie pour offrir un visage à 27 femmes autochtones disparues ou assassinées.

Une expo pour les femmes autochtones

Redonner un visage aux femmes autochtones disparues et assassinées, c’est ce qui a motivé l’artiste Dominique Chauvaux lorsqu’elle a troqué ses pinceaux pour des bougies et concevoir les 27 portraits qui compose son exposition Flammes qui se tient du 31 mai au 17 juin à la Galerie d’art Alpha.

« La question autochtone m’a toujours beaucoup touchée, que ce soit les pensionnats, ces histoires horribles d’aliénation. Mais lorsque j’ai entendu parler des femmes disparues ou assassinées, ça m’a troublée. Ce sont en quelque sorte mes sœurs », explique Dominique Chauvaux, cette Française installée au Canada depuis 40 ans, qui s’est lancée dans sa vocation d’artiste lorsqu’elle a pris sa retraite, il y a quatre ans.

Après avoir fait quelques recherches, l’artiste constate que parmi 306 femmes disparues qui figurent dans un registre, 27 d’entre elles n’avaient pas de photos pour accompagner leur nom. Bouleversée, elle décide donc de leur redonner un visage.

« Je trouvais que la flamme de bougie était un médium qui servait bien mon propos. Elle laisse une trace à la fois délicate et forte. Elle symbolise la vie, et je trouvais que c’était une bonne idée que de les représenter ainsi, précise l’artiste. Je voulais leur redonner un visage, une vie. Et leur rendre hommage. […] Mais ce ne sont pas des portraits en tant que tels, c’est plus symbolique. »

Si elle a suivi un certificat en art à l’École d’arts d’Ottawa pour se familiariser avec les différentes techniques, la traductrice de formation a depuis toujours un penchant pour le figuratif contemporain — avec une préférence pour les portraits. Mais c’est au cours d’un atelier de dessin créatif donné par l’artiste de Winnipeg Diana Thorneycroft qu’elle découvre cette technique du dessin à la suie. « J’ai voulu l’appliquer à mes compétences de portraitistes. Je me suis dit que je pourrais faire des visages avec la suie. »

Elle a donc décidé, le temps de ce projet, de troquer ses pinceaux et sa peinture à l’huile pour une bougie, pour rendre un visage à ses 27 femmes autochtones sans photo.

« Je me sers de la flamme de bougie comme d’un pinceau. Je tiens mon papier dans les airs et je dessine avec la flamme qui laisse une trace très fine. Je la retravaille ensuite au pinceau ou à l’efface. J’utilise parfois du pastel ou des traits de fusain [pour accentuer les traits ou donner de la couleur] », détaille Mme Chauvaux.

Et puisqu’on dit que « les yeux sont les fenêtres de l’âme », Dominique Chauvaux s’est attachée à particulièrement travailler cette partie de ces visages à la suie. « Je voulais mettre l’accent sur le regard, sur les yeux, puisqu’il nous renvoie vers notre propre regard. Et ainsi avoir un dialogue avec l’œuvre. »

Flammes, le nom de l’exposition, s’est imposé comme une évidence à l’artiste. « C’est à la fois le médium que j’utilise, mais c’est aussi la flamme de l’âme. Toutes ces femmes ont une eu âme, mais elles ont rapidement été soufflées comme la flamme d’une bougie. C’était ce symbolisme qui m’intéressait », confie l’artiste.

Si cette dernière ne cherche pas à « rendre cette horreur supportable », elle s’efforce néanmoins de projeter la lumière sur ces femmes autochtones disparues ou assassinées, souhaitant « les rendre plus présentes à notre conscience ».

« [L’objectif] était de sortir la lumière de l’obscurité. Ces femmes ont eu des destinées horribles, mais elles ont une âme. Et il y a une beauté là-dedans », conclut Dominique Chauvaux.

POUR Y ALLER

Quand ? Jusqu’au 17 juin

Où ? Galerie d’art Alpha (25, rue Murray, Ottawa)

Renseignements : www.alphaartgallery.ca ; 613-241-8789