Un univers entre ciel et fer

Mustapha Chadid est un personnage intrigant. Le sculpteur d’origine marocaine pose des questions plus qu’il n’y répond. À l’instar de son exposition Et si la machine te ressemblait ?, présentée à la Galerie Montcalm jusqu’au 4 mars. Portrait d’un jovial philosophe adepte des lignes de fer et des points d’interrogation.

Il a choisi la sculpture, cette discipline massive qui trône dans la galerie comme une reine archaïque entourée d’air. Deux œuvres sonorisées accueillent le visiteur mais c’est le vaisseau rond atterri au centre de l’espace Montcalm qui attire immédiatement l’attention. Un œuf ? Une navette ? Un sous-marin, peut-être ? On s’amuse à en faire le tour sans trouver d’ouverture pour s’y glisser. Voici Couvaison, « symbole de fécondité et de naissance », explique son sculpteur. Sur la paroi, la signature de Mustapha Chadid : des rosaces de fer définissant son style depuis ses débuts de sculpteur-forgeron. 

Quelques pas plus loin : un aigle, les ailes déployées, veille à la machine non-identifiée. Sur le cartel, on peut lire : « Des choses tirent leurs origines de cette chose. » Un titre en colimaçon,  en somme, dans la lignée de l’œuf et la poule (ou inversement), et qui laissera le visiteur dans un flou artistique savamment entretenu.   

« Un long titre donne davantage de dimension », s’amuse l’artiste établi à Gatineau. 

Là où, d’usage, la visite dans une galerie fait un strict aller et retour, du début à la fin, un immense plateau sans cimaises ou presque accueille la deuxième exposition solo de Mustapha Chadid.
La première a eu lieu en 2009.

« Fasciné par l’univers des machines et des engins mécaniques, il aborde le rapport qui s’établit entre l’évolution de l’homme et de la technologie », explique la note d’intention. 

Ses inspirations – murales abstraites à la Mondrian, formes animales ou maquettes de vaisseaux marins et aériens – sont réunies comme des enfants d’une même famille, nés du même fer. 

« Quand on regarde une machine, ça nous fascine immanquablement, fait-il remarquer. Mon père fabriquait des machines agricoles pour extraire l’eau du puits, par exemple, et j’ai toujours été passionné par la mécanique. »

« La machine a une utilité pratique ; or l’art permet de créer quelque chose qui n’en aura pas. » Que résulte-t-il de la fusion des deux ? 

Des installations sculptées comme des esquisses aux noms en pointillés : « ... et une idée germa dans mon esprit. », « Où s’en va donc ce grand silence ? », « Inventer ou continuer. » 

Et quand la machine est repensée à la manière d’un automate instrumental qui joue tout seul du violon (le supplice !), cela donne « Je chante à tue-tête sans aucune gêne. » Explications ? 

« Parfois, quand il n’y a plus rien à inventer, la machine continue toute seule. » Et même si l’effet sonore produit ne nous éblouit pas, au moins éclaire-t-il avec un soin artisanal cette vision cauchemardesque d’un monde dominé par les machines.


POUR Y ALLER

Quand ? Jusqu’au 4 mars

Où ? Galerie Montcalm

Renseignements : 819-595-7488