Ce qui rend les ptérosaures si fascinants, c’est qu’ils sont, avec les oiseaux et les chauves-souris, les seuls vertébrés à avoir maîtrisé le vol, rappelle l’exposition «Ptérosaure : Voler à l’ère des dinosaures».

Sur les ailes des ptérosaures

Si la vie protéïforme des dinosaures est désormais bien documentée, il en va tout autrement de leurs cousins les ptérosaures, dont les fossiles sont si rares que les paléontologues continuent de se perdre en conjectures.

L’exposition Ptérosaure : Voler à l’ère des dinosaures, à l’affiche du Musée canadien de la nature (MCN) du 14 juin au 2 septembre, parvient néanmoins à fouiller le sujet de façon intéressante. Et à donner — à grand renfort d’hypothèses scientifiques récentes — un riche aperçu de la diversité de ces créatures du crétacé qui n’étaient ni des dinos, ni des oiseaux, mais bien des reptiles volants.

Ce qui rend ces animaux si fascinants, c’est qu’ils sont, avec les oiseaux et les chauves-souris, les seuls vertébrés à avoir maîtrisé le vol, rappelle l’exposition. Au chapitre du vol, ils n’ont pour précurseurs que les insectes...

Mais, contrairement aux squelettes des dinosaures, dont les fossiles abondent, les os des ptérosaures se sont avérés bien trop fragiles et friables pour résister au processus de fossilisation qui leur aurait permis de résister à l’usure du temps, explique Jordan Mallon, paléontologue du MCN. Il n’existe d’ailleurs, sur la planète, pas plus d’une demi-douzaine de « sites d’intérêt » (hot spots) pour trouver des restes minéralisés de ptérosaures, rappelle-t-il.

À cause de leur extinction subite et définitive, et parce qu’on ne leur connaît pas de descendance généalogique directe ou indirecte, on est tenté de considérer les ptérosaures comme un exemple d’« échec de l’évolution ». « Mais cela n’est pas du tout le cas », assure le Dr Mallon, qui, du point de vue de l’évolution zoologique, voit au contraire une véritable « success story » dans l’« incroyable diversité » qui caractérise les ptérosaures.

Jordan Mallon, paléontologue du Musée canadien de la nature

Ces animaux ont conquis les cieux pendant 150 millions d’années. S’ils furent d’abord de taille très modeste, au début de leur apparition, ils ont fini par donner de multiples sous-espèces, dans une infinie variété de tailles et de têtes. S’adaptant à toutes sortes d’environnements et d’écosystèmes, ils ont aussi joué les rôles les plus variés, dans la chaîne alimentaire, les uns se nourrissant d’insectes, les autres de poissons, de mollusques ou de fruits, illustre encore le paléontologue.

On en dénombre aujourd’hui « une centaine d’espèces ». Dont une vingtaine arborant une crète osseuse distinguée... et distinctive. Et c’est précisément cette richesse qu’explore cette exposition itinérante empruntée à l’American Museum of Natural History à New York, et présentée en grande première canadienne.

L’étendue de la palette de formes, déteintes (les couleurs sont des extrapolations scientifiques) et de sous-espèces est étonnante.

Certains ptérosaures, constatera-t-on face à (ou en dessous de) certaines maquettes impressionnantes, atteignaient 6 m d’envergure — voire 10 m d’une aile à l’autre, dans le cas du quetzalcoatlus northropi, sorte de girafe des cieux.

On s’interroge en comparant l’énorme crète arrondie du thalassodromeus et celle, en forme de long poignard, du grand ptéranodon longiceps, ou encore cette autre crête qui devait faire office de voilure.

On s’extasie en faisant mine de compter les « dents » du pterodaustro guinazui (une forêt de plus de 1000 dents effilées, qui ne servent pas à mâcher mais à filtrer, à la manière des fanons des baleines ou les « dents » des flamants roses).

On s’ébaudit de l’étrangeté reptilienne du jeholopterus ningchengensis, ptéranosaure chinois dont le corps était recouvert non pas d’écailles mais de « poils » (des pycnofibres).

Au détour, on apprendra qu’ils volaient moins grâce à leurs ailes que grâce à leurs doigts. Et qu’ils marchaient sur leurs ailes, à quatre pattes.

En vol libre

L’exposition comprend beaucoup de maquettes et de reproduction, mais aussi de rarissimes fossiles venus de Chine, du Brésil, d’Allemagne et de Roumanie (les fameux « hot spots »), et la reconstitution de tout un écosystème.

Un court film explicatif décortique le processus de formation des fossiles (en résumé : l’eau, s’infiltrant dans le sol, dépose des minéraux qui finissent par remplacer lentement les ossements).

Mais gageons que l’atelier qui connaîtra le plus grand succès chez les jeunes sera ce jeu vidéo interactif dans lequel le visiteur, les deux bras tendus dans les airs, comme s’il s’agissait d’ailes, peut « contrôler » un ptérosaure en vol, et tenter d’attraper des poissons ou des insectes. Pas facile.

Un jeu vidéo interactif permet aux visiteurs, les deux bras tendus dans les airs, comme s’il s’agissait d’ailes, de « contrôler » un ptérosaure en vol, et tenter d’attraper des poissons ou des insectes.

Les portefeuilles les plus garnis pourront agrémenter cette visite de deux autres animations proposées en lien avec l’expo, mais situées ailleurs au musée : la projection du documentaire Monstres volants 3D, et, plus spectaculaire encore, une plate-forme de réalité virtuelle conçue par la société Somniacs.

On s’allonge sur cette machine baptisée Birdly, et, casque sur la tête, on agrippe les commandes de deux ailes mécaniques... pour littéralement plonger au crétacé, dans les airs, en immersion totale pendant quelques précieuses minutes.

+

POUR Y ALLER

Quand ? Du 14 juin au 2 septembre 2019

Où ? Musée canadien de la nature

Renseignements : nature.ca ; 1 800-263-4433