Fontaine scellée

Retour sur 50 ans de création

L’exposition « Les temps échelonnés – œuvres anciennes et récentes de Rita Rodrigue », en vernissage le dimanche 9 septembre à la Galerie Jean-Claude Bergeron, ramène en un temps et lieu des œuvres extraites des 50 années de création de l’artiste en arts visuels d’Aylmer. Une exposition courte et envoûtante, conçue avec recherche et soin, qui revisite la carrière d’une grande passionnée.

Dans ses 20 années d’enseignement, Rita Rodrigue s’est évertuée à inculquer chez ses apprentis la nécessité de l’expression honnête de soi. Tout ce qu’un artiste crée, a-t-elle expliqué, devrait avoir une facture reconnaissable. Un peu comme les personnages de Modigliani ont tous le même long visage, ou comme les Van Gogh se reconnaissent à l’impression de mouvement qu’ils dégagent. « Ça devrait se sentir », a-t-elle résumé lors d’une rencontre en début de semaine.

Et Rita Rodrigue, qu’est-ce qui distingue sa facture ? « Je ne sais pas ! » a pouffé la principale intéressée.

Rita Rodrigue

Pourtant. À maintes reprises, plusieurs ont avoué à Rita avoir reconnu son empreinte dans l’une de ses dizaines d’expositions solos ou en groupe. Et ce, à travers des nombreuses formes de son travail. Chaque personne évolue, et en ce qui concerne Rita Rodrigue, son art s’est métamorphosé au fil des phases de sa vie personnelle. Il a commencé avec la peinture, puis avec des acétates, et a fait un tournant vers le sculptural et le tridimensionnel.

Ce qui se reconnaît à travers ses œuvres, c’est leur profondeur conférée par une palette et une richesse de détails. Regardez-les une fois, vous verrez du bleu, des formes humaines, des matériaux usés. Regardez-les une deuxième fois, vous y remarquerez un autochtone ou une petite femme endormie, à l’abri sous une couche de peinture. L’œil décortique un symbolisme caché, une strate après l’autre.

L’exposition est organisée de façon chronologique. À gauche dans le vestibule se trouve Fontaine scellée. Cette peinture est tirée du Cantique des cantiques, une série de 22 tableaux produite en 1983 et inspirée des textes bibliques du même titre. L’aquarelle représente une femme mi-humaine, mi-végétale, dont les longs bras courbés rappellent des trompes de Fallope. « [Le Cantique des Cantiques] est le plus beau des poèmes que j’ai lus dans toute ma vie, s’est émue l’artiste. Le mélange de la nature avec l’humain, l’amour ; tout était fait d’une manière très douce. C’était d’une sensualité à fleur de peau, mais jamais en dehors du respect. [...] Je pense que ce genre d’histoire, c’est quelque chose qu’on voudrait tous connaître, un amour universel et dans la beauté de la vie et de la nature. »

Dans les années 1990, ses deux enfants se sont expatriés, l’une en Australie et l’autre en Turquie. Ces événements ont attristé la mère, mais ils ont fini par enrichir l’artiste. La distance physique avec sa famille a marqué le reste de son œuvre. Le visiteur peut l’observer sur le mur du salon, où est accrochée une sorte de coupole allongée sous laquelle se trouvent des coquillages d’Australie et des images transférées de tapis turcs. Cet assemblage, a confié l’artiste, découle d’un travail inconscient. Le résultat l’a surprise elle-même, et en regardant le tout de nouveau, son titre s’est imposé : Dôme pour une mère.

Enfin, l’exposition aboutit sur son travail le plus récent. La série Temps échelonnés présente des superpositions de dessins, photographies et compositions sur acétates, qui expriment le passage du temps sur les vies et les matières. « C’est une partie du passé, du présent et du futur que j’ai collés ensemble, a avancé la dame. Nous sommes tout le temps dans un trois temps : on traîne avec nous notre passé, on voudrait être dans le futur, et on est dans le présent. »

Il sera possible de visiter Les temps échelonnés – œuvres anciennes et récentes de Rita Rodrigue jusqu’au 23 septembre.

Livre rétrospectif

Le dimanche 9 septembre, en même temps que le vernissage, le livre Les temps échelonnés de Rita Rodrigue : 50 ans de création sera lancé. L’aventure a commencé il y a trois ans, quand l’Aylmeroise faisait le ménage de ses nombreuses diapositives. « J’ai découvert qu’ils représentaient vraiment ma vie. Vraiment, de A à Z, d’un bout à l’autre ! »

Le travail a été ardu ; il a fallu choisir parmi toutes les œuvres lesquelles feraient partie du bouquin, puis retoucher les diapositives, souvent de qualité moyenne. Résultat : un ouvrage de grande qualité imprimé en offset, avec 250 photos aux couleurs éclatantes. L’auteure Josée Valiquette y raconte la vie de Rita Rodrigue en reprenant ses mémoires. La conception graphique a été assurée par Gianni Caccia.

+

POUR Y ALLER

Quand ? Le 9 septembre entre 13 h 30 et 16 h

Où ? Galerie Jean-Claude Bergeron (150, rue St-Patrick, Ottawa)

Renseignements : galeriejeanclaudebergeron.ca