Une trentaine d'artistes d'ici peuvent échanger avec le public sur le site des Mosaïcultures.

Peindre au milieu des sculptures

Les Mosaïcultures profitent du long week-end de la fête du Travail pour mettre en valeur les artistes peintres de la région.

Une trentaine d’artistes d’ici investiront le parc Jacques-Cartier, du 1er au 3 septembre, afin de peindre in situ, au détour des sculptures végétales de Mosaïcultures.

Une tente destinée à l’exposition et à la vente sera installée, mais l’initiative est moins destinée à commercialiser leur production qu’à faire valoir (ou découvrir) ceux qui tiennent le pinceau.

Pastels, huile, photographie numérique.... ils seront libres de peindre qui des portraits, qui de croquer une scène ou le Parlement, qui de préférer l’abstraction picturale. Car « l’idée n’est pas de les faire peindre nos œuvres [végétales], précise le directeur des Mosaïcultures, Jacques Ouimette. On veut simplement leur donner l’occasion d’entrer en contact avec le public, car les gens ont peu d’occasions de parler à des créateurs ». Et ces derniers sont souvent astreints à un travail solitaire, dans l’ombre et le silence d’un atelier. Un tel échange ne peut être qu’enrichissant, estime-t-il.

L’initiative « permet aux gens de vivre un grand moment de création, [tout en] favorisant les échanges », poursuit-il en indiquant qu’une équipe du Musée des beaux-arts du Canada – celle qui anime les programmes éducatifs et les ateliers à destination du grand public – viendra donner des cours de peinture aux visiteurs. 

L’initiative est donc envisagée comme « une célébration de la vie artistique et culturelle de la grande région de Gatineau-Ottawa ». On pourra par exemple rencontrer Dominik Sokolowki. Des artistes-photographes participeront aussi à cette fête de la création.

« À Montréal, on avait fait un symposium d’artistes-peintres [dont on s’est inspiré]. Le public adore ça », surtout les enfants, témoigne celui qui organise ses cinquièmes Mosaïcultures (dont trois éditions à Montréal).

« On voit toujours des œuvres “finies”, comme si c’était “normal”. Pourtant, il n’y a là rien de normal. On n’imagine pas tout ce qu’il y a avant : la phase créative. [Le grand public] a rarement le privilège de rencontrer les gens qui créent ou l’opportunité d’assister au processus de création », poursuit M. Ouimette.

Corrid’Art

C’est justement pour faciliter cet « échange » que le directeur des Mosaïcultures a contacté les artistes visuels Jacques Desgagnés et Gilles Pelletier. Ce dernier est responsable de l’association Corrid’Art, une OSBL gatinoise fondée il y a deux ans pour fédérer les énergies autour de diverses initiatives artistiques et sportives. Les deux hommes ont convié 28 confrères et consœurs des deux bords de la rivière des Outaouais à poser leurs chevalets en pleine « nature », et à créer sur le site des Mosaïcultures.

Chacun pourra exposer plusieurs œuvres terminées, tout en travaillant sur une nouvelle toile. L’occasion est tout indiquée pour demander aux créateurs d’où leur vient leur inspiration, comment ils travaillent, ou ce qu’ils ressentent lorsqu’ils peignent, illustre M. Ouimette.

Jacques Desgagnés – qui préfère le terme « créateur » à celui d’« artiste peintre », statut qu’il juge réducteur – se réjouit de ce que ce rendez-vous avec le public se fasse dans un cadre aussi magnifique. 

Plutôt que d’être cordés dans quelque kiosque étriqué dans un centre d’exposition par trop anonyme, les artistes auront le bonheur d’exprimer leur art au beau milieu de sculptures végétales rivalisant beauté et de majesté. « C’est une rencontre de créateurs à l’intérieur même d’une grande création, cette belle et grande création qu’est Mosaïculture. » 

« L’Outaouais est une région qui a plein d’artistes », mais ceux-ci vivent « un peu cachés », loin des yeux du grand public, estime Jacques Desgagnés – dont on peut voir quelques grandes toiles abstraites à la librairie/galerie Bouquinart d’Aylmer, qui l’expose jusqu’au 16 septembre. 

« Je n’aurai donc pas grand-chose à montrer ce week-end », s’excuse-t-il. Mais qu’importe : ce qui l’intéresse de cette initiative n’est pas la partie commerciale, mais « l’expérience humaine, le contact avec les gens que je vais croiser », dit-il. « C’est plus facile de jaser avec eux » dans un tel contexte, dit-il.

Un grand rassemblement

Gilles Pelletier promet quant à lui d’« apporter quelques dessins » de son cru. Mais le geste lui semble presque secondaire : « ce que j’apprécie tout particulièrement de ce projet, c’est qu’il a permis de rassembler différents regroupements d’artistes de la région, et des deux bords de la rivière », souligne-t-il. 

L’activité a en effet permis de fédérer plusieurs associations indépendantes (la Fabrique, le Conseil des arts d’Aymer, la Halte des arts [à Val-des-Monts], Ottawa Arts Network, la Coopérative des arts visuels et des métiers d’art [CAVMA] de l’Outaouais, etc.) et même quelques galeries d’art, comme la Galerie Alpha et Bouquinart. 

D’aussi loin qu’il se souvienne, c’est la première fois qu’autant d’organismes en arts visuels de la région d’Ottawa-Gatineau se regroupent de la sorte, de Buckingham à Chelsea en passant par Ottawa. Quelques artistes viendront en toute indépendance d’affiliation. Voilà qui devrait donner un bel aperçu de l’éventail de ce qui se fait dans notre voisinage. 

Par ailleurs, des artistes algonquins proposeront des danses et des chants traditionnels à 11 h et à 13 h sur la Place d’animation des Mosaïcultures.

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UNE FORMIDABLE PLATEFORME PROMOTIONNELLE

La Ville «doit mettre en place des opportunités pour que les gens puissent découvrir » les nombreux artistes de la région, enchérit la conseillère municipale Louise Boudrias, marraine des activités de Mosaïcultures pour le long week-end de la Fête du Travail. 

La mairesse suppléante dit bien «réaliser les embûches que vivent les artistes». Elle a longtemps siégé sur la commission des arts et de la culture de la Ville, et sa mère était artiste-peintre. «Ces gens-là ont besoin de [lieux pour] exposer leur art aux citoyens. Je remercie les Mosaïcultures de leur avoir donné cette plate-formes là», pour qu’ils puissent rencontrer du monde... dont «des acheteurs potentiels». 

«C’est une belle occasion, carbeaucoup de touristes viennent visiter les Mosaïcultures», poursuit-elle. 

«Malgré un départ lent, en juillet, à cause de la canicule», le site reçoit 6000 à 7000 visiteurs par jour de fin de semaine, estime M. Ouimette.

«Ce que je veux, c’est que les gens, quand ils quittent le parc des Mosaïcultures, repartent en disant : "J’ai vécu quelque chose, j’ai ressenti quelque chose." Qu’ils se sentent nourris, grandis par ce "voyage"», dit-il en empruntant l’expression à Louise Boudrias, pour qui les Mosaïcultures sont un «voyage extraordinaire».

Les Mosaicultures se poursuivent jusqu’au 15 octobre.

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AUTRES THÈMES À AVENIR

Les thèmes hebdomadaires abordés (via différentes activités tenues les week-ends) cette année par la programmation des Mosaïcultures reflètent fidèlement 18 thématiques identifiées par la Ville de Gatineau, rappelle Jacques Ouimette. Cette fin de semaine est consacrée à l’art. 

Les thèmes des prochaines fins de semaines n’ont pas été dévoilés. Ils exploreront entre autre l’amitié Chine-Canada, la commémoration de la guerre de 14-18 et la bonne chère (le temps d’une «Vision gourmande» à laquelle participeront marchands et maraîchers de la région), laisse entendre M. Ouimette. Le week-end de l’Action de Grâce sera l’occasion de célébrer le Sentier culturel de Gatineau. «On démonte, et on rend la place aux acteurs du milieu culturel», sourit-il en parlant de «legs».