La conservatrice Anabelle Kienle Poňka propose une visite guidée de l’exposition de Paul Klee.

Paul Klee, le maître et l’ami

Les adultes reconnaîtront un grand peintre du XXe siècle ; les enfants rencontreront un complice qui admirait leur spontanéité. Jusqu’au 17 mars 2019, le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) immerge les visiteurs de tous âges dans l’univers fantaisiste et mouvementé de Paul Klee.

Cette rétrospective sur le maître suisse-allemand est la première au MBAC depuis 1979. Le Metropolitan Museum of Art de New York a ainsi prêté au musée ottavien 75 des 90 œuvres de sa collection, qui lui avait été léguée par le galeriste Heinz Berggruen… sauf pour la pièce finale.

À la toute fin de cette exposition familiale, une salle de jeu met à la disposition des artistes en herbe des formes géométriques magnétiques et des volumes de mousse colorée, semblables aux « pierres » de Château et soleil. Comme l’artiste en était un espiègle, le jeu est encouragé pour que tous puissent # EntrezDansKlee — c’est le mot — clic suggéré pour exposer sa création sur les réseaux sociaux. Un poste d’écoute propose aussi de découvrir les compositeurs préférés du fils de musiciens, lui-même violoniste accompli.

À savoir quelle forme leur chef-d’œuvre de mousse prendra, les aspirants Klee ont quelques salles pour s’imprégner de sa facture. « Il se distinguait par son langage unique, qui était un dérivé de l’utilisation de l’humour et de la fantaisie, et qui mélangeait vraiment les éléments figuraux avec l’abstraction », souligne Anabelle Kienle Poňka, conservatrice principale intérimaire de l’art européen et américain au MBAC.

« C’est une œuvre dont les autres artistes ont été inspirés plus tard et à laquelle ils se renvoient toujours. »

Ornées de cadres parfois bizarres (« ça montre que la collection a été assemblée par un individu ! »), les toiles souvent petites invitent à regarder de près 25 ans d’évolution artistique. L’exposition commence avec son voyage en Tunisie en 1914. Le trentenaire, qui jusque-là peignait beaucoup en noir et blanc, fut frappé de sa « révélation de la couleur ». Il y a produit 35 aquarelles en deux semaines. Son travail ne fut plus le même : c’est après ce voyage que Klee s’est mis à l’abstrait. Des renseignements, en versions « adulte » et « enfant », indiquent comment interpréter le sens caché de son travail.

Sa période la plus prolifique a suivi de 1921 à 1931, lorsqu’il était enseignant au Bauhaus. Ayant produit près de la moitié de son œuvre dans cette décennie — on estime qu’il est l’auteur d’en tout 8000 toiles —, la période est séparée en sections dont les thèmes semblaient « s’organiser d’eux-mêmes ». « Il y a un groupe d’œuvres qui trouvent écho dans l’art enfantin », comme son Portrait d’un homme jaune (1921), dont la complexité se dévoile dans le détail.

Au crépuscule de cette période dorée, Paul Klee s’est heurté au parti national-socialiste. Requalifié comme un « schizophrène » et un « artiste dégénéré » en raison de ses racines juives, il s’est expatrié en Suisse, où il s’est éteint en 1940. Ses travaux de fin de vie traduisent la souffrance de l’homme atteint d’une maladie rare.

Son travail, continue Anabelle Kienle Poňka, n’a jamais cessé d’être « pertinent », pour lui-même et pour le public. « Il s’agit aussi de rester pertinent à son époque. L’époque pendant laquelle il vivait et travaillait était tragique. Il amène cela à un nouveau niveau en utilisant l’abstraction comme un moyen de nous en dire beaucoup. Que ce soit, par exemple, avec Girl in Mourning, il y avait un grand élément de tristesse, mais avec une espièglerie qui ne nous quitte jamais. »

Anabelle Kienle Poňka guidera une visite de l’exposition le samedi 17 novembre, à 13 h 30. L’activité sera en anglais avec une période de questions bilingue.

+

POUR Y ALLER

Quand ? Du vendredi 16 novembre 2018 au dimanche 17 mars 2019 (Visite guidée avec Anabelle Kienle Ponka le samedi 17 novembre à 13 h 30)

Où ? Musée des Beaux-Arts du Canada

Renseignements : beaux-arts.ca