C'était le lancement de l'exposition Frida Kahlo, Diego Rivera et le modernisme mexicain au MNBAQ, mercredi.

MNBAQ: dans l’univers mythique de Frida Kahlo [PHOTOS + VIDÉO]

Dans la tête de Frida Kahlo se cache un univers fascinant, des tableaux inspirés de vives émotions qui expriment des douleurs physiques et psychologiques d’un parcours de vie difficile ainsi que d’une relation tumultueuse. Le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) nous permet dès jeudi une entrée privilégiée dans la vie de cette artiste devenue une véritable vedette.

Kahlo a entamé sa vie d’adulte allongée dans un lit pendant plusieurs mois, trop faible pour marcher après un grave accident de la route. Elle y a appris à peindre, avec pour modèle la réflexion d’elle-même dans un miroir accroché au mur. Elle a terminé ses courtes 47 années d’existence au même endroit, allongée pendant plusieurs mois avec un corps affaibli par la maladie, mais toujours capable de peindre. Elle aura laissé derrière elle 143 tableaux, et d’autres secrets...

L’exposition Frida Kahlo, Diego Rivera et le modernisme mexicain a connu un franc succès partout où elle s’est arrêtée dans les dernières années. Après Bologne, Sydney et Istanbul, Québec peut profiter de la richesse des œuvres rassemblées, afin d’illustrer le parcours puissant et émotionnel de ce couple d’artistes mexicains.

Des tableaux colorés, beaucoup de portraits et des dizaines de photographies : le MNBAQ plonge les visiteurs dans la vie de Frida Kahlo, de son cher Diego et d’autres artistes de son entourage.

«Pour voir autant d’œuvres de Frida Kahlo réunies, il faut aller à Mexico... ou cet hiver à Québec. Il n’y a pas d’autres endroits dans le monde où il y en aura autant. L’exposition circule sur la scène internationale depuis plusieurs années, c’est un privilège d’avoir tout ça ici», note André Gilbert, conservateur des expositions au MNBAQ. Il s’occuper notamment de la préparation et de la logistique de l’exposition.

Plus d’un couple à l’honneur

Le musée nous permet d’entrer dans l’univers mexicain avec trois grands thèmes principaux. Le premier est le monde de Rivera : coloré et rempli de personnages ayant marqué l’histoire. En plus de ses tableaux, on y présente entre autres des reproductions de ses fresques, qui recouvrent notamment le bâtiment du ministère de l’Éducation au Mexique — l’œuvre originale fait 1600 mètres carrés. Ensuite, on se dirige vers le monde de Kahlo, avec tous ses portraits. Le troisième espace explore le talent d’autres artistes mexicains de la collection, plus connu au Mexique qu’au Québec.

«Mais Frida Kahlo est toujours au centre de chacune des salles, c’est autour d’elle que l’on présente différentes sections et thématiques. Il y a beaucoup à dire sur la biographie de ces personnes, sur le contexte de l’histoire culturelle du Mexique. Ce n’est pas une exposition seulement contemplative, on apprécie des œuvres pour leur beauté, mais on s’informe aussi, ce qui fait une exposition plus riche», indique M. Gilbert.

On y retrouve entre autres les œuvres du couple de photographes Lola et Manuel Alvarez Bravo, ou celles des collectionneurs Jacques et Natasha Gelman.

«Ces gens-là se fréquentaient, ils étaient des amis intimes et on raconte une tranche de vie exceptionnelle. Le milieu culturel et artistique à Mexico dans les années 40 et 50, c’est foisonnant, plein de vie, beaucoup de monde et beaucoup d’action. C’est une période impressionnante et on peut rendre contre de cette période à travers l’exposition», ajoute le commissaire.

Un modèle

Frida Kahlo a été parmi les premières à se mettre elle-même en vedette avec ses autoportraits, 70 ans avant la tendance des égoportraits… Elle assumait son corps brisé par la maladie ou les blessures, ce qui se veut plus rare étant donné que l’art permettait davantage de mettre en lumière la beauté. 

«Frida est une des premières artistes à se prendre elle même comme sujet de son art, à représenter le corps souffrant. Elle donne un rôle très important à la photographie dans sa pratique. C’est assez moderne comme habitude et ça nous ressemble beaucoup sur certains aspects.»

Plusieurs dessins font aussi partie de la collection, des dessins intimes qui au départ n’étaient pas destinés à la vente. Ces morceaux sont uniques, moins connus des amateurs d’art. 

«Elle s’assume malgré ses handicaps et ses difficultés, c’est une femme très courageuse qui a lutté toute sa vie. C’est ce qui fait d’elle un modèle», considère M. Gilbert.

Une attaque de poliomyélite lors de son enfance aura privé l’artiste de l’usage d’une de ses jambes, puis à 18 ans elle a été impliquée dans un grave accident d’autobus. Après sa mort (1954), Kahlo est devenue un emblème, une marque de commerce. Son œuvre suscite encore un intérêt croissant, autant au Mexique qu’à l’étranger. Cette «Fridamania» est née d’une reconnaissance marquée des émotions que se dégagent de ses tableaux.

Frida Khalo, Diego Rivera et le modernisme mexicain se déroule du 13 février au 18 mai. Pour plus d’informations : www.mnbaq.org

L’exposition Frida Kahlo, Diego Rivera et le modernisme mexicain au MNBAQ

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UNE RELATION TUMULTUEUSE

Frida Kahlo et Diego Rivera, un couple formé de deux véritables opposés... mais qui se complètent parfaitement.

L’exposition sur les deux artistes mexicains présentée au Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) témoigne de la vie des deux personnages et de l’histoire culturelle et artistique de leur pays, mais aussi d’une vie de couple qui a intéressé le monde entier.

«Ils entretiennent une relation controversée, complexe et très passionnelle», estime le commissaire de l’exposition, André Gilbert.

Rivera est le principal artiste muraliste de son époque; à la demande du gouvernement, il a décoré les édifices les plus importants de Mexico avec des œuvres gigantesques de plusieurs mètres, mettant en vedette des personnages importants de l’histoire du pays. Deux reproductions (plus petites) de ses grandes fresques font partie de l’exposition du MBAQ.  

Vers la fin des années 20, la vedette rencontre Frida à l’âge de 42 ans, alors qu’elle en a seulement 21. Ils se marient en 1929 et les deux artistes entament alors une relation marquée par les infidélités — la sœur de Kahlo sera même l’amante de 

Rivera à un certain moment — et par un amour fusionnel. Ils divorceront même, pour se remarier un an plus tard. Leur relation aura duré un quart de siècle puisque Frida s’est éteinte jeune, à 47 ans.

Alors que Rivera (1886-1957) est connu pour ses géantes œuvres historiques, Frida a atteint la popularité avec ses petits tableaux sensibles, intimes qui représentent en majorité des portraits d’elle-même. L’un a effectué plusieurs années d’études pour atteindre le sommet de son art, alors que l’autre a appris à peindre en guise de thérapie, pour s’éloigner de ses souffrances.