Bridget Thompson et Danny Hussey attendent les visiteurs au Central Art Garage, situé dans le quartier chinois d'Ottawa.

Les voix dissidentes du 150e

Non, le 150e anniversaire de la Confédération ne fait pas l'unanimité. Certains ne s'en soucient guère, d'autres adoptent une attitude plus circonspecte face à l'événement promotionnel de l'année.
En parcourant l'exposition It's complicated, on mesure le fossé qui sépare le tohu-bohu événementiel submergeant actuellement Ottawa et la souffrance d'une partie de la population - en l'occurrence autochtone - qui ne se reconnaît pas dans ces célébrations.
« Quand vous commencerez à respecter mes croyances et ma culture, quand vous arrêterez d'assassiner mes femmes et enfants, quand mon peuple pourra marcher librement sur ses terres et respirer de l'air sain et boire de l'eau propre et claire, alors seulement à ce moment-là je déciderai de me joindre à vous pour une quelconque célébration. »
Ce texte anglais de l'artiste ojibwe Ron Noganosh - ici traduit en français - et écrit en rouge sanguinolent sur un tableau blanc, exprime le sentiment de solitude que peut partager une partie de la communauté autochtone.
Jusqu'au 31 juillet, la galerie Central Art Garage offre un refuge à ces voix dissidentes qui ont choisi de questionner le discours dominant de l'incontournable anniversaire. En tout, 11 artistes amérindiens réunis à l'enseigne du 007 Collective se partagent l'espace confidentiel de cette petite galerie nichée en retrait de Chinatown, au 66 B, rue Lebreton.
Ancien garage automobile, ce lieu bien caché se dévoile à qui veut vraiment s'y rendre. « Nos visiteurs sont des amateurs d'art, ceux qui viennent nous connaissent, ils savent comment nous trouver », assume fièrement Danny Hussey, qui a ouvert sa galerie il y a quatre ans avec son associée Bridget Thompson.
Central Art Garage est doté d'un studio proposant également des services d'encadrement sur-mesure et s'est donné pour mission d'exposer des artistes peu représentés, « d'Halifax à Vancouver », précise le galeriste. 
« Nous avons beaucoup voyagé avant de jeter notre dévolu sur ce local situé hors des sentiers battus. Nous voulions offrir aux artistes un lieu ouvert à l'expérimentation. » 
Le profil atypique de la galerie répondait aux attentes du collectif 007, un groupe d'artistes autochtones « auto-dirigé, sans commissaire, refusant toute contribution du gouvernement fédéral » même si, pour cet événement, la galerie a collaboré avec le Centre national des arts pour être incluse dans la programmation de Scène Canada.  
Discrète, cette exposition n'en est pas moins éloquente sur la perspective autochtone en 2017. On pense à l'artiste Barry Ace et à sa photographie de la statue de Kitchi Zibi Omàmìwininì originellement plantée au pied de Samuel de Champlain, à Ottawa, et repositionnée en meilleure posture après contestation, par  la communauté autochtone, de son infériorité physique. Ton doux-amer chez le vétéran du groupe, Ron Noganosh et sa lampe girouette où défile un Éden canadien de rivières sauvages aboutissant à un paysage englué par les pipelines. Les messages passent sans ambiguïté, aux antipodes des flonflons de circonstance.   
Samedi 17 juin, jour du vernissage de l'exposition, le stationnement de la galerie se transformera en agora publique animée de discussions avec les artistes exposés (de 16 h à 17 h 30), et de projections vidéos à la nuit tombée.
Une visite fort recommandée, ne serait-ce que pour améliorer notre compréhension de ce sesquicentenaire et compléter notre représentation de celui-ci.

Pour y aller

Quand : Jusqu'au 31 juillet
Où : Central Art Garage (66 B, rue Lebreton)
Renseignements : centralartgarage.com