Les Ottaviens prennent la pose avec Rip Hopkins

Dans les années 1950, Robert Frank avait sillonné les États-Unis et immortalisé sa vision du pays dans l'un des livres mythiques de l'histoire de la photographie. Son titre : Les Américains. Pour célébrer le 150e anniversaire de la Confédération, l'Ambassade de France et le Haut-commissariat du Royaume-Uni convient le photographe britannique Rip Hopkins à réaliser une série contemporaine sur les Canadiens.
Yoga sur la colline parlementaire, festival des tulipes et autres scènes typiques de la vie ottavienne agrémenteront l'exposition Canada Canada, présentée du 1er mai au 4 juin à l'hôtel de ville d'Ottawa. 
Le Droit s'est prêté au jeu d'une séance photo en octobre, le temps d'une pose mi-sérieuse, mi-flatteuse « façon Spotlight. » 
Pour réaliser le portrait de la salle de rédaction, Rip Hopkins a apporté son bleu de travail : « un jean et une chemise. » La tenue typique du journaliste, analyse ce photographe membre de l'Agence Vu, réputé pour ses mises en scène soigneusement décalées.
Cet ancien photographe documentaire à Médecins sans frontières orchestre ses prises de vue en deux trois mouvements, avec la complicité des sujets sélectionnés. Il entend montrer toutes les facettes de la ville : le voilà déguisé en prêtre en plein office d'église, ou nouveau membre du cabinet du maire Jim Watson, non sans avoir rejoint les rangs de la police d'Ottawa, la veille. 
Où est Rip Hopkins ? 
Sa série Canada Canada, il l'imagine inclusive et interactive. Le photographe a choisi de se glisser dans ces portraits réalisés au retardateur, s'inspirant du concept de Où est Charlie ? En adoptant la tenue vestimentaire et l'attitude des habitants de la ville, il veut ainsi illustrer « qu'il est facile de s'assimiler à la culture canadienne. »
Depuis mai 2016, le photographe à la réputation internationale façonne une mosaïque de quelque 150 clichés d'Ottawa, effectuant de courts séjours dans la capitale à chaque saison. 
Ses visites relèvent du marathon : assisté de Pépita Car, chargée de mission culturelle à l'Ambassade de France, il enchaîne les séances photo dans lesquelles il se fond, à raison de six clichés par jour. Son objectif ne cherche pas à capter les sourires forcés mais à saisir l'esthétique d'un lieu, le réalisme décalé d'une situation.    
L'un de ses ressorts est la candeur, laquelle ne saurait être tenue pour fausse puisqu'elle relève de la plus authentique collaboration de ses participants. Derrière l'objectif de Rip Hopkins, chaque sujet devient en quelque sorte « acteur de lui-même, » complice de l'acte photographique en acceptant d'être manipulé. 
L'air de rien, l'humour et le décalé s'interposent entre deux séances de portraits a priori sérieux. 
Tout l'art du photographe consiste donc à révéler cet aspect « drôle sans tourner en dérision les personnes photographiées. » Délicate gymnastique de l'artiste malicieux cherchant à « rire d'un sujet, mais pas à ses dépens ». Le résultat offrira sans doute des portraits inattendus, qui traceront aussi en clair-obscur un autre panorama de la ville.
Pour y aller
Quand? Du 1er mai 1er mai au 4 juin 2017
Où? Hôtel de ville d'Ottawa
Renseignements? http://canadacanada.ca/