L’ancien président américain George W. Bush exposera ses œuvres au Musée canadien de la guerre jusqu’au 3 septembre.

Les oeuvres de George W. Bush au Musée canadien de la guerre

Les portraits de 51 vétérans américains déployés entre 2001 et 2009 prennent l’affiche au Musée canadien de la guerre jusqu’au 3 septembre. L’artiste ? Nul autre que leur commandant en chef, l’ancien président américain George W. Bush.

Car c’est le passe-temps qu’a adopté l’ancien chef d’État depuis sa retraite. Inspiré par Winston Churchill, qui peignait des paysages, le Texan s’est mis à la pratique du portrait en 2012, quelques années après la fin de sa présidence marquée par ce qu’il désignait comme la « guerre au terrorisme » — les invasions controversées de l’Irak et de l’Afghanistan, qui ont suivi les attentats du 11 septembre 2001.

En 2015, Bush le peintre s’est mis à faire les portraits d’anciens militaires qu’il a déployés lors de sa présidence afin de « les remercier ». Tous, ou presque, ont rencontré le président retraité lors d’événements sportifs organisés par le George W. Bush Presidential Center pour les vétérans ayant subi des blessures pendant leur service. Cette série est devenue un best-seller, le livre Portraits of Courage (2017), ainsi qu’une exposition, qui s’exporte pour la première fois hors du pays de l’Oncle Sam.

L’artiste a fait du progrès depuis son Stephen Harper joufflu d’il y a quelques années, constate-t-on en visitant l’exposition. Bush représente ses modèles dans un style plutôt naïf, coloré et empathique, mais inégal. Au mieux, ces 51 peintures à l’huile, et c’est le cas de la plupart d’entre elles, font ressentir la vie, le vécu qu’il y a derrière — comme en témoignent les regards communicatifs qu’il a su reproduire chez certains de ses modèles. Au pire, ils sont des saluts maladroits, mais sympathiques, à ces anciens combattants.

Mais George W. Bush ne s’est jamais présenté comme autre chose qu’un peintre amateur. Et l’intérêt des Visages du courage n’est pas leur esthétisme, mais les histoires derrière les tableaux.

« Pourquoi ai-je survécu ? »

Syndromes de stress post-traumatique, bras et jambes perdus, difficultés à réintégrer la vie civile : leurs blessures, visibles et invisibles, ont profondément changé les vies de chacun de ces vétérans, comme le racontent brièvement les cahiers de l’exposition.

Christopher Goehner était technicien en anesthésie pour la marine. Lors de son deuxième déploiement en Irak, lui et son collègue, le sergent d’état-major Richardson, roulaient dans le même véhicule lorsqu’une bombe a explosé. Richardson n’a pas survécu. Lui, oui.

L'’intérêt des Visages du courage n’est pas leur esthétisme, mais les histoires derrière les tableaux.

Le traumatisme qu’il a subi était tel qu’à son retour, il était incapable d’enfiler deux phrases.

Son portrait est l’un des plus sombres de la collection. Son ancien grand patron l’a peint dans des nuances de rouge foncées, pour représenter sa douleur et son deuil. « Quand j’ai vu la toile pour la première fois, je ne l’aimais pas, concède l’ancien combattant. Je n’aimais pas les yeux. Parce que je les trouvais trop vrais. »

Aux États-Unis, on estime que le taux de suicide est 50 % plus élevé chez les vétérans que chez les civils. Mais ça n’allait pas être le cas de Goehner, a-t-il décidé. Pas lui.

Aujourd’hui, le trentenaire habite l’Utah avec sa femme, qu’il a épousée il y a deux ans. Il est gestionnaire en ventes pour Swire Coca-Cola, participe à des triathlons, et s’apprête à terminer sa deuxième maîtrise.

Après que son portrait ait été peint, lui et celui qu’il appelle « The Boss » se sont recroisés. « Il m’a dit, “si je devais refaire la toile, je te peindrais dans des couleurs beaucoup plus lumineuses” », a souri Goehner. A-t-il senti chez lui une once de remords ? « J’espère que non ! Il a pris des décisions, des choses se sont passées, mais il se considère comme responsable de ses vétérans et de s’assurer que leur transition vers la vie civile se passe bien. Pour moi, c’est le signe qu’il est un grand homme, et un grand leader. »

Si c’était à refaire, « je serais heureux de le servir de nouveau et de refaire ces déploiements. »

L’exposition a été proposée au Musée canadien de l’histoire par l’ambassadrice des États-Unis au Canada, Kelly Craft. Elle et son mari Joe Craft ont financé le transport des tableaux jusqu’à Ottawa.