L'écrivain et réalisateur américain, Michael Benson

Le système solaire: si loin, si proche

Le Musée canadien de la nature (MCN) propose un safari-photo aux confins de notre système solaire.

Présentée en première nord-américaine au MCN, l’exposition photographique Mondes d’ailleurs, Visions de notre système solaire réunit une quarantaine de photos retravaillées par l’écrivain et réalisateur américain Michael Benson, et qui transporte le visiteur dans les coins les plus reculés du système solaire.

Un travail tout à la fois scientifique, en raison des outils technologiques utilisés, mais nourri avant tout par « des considérations esthétiques », précise-t-il.

Si ces photos — de planètes, de lunes, d’anneaux, de météorites et de phénomènes atmoshétiques — sont aussi spectaculaires, c’est en partie en raison de leur très grand format, mais pas seulement. Ce qui rend ces paysages saisissants, c’est leur très haute définition, laissant entrevoir des détails incroyables !

Ce qui rend ces paysages saisissants, c’est leur très haute définition, laissant entrevoir des détails incroyables.

C’est que ces images se situent au carrefour de l’art et de la science. En symbiose. Souvent, ce sont des mosaïques qui résultent en réalité d’un « collage » complexe d’images recomposées à partir de dizaines (voire de centaines) de clichés. Des images recueillies — par la NASA, essentiellement — au fil de quelque 40 ans de missions spatiales. On ne parle pas simplement de gros zooms, mais bien de photos radars, d’infrarouges et d’ultraviolets...

Le résultat est étrangement poétique. Et d’autant plus artistique que ce « voyage » se fait en musique. Enveloppé dans un « environnement sonore » subtil, le visiteur aura peut-être même la sensation de « flotter » dans l’espace, d’une planète à l’autre, tel un touriste intersidéral. La trame musicale de l’exposition a été spécialement composée par Brian Eno, collaborateur de U2 et de Daniel Lanois, entre autres), avec qui Michael Benson s’est lié d’amitié.

Pas de machine à piloter, ici, ni de bébelles interactives à manipuler : l’expo s’adresse aux plus grands. Et gratifiera les lecteurs. Les images sont accompagnées d’une courte description du phénomène astrophysique dont elles témoignent, ou d’éléments textuels guidant l’œil vers un détail précis qu’on aurait négligé... et qui magnifie le « poème visuel » qu’on a sous les yeux.

Mieux percevoir l’infiniment grand

Certains clichés sont complètement spectaculaires. Par exemple, la planète géante Jupiter, dont une lune Europa passe nonchalamment devant, et qui semble un peu perdue en traversant cette tempête « trois fois plus grande que la terre, et qui fait rage depuis 348 ans ». Europa, cette boule recouvert de glace, et pourtant « en tête de liste des habitats potentiels pour la vie extraterrestre », précise le MCN.

Vue parfaitement claire de Vénus, dépouillée des « nuages gazeux qui la voilent en permanence » ; ici, c’est, son exposition à un « éclairage ultraviolet » qui aura permis de révéler la beauté cachée de son atmosphère tournoyante.

Astéroïdes et comètes ; vue plongeante sur les ouragans et typhons de la Terre ; coucher de soleil laissant un halo bleuté sur Mars ; brouillard plutonien ; Uranus et ses anneaux qui s’estompent, et dont on observe l’incroyable « finesse » ; Saturne la géante gazeuse exhibant « ses anneaux éthérés » et ses lunes volcaniques ; « Planète rouge » devenue rosée sous le regard de la sonde spatiale Rosetta ; paysages désolés de cratères et de dunes lunaires, recomposés à partir d’images capturées par le rover d’exploration Spirit ; etc.

L’objectif de son exposition, explique M. Benson, est avant tout de rendre plus concret cet « infiniment grand » que notre cerveau a certainement du mal à appréhender. Seule la technologie récente, celle des soixante dernières années, nous permet enfin d’apprivoiser une immensité spatiale que nos sens humains ne nous permettaient pas de percevoir jusqu’alors, rappelle-t-il.

Ex-journaliste et auteur de nombreux livres entremêlant art et astrophysique, M. Benson est aussi membre de Nanocosmos, un ambitieux chantier de recherches universitaires. Il a entamé une collaboration à plus long terme avec le MCN, qui lui permettra d’utiliser un outil technologique de pointe situé dans l’un de ses édifices gatinois.

Ce qui rend ces paysages saisissants, c’est leur très haute définition, laissant entrevoir des détails incroyables.

Son approche esthétique contribue à nous en faciliter l’accès, estime-t-on. Car, oui, le visiteur croit parvenir à se faire une meilleure idée — bien qu’encore imprécise — de ce qui se passe finalement juste « à côté » de nous, à « à peine » deux années-lumière du soleil...

Mondes d’ailleurs est présentée en partenariat avec l’ambassade américaine. L’agence spatiale américaine fêtera cette année les 50 ans de l’alunissage d’Appolo 11, et le MCN proposera plusieurs expositions et activités en lien avec cet anniversaire.

Ouverte au public depuis vendredi, l’exposition tiendra l’affiche du Musée canadien de la nature jusqu’au 2 septembre. Elle est présentée dans la Rotonde du MCN et dans sa Galerie aux murs de pierres.