l’exposition Les temps échelonnés – œuvres anciennes et récentes de Rita Rodrigue propose un retour sur cinq décennies de création, dès jeudi, à la Galerie Jean-Claude Bergeron.

Le bilan de Rita Rodrigue

L’œil attentif aura aperçu les œuvres de Rita Rodrigue dans différents lieux publics de la région ou au détour d’une rue d’Aylmer, où réside la peintre. Les amateurs d’arts visuels l’auront sans doute suivie au fil des années, ponctuées d’une cinquantaine d’expositions solos – au Canada et à l’étranger – et d’autant d’expositions collectives.

Pour souligner ses 50 ans de carrière, l’exposition Les temps échelonnés – œuvres anciennes et récentes de Rita Rodrigue propose un retour sur cinq décennies de création, dès jeudi, à la Galerie Jean-Claude Bergeron.

Mardi, au premier étage de la maison patrimoniale d’Ottawa, Rita Rodrigue et ses complices achevaient l’accrochage d’œuvres soigneusement conservées au fil des ans ou parfois retrouvées, par recherche ou par hasard. Sur les murs du salon trône une série d’œuvres tridimensionnelles, fruits de techniques mixtes, produites depuis le début des années 2000.

La juxtaposition de matières n’a pas toujours été la seule prédilection de l’artiste. Rita Rodrigue a longtemps joué avec l’aquarelle et la peinture, avant qu’une séance d’exploration dans le bac de récupération de sa fille vienne changer la donne. « À un moment, j’étais chez ma fille, en Australie. Ma fille a dit ‘Maman, je sais que tu veux travailler. Va donc mon bac de recyclage, tu vas trouver toutes sortes de choses !’ Et ça me parlait. Je mettais ça sur des dessins ; j’ai pris des photos que j’ai mises sur les acétates. Tranquillement, c’est comme ça que le dernier travail est arrivé », explique l’artiste, qui a continué de créer avec des acétates pendant des années.

C’est ainsi que les œuvres de Rita Rodrigue voient le jour : comme une excroissance organique des événements de sa vie et des sentiments qui l’habitent.

Née en Abitibi en 1945, la jeune Rita s’est installée à Ottawa à 19 ans, où elle a étudié avec le peintre Henri Masson, qui l’encourageait dans la voie de l’expression de soi.

« Lui m’a surtout encouragée à [exprimer] ce que je ressentais, à ne pas essayer de suivre les modes. À toujours rester moi-même. [...] Il m’a dit, ‘Ce que tu possèdes, c’est précieux. Garde-le, c’est très beau.’ »

Les enseignements de son mentor lui sont restés tout au long de sa carrière. La naissance de ses deux enfants, Mélanie et Guillaume, ont marqué le début d’une époque prolifique où Rita Rodrigue créait des formes humaines et végétales, nées du pastel et de l’aquarelle. Lorsqu’elle a fait une vilaine chute à cheval, sa douleur s’est transposée en couleurs sombres dans des toiles qu’elle peignait alitée : un chapitre aux contrastes frappant avec sa période précédente.

Dans la décennie 1990, le départ successif de ses enfants a bouleversé son univers. Son fils Guillaume s’est expatrié en Turquie, et sa fille, dans le Down Under australien. Bien sûr, Rita se réjouissait de voir ses enfants s’épanouir outre-mer. Sauf que... « J’en souffrais. Je faisais des peintures dans lesquelles je voyais ma souffrance, c’était terrible ! » se souvient-elle.

« Il faut dire que lorsqu’on est honnête avec soi, on peint ce qu’on ressent, qu’on le veuille ou non. Je ne le savais pas, mais j’avais peint vraiment ce que j’étais. »

Aujourd’hui, Rita Rodrigue est l’heureuse grand-mère de trois petits-enfants, Jean, Zoé et Alec. Ses allers-retours pour visiter sa joyeuse tribu se dissimulent dans ses productions les plus récentes. Dans ses assemblages récents, l’observateur attentif remarquera ici des coquillages ramenés d’Australie, là des images transférées de tapis de Turquie.

Livre d’art
Du 6 au 23 septembre, le public est invité à découvrir le riche parcours de Rita Rodrigue. Le vernissage, prévu dimanche 9 septembre, sera aussi l’occasion de lancer le « beau livre » Les temps échelonnés de Rita Rodrigue : 50 ans de création, signé Josée Valiquette.

Imprimé en offset, l’ouvrage est le résultat de trois ans de travail. Il contient plus de 250 œuvres accompagnées des textes de celle qui est l’amie de longue date de l’artiste. Le livre sera disponible à l’exposition et sur le site web de l’artiste.

Le cahier des arts du Droit de samedi proposera, en guise de critique de cette rétrospective consacrée à Rita Rodrigue, une visite « guidée » de l’exposition en compagnie de la peintre.