Guy Lavigueur est un de ceux qui présentent leurs photos dans le cadre de l’exposition Le Programme d’arts des Forces canadiennes - Groupe 7 présentée au Musée canadien de la guerre.

L’art en zone militarisée

En muse inspiratrice, on pense souvent à l’amour, plus rarement aux Forces armées canadiennes. Tous les deux ans pourtant, le ministère de la Défense nationale convie les artistes canadiens de toutes disciplines à participer à un programme leur permettant de rejoindre une opération militaire pendant quelques jours. Le musée canadien de la guerre inaugure une nouvelle exposition qui leur est entièrement consacrée.

Afghanistan, Koweit, Soudan, Moyen-Orient et bases canadiennes deviennent alors le terrain d’exploration d’artistes professionnels triés sur le volet. Jusqu’au 2 avril, l’exposition Le Programme d’arts des Forces canadiennes – Groupe 7 présente le fruit de leur immersion inédite. Visite surprenante en zones militarisées.

Contrairement à l’art militaire officiel qui documente les souvenirs de guerre, le Programme d’arts des Forces canadiennes (PAFC) créé en 2001 laisse carte blanche à ses participants. Ceux-ci bénéficient d’une aide qui couvre uniquement les frais de déplacement pour le voyage. Les artistes sont pris en charge par le personnel militaire sur place.

Certains d’entre eux choisissent de dépeindre le déploiement des troupes à la façon de photojournalistes, en croquant fidèlement les scènes d’opérations militaires, d’autres préfèrent exprimer l’attente ou l’ennui de façon bien moins conventionnelle.

D’autres, encore, comme Guy Lavigueur, accompagnent leur travail d’un message écologique. Sa série de photos aériennes prises lors d’un déploiement dans le Nord en 2015 dénonce une catastrophe environnementale majeure : la fonte en accéléré du pergélisol, cet ensemble des sols gelés des régions arctiques.

« Mon père a participé à la construction de la DEW line (détection lointaine avancée) dans les années 1950, une chaîne de radars de long de la côte Arctique en pleine guerre froide, raconte M. Lavigueur. Il s’agissait alors d’ériger une protection contre une menace potentielle. Ma série de photographies s’intitule Unprotected, en référence à l’absence de protection, aujourd’hui, contre la dégradation de l’environnement. »

M. Lavigueur précise que cette participation au programme lui a offert un accès exclusif à la région d’Inuvik, dans les Territoires du Nord-Ouest, « quasiment inaccessible si l’on s’y rend par ses propres moyens », car inabordable financièrement.

Sur place, il est accueilli dix jours au sein de l’opération Nanook, en 2015. « On ne m’a jamais demandé de prendre en photo des militaires et de toute façon, ce n’est pas mon sujet de prédilection, affirme-t-il. J’étais pris en charge par un agent des relations publiques, comme l’aurait été un journaliste invité. »

Il prend place à bord de l’hélicoptère déployé et immortalise en photographies aériennes la fonte du pergélisol.

Quelque 1500 clichés resteront de son périple, et cette triste anecdote : « au musée de Yellowknife, où je devais donner une conférence, j’ai remarqué qu’un coin du bâtiment s’affaissait. Le sol, même à Yellowknife, commence à fondre. »

Ils sont huit à être exposés parmi Le Groupe 7 formé en 2014-2015. Tous représentent différentes régions du Canada et utilisent une gamme de techniques, allant de la photographie à la sculpture en verre, en passant par la vidéo, le croquis, la peinture à l’huile et l’alliage du textile et du papier.

Un autre regard, tantôt fasciné, tantôt poétique, parfois plus dubitatif, sur les activités des Forces armées canadiennes.

POUR Y ALLER :

Quand ? Jusqu’au 2 avril

Où ? Musée canadien de la guerre

Renseignements ? 819-776-7000 ; www.museedelaguerre.ca