La nouvelle Galerie d'art d'Ottawa (GAO) a conservé des liens visibles avec la Cour des arts.

Là où l’art et la foule convergent

Trois ans après la première pelletée de terre, la Galerie d’art d’Ottawa (GAO), qui célèbre également son 30e anniversaire, ouvre officiellement les portes de son nouvel écrin ce samedi. Un espace à l’image de son temps, que la GAO veut accessible à tous.

Attenante à son ancien espace situé dans la Cour des arts, la nouvelle Galerie d’art d’Ottawa, dans son cube blanc de lumière, invite les quidams à une pause artistique en plein cœur de la ville. 

Avec le désir de ne pas renier d’où elle vient, la nouvelle GAO a conservé des liens visibles avec la Cour des arts. « On est encore lié à cette histoire et physiquement les corridors vont être reliés sur chaque étage », explique Véronique Couillard, gestionnaire, médias et relations publiques de la GAO, quelques jours avant l’ouverture. Les visiteurs pourront donc profiter de leur passage à la GAO pour découvrir d’autres regroupements d’artistes ainsi que la Galerie SAW, dont les travaux de rénovation achèvent et qui sera inaugurée à l’automne.  

Plus inclusive

En plus de s’être dotée d’un espace cinq fois plus grand que le précédent, la GAO a misé sur l’accessibilité pour enlever toutes les frontières qui séparent le public de l’art et ainsi les inciter à entrer. « En conceptualisant ce nouvel édifice, c’était l’occasion de repenser la philosophie d’accessibilité », explique Mme Couillard. Subventionnée par les trois paliers gouvernementaux, la GAO a opté pour un accès gratuit à ses espaces artistiques. 

En outre, un service de garde d’enfants – également gratuit – sera offert à l’occasion des vernissages, ainsi que tous les mercredis de 16h à 19h. 

Après avoir eu plusieurs réflexions avec un artiste non voyant, la GAO s’est également assurée de considérer les personnes vivantes avec un handicap. « Il y a une œuvre que les gens vont pouvoir toucher. Et au lieu d’avoir des étiquettes explicatives à côté des œuvres d’art, elles existent sous forme audio. On s’est aussi assuré de mettre certaines œuvres d’art plus basses, pour prendre en considération les personnes à mobilité réduite », détaille Véronique Couillard. 

Se voulant plus inclusive, la GAO en a également profité pour repenser sa conception d’ouverture, en mettant à disposition du public des toilettes de genre neutre. Exit donc le traditionnel symbole homme/femme pour indiquer les salles de bain, c’est un logo de toilettes qui les a remplacés.  

Un ajout pour la ville

Située en plein centre-ville à proximité du centre Rideau, de l’Université d’Ottawa, en face du Centre national des arts, la GAO se veut un point d’intersection et de rapprochement. 

« C’est un rêve qui devient réalité et qui comble beaucoup de nos besoins pour faire grandir une institution avec la communauté artistique », a souligné vendredi la directrice et chef de la direction de la GAO, Alexandra Badazak, à l’occasion du dévoilement médiatique du nouvel espace, en présence du maire d’Ottawa Jim Watson. 

Véritable œuvre d’art au cœur d’Ottawa, le nouvel édifice de la GAO a dédié une de ses galeries à la Collection Firestone d’art canadien qui inclut des œuvres du Groupe des sept. Un autre espace d’exposition est consacré à la collection permanente de la GAO. Plusieurs galeries convertibles seront vouées aux expositions historiques, contemporaines et itinérantes. 

Selon la directrice de la GAO, ce nouvel espace sera synonyme de changement pour la communauté artistique d’Ottawa mais aussi pour l’art. « Nous sommes la maison des arts, un phare pour les arts, je pense qu’avec cet espace les gens vont venir et être fiers des œuvres présentées. »

En déménagement, la GAO a donc conservé son désir d’offrir une programmation accessible, tout en laissant une place de choix à l’art de la région. La GAO a désormais les moyens de ses ambitions pour laisser libre cours à sa vision. 

EN CHIFFRES

100 M$

  • Le coût de l’agrandissement et de rénovation de la Galerie d’art d’Ottawa s’élève à 100 M$. Somme qui inclut également le projet de l’hôtel-boutique du Groupe Germain Hôtels ainsi que les condos Arthaus de DevMcGill.

3 ans

  • Les travaux de construction de la nouvelle GAO ont débuté il y a 3 ans. Toutefois, le projet d’agrandissement de la GAO s’inscrit dans un projet de 4 ans de rénovation de la Cour des arts. 

5000 m2

  • Réalisé par KPMB Architects et Régis Côté et Associés, le cube futuriste qui abrite la GAO se déploie sur 6 étages dans une superficie de 5000 m2, soit une surface 5 fois plus grande que l’ancien espace qu’elle occupait.

7 jours 

  • La GAO sera accessible gratuitement 7 jours sur 7, de 9 h à 21 h. 

2 terrasses

  • Le nouvel espace de la GAO comporte deux terrasses sur le toit : une de plus de 230 m2 et l’autre avec une vue sur la tour de la Paix. 

1 salle multi-fonctionnelle

  • La nouvelle GAO est dotée d’une salle multifonctionnelle, le Hall Alma Duncan, avec des équipements de cinéma pour la projection de films ou de support numérique. Cette salle comprend 250 sièges escamotables ; elle peut accueillir 380 personnes debout.

CÉLÉBRER L'ART DE LA RÉGION

Alors que plusieurs activités souligneront tout au long de la fin de semaine l’ouverture du nouvel espace, la GAO présentera jusqu’au 16 septembre Àdisòkàmagan – Nous connaître un peu nous-mêmes. Une exposition qui mettra en lumière 6500 ans de production artistique dans la région d’Ottawa-Gatineau. «Organiser une rétrospective de l’art régional allait de soi pour marquer ce tournant dans l’histoire de la GAO», a fait savoir Catherine Sinclair, commissaire, précisant que le concept d’Àdisòkàmagan signifie «tout objet raconte une histoire» en Anishinabe. 

«Nous avons travaillé avec des aînés et des artistes de cette communauté pour nous assurer qu’ils fassent partie intégrante de cette histoire», a souligné Alexandra Badzak, directrice de la GAO.

Les 193 œuvres, fruit du travail de 181 artistes, occupent toutes les galeries et ne sont pas présentées de façon chronologique, mais plutôt autour de quatre thèmes: les corps, les ponts, la cartographie et les technologies.  

L’exposition présentera une variété d’œuvres autochtones, des objets artisanaux, des artefacts datant de plusieurs siècles, jusqu’à des œuvres achevées en 2018. Mais aussi des peintures, des sculptures, de la photographie, de la vidéo et des performances. Il y en a pour tous les goûts. De sorte que l’art historique s’inscrit dans les pratiques contemporaines. «C’est l’occasion d’observer des œuvres historiques de façon plus contemporaine. Ça permet également des connexions entre les œuvres tout en donnant l’occasion de raconter différentes histoires», souligne pour sa part Michelle Gewurtz, commissaire de l’exposition. Anicée Lejeune

Renseignements : oaggao.ca

UN ESPACE À LA HAUTEUR DES AMBITIONS DE LA GAO

Photographe depuis plus de 35 ans, Marie-Jeanne Musiol voit le nouvel espace de la Galerie d’art d’Ottawa (GAO) comme un gage d’avenir pour l’établissement ainsi que pour la communauté artistique. 

Depuis les débuts de la GAO, Mme Musiol a été très proche de l’institution : elle y a régulièrement exposé et monté certaines expositions, en tant que commissaire invitée. Artiste impliquée dans de nombreux projets dans son domaine, Mme Musiol a été la première directrice de la galerie Montcalm à Gatineau, présidente fondatrice de La Filature, et a longtemps été présidente du centre de production Daïmon. 

Entrevue avec cette artiste photographe au parcours de gestionnaire.

LD : Que signifie ce nouvel espace pour la GAO ?

Marie-Jeanne Musiol : La GAO était devenue trop petite pour le type d’activités qu’elle proposait. Son programme était beaucoup plus ambitieux que ses locaux. C’est intéressant de voir que la nouvelle GAO, avec ses espaces démultipliés, correspond maintenant à la plupart des activités qu’elle avait, mais qu’elle n’était pas capable de soutenir avec l’espace dont elle disposait. 

LD : Que représente pour les artistes
ce nouvel espace de la GAO ?

M.-J.M. : Pour les artistes, c’est très significatif, parce que les occasions seront multipliées à tous les niveaux. D’une part avec la collection d’œuvres d’art que la GAO ne pouvait pas montrer [faute d’espace] et qui pourront désormais être exposées de façon plus systématique. D’autre part, la nouvelle GAO dispose maintenant d’un espace d’entreposage qui correspond à son ambition d’augmenter la collection, de la faire vivre d’une façon très active. Et enfin, la boutique de vente et de location d’œuvres d’art permettra à certains artistes qui n’exposent pas d’être également représentés. 

LD : Ce nouvel espace va-t-il permettre à la GAO de rayonner davantage ?

M.-J.M. : Je suis épatée par l’ampleur de la proposition architecturale, les projets qui sont proposés, et par la croissance que ça va amener dans les années à venir. Des expositions d’envergure en tournée, mais aussi des rétrospectives d’artistes majeurs pourront être accueillies. Cela offrira toutes sortes de possibilités, comme des expositions plus historiques où l’on met les travaux antérieurs aux côtés de nouvelles œuvres – comme c’est le cas avec l’exposition inaugurale.