L’exposition «Empreintes de pas», qu’accueille le Musée canadien de l’histoire jusqu’à cet automne, ouvre une fenêtre sur la culture crie du nord du Québec.

La marche, l’essence de l’identité crie [PHOTOS]

L’exposition «Empreintes de pas», qu’accueille le Musée canadien de l’histoire jusqu’à cet automne, ouvre une fenêtre sur la culture crie du nord du Québec.

Cette exposition itinérante déjà Lauréate de plusieurs prix en muséologie adopte un angle subtil – la marche et le déplacement, en tant qu’ancrage fondemental dans la Nature et en tant que symbole du lien avec l’ensemble de la Création – pour faire découvrir les valeurs et traditions des Autochtones de la Baie James.

L’exposition étant montée par l’Institut culturel cri Aanischaaukamikw (l’Institut), sa trame narrative épouse le point de vue des communautés cries du Nord. Elle est d’ailleurs trilingue (cri-anglais-français) et prend soin d’intégrer le point de vue des aînés.

Elle s’inscrit dans la tendance contemporaine par laquelle les Premières Nations se réaproprient le discours autochtone.

L’inestimable valeur des objets se révèle au fil des explications ethno-culturelles qui les éclairent d’un sens plus profond.

Les quelque 150 artefacts présentés sont jolis, sans être particulièrement spectaculaires – essentiellement, il s’agit de vêtements en peau et en fourrure, et des pièces d’équipement liées au mode de vie traditionnel, la marche étant intrinsèquement liée à la chasse, la pêche, la cueillette ainsi qu’aux rassemblements communautaires – mais l’inestimable valeur des objets se révèle au fil des explications ethno-culturelles qui les éclairent d’un sens plus profond : culturel, cérémoniel, symbolique.

Les objets présentés sont «la combinaison de générations de connaissances et de traditions, [ou illustrent] notre interaction avec notre environnement et notre survie. Le territoire nous définit par les ressources qu’il nous offre et nous le définissons par nos mots et les traces qu’on y laisse», amorce la directrice générale de l’Institut, Sarah Pashagumskum.

Quelque 150 artefacts sont présentés.

L’intention ici, explique-t-elle, «est de partager avec le public canadien des aspects de la culture» des Eeyou de l’Eeyou Istchee (le «Peuple de la terre», terme par lequel s’identifie la Nation crie), et d’«inspirer» le visiteur, dit-elle.

Parmi les traditions les plus fondamentales se trouve la marche, qui est l’expression du « miyupimaatisiiwin» – le «bien vivre», terme qui fait référence tant à la santé qu’à l’évolution en harmonie avec la Terre nourricière. Une terre qui ne saurait se résumer à sa seule réalité physique ou ses contours géographique, mais une Terre-Mère «qui respire et qui est une extension vivante de ce que nous sommes».

Les objets présentés sont «la combinaison de générations de connaissances et de traditions».

Rites de passage

La marche, comprendra-t-on au détour d’Empreintes de pas, est ainsi «au cœur du rite de passage par lequel on fait entrer l’enfant en bas âge en contact avec la Création», résume Sarah Pashagumskum. C’est l’occasion formelle, cérémonielle, de présenter à l’enfançon son environnement, de lui faire découvrir les plantes et les essences d’arbre dont il pourra tirer les bienfaits; et c’est aussi là qu’on le présente, lui, le petit «être humain», aux esprits des animaux qu’il sera amené à chasser plus tard, dans une communion à double sens.

D’une manière similiaire, la marche en raquettes sert de rite de passage permettant à l’adolescent d’affirmer qu’il entre dans la vie adulte – en parcourant une distance respectable, généralement jusqu’à un autre campement, poursuit Mme Pashagumskum.

Dans son acception large, la marche inclut tant les pas qui font crisser la neige, que les autres moyens de transport traditionnels par lesquels on laisse une trace dans la neige: la raquette, le canotage, le portage et le traîneau à chiens.

«Empreintes de pas» est présentée à partir de mardi 11 juin et jusqu’au 3 novembre.

Marche symbolique ou politique

Plus récemment, les marches ont pris un sens symbolique et politique nouveau, témoigne l’exposition, en évoquant la «marche des nishiyuu» entreprise par une poignée de jeunes en 2013: il s'agissait d’un parcours de près de 1600 km entre Québec et la colline du Parlement, à Ottawa. Les rangs des marcheurs ont grossis: ils étaient près de 200, sur certains tronçons du parcours.

L’expo témoigne de la volonté de perpétuer ces traditions, qui sont autant un enjeu de santé publique (l’effort physique) qu’un mouvement de «guérison» (vis-à-vis de la sédentarisation des derniers siècles). Marcher, c’est aussi, symboliquement, une façon d’exprimer qu’on est porté par la Terre, que c’est elle qui nous soutient», image la directrice d’Aanischaaukamikw.

Empreintes de pas – une marche à travers les générations est présentée à partir de mardi 11 juin et jusqu’au 3 novembre au MCH.