« Beaucoup de gens ignorent encore qu'on existe, ou ne savent pas que tout le monde y a accès, que l'espace n'est pas réservé aux seuls étudiants », affirme la directrice de la Galerie UQO, Marie-Hélène Leblanc.

La Galerie UQO a deux ans

La Galerie UQO  a fêté mercredi ses deux ans d'existence, en procédant au vernissage d'une nouvelle exposition collective, titrée The State of Parenthesis*, conjugué au lancement du premier numéro d'une revue spécialisée baptisée Entretiens.
La petite galerie universitaire nichée dans le pavillon Lucien-Brault de l'Université du Québec en Outaouais (UQO), s'est démarquée par son « dynamisme », et le bilan de ses deux premières années d'activités est marqué par un franc succès, clame la directrice des lieux, Marie-Hélène Leblanc, pour qui la galerie a rapidement « su démontrer son rôle indispensable dans la région ».
Évidemment, la Galerie UQO, bien qu'elle serve à l'occasion de vitrine aux étudiants des programmes en arts (visuels, graphiques, BD, muséologie, etc.) reste avant tout fidèle à ses deux autres mandats : primo, développer un espace consacré à l'art contemporain et à la muséologie ; deuxio, offrir un contenu qui contribue à enrichir la recherche théorique dans ce domaine. C'est pourquoi elle accueille avant tout des expositions plutôt conceptuelles, voire cérébrales.   
L'artiste professionnelle Jennifer Lefort était ainsi de passage, mercredi, pour souligner l'anniversaire de cette galerie qui, en accueillant ses travaux, lui a permis de remporter l'an dernier un prix du CALQ, lequel aura donné un important coup de fouet à sa jeune carrière, rapporte Mme Leblanc.
Depuis sa création, la Galerie UQO a attiré 7000 visiteurs : un chiffre à la fois humble, convient la commissaire Leblanc, et pourtant supérieur aux projections initiales, compte tenu de sa situation géographique décentrée. L'espace n'est pas situé sur le campus principal de l'UQO mais en retrait, sur la petite rue Saint-Jean-Bosco, ni dans un périmètre urbain central, constate Mme Leblanc, en comparant, pour l'exemple, avec la galerie universitaire de l'UQAM, située en plein centre-ville de Montréal, ou celle de Concordia, parmi la poignée de galeries universitaires existant au Québec.
Augmenter ce chiffre de fréquentation sera l'un des défis qui attendent la Galerie UQO dans les prochaines années, analyse Mme Leblanc, en affichant sa volonté de mettre en place des partenariats avec la Ville de Gatineau et les commissions scolaires pour que des autobus puissent venir déposer à ses portes un public d'enfants et de néo-Canadiens. 
Mais pour cela, il lui faudra d'abord mieux faire connaître l'existence - et la gratuité - de sa galerie, car « beaucoup de gens ignorent encore qu'on existe, ou ne savent pas que tout le monde y a accès, que l'espace n'est pas réservé aux seuls étudiants ». 
Sa galerie rayonne pourtant, effervescente « malgré des moyens financiers limités », forte de 12 expositions d'artistes professionnels (et rémunérés comme tels), de 24 conférences, d'une résidence d'artiste (et une seconde sur le point de débuter) et de partenariats avec des organismes artistiques et littéraires ayant permis la mise sur pied de huit projets collaboratifs, énumère Mme Leblanc, positivement ravie par ces deux années d'activités jugées fructueuses.
Mais « étrangement », ce rayonnement porte « davantage dans le reste du Canada », dont elle dit des beaux échos très favorables, « que dans la région de l'Outaouais », s'étonne-t-elle.
Entretiens #1
C'est d'ailleurs un peu pour continuer à soigner l'image de marque de la Galerie UQO à travers le pays, voire même à l'échelle internationale, que Mme Leblanc tenait à éditer une publication. 
C'est précisément pourquoi une version PDF de la revue Entretiens est consultable en ligne. Le premier numéro - un cahier bilingue de 44 pages publié sur papier glacé - porte sur « La nouvelle galerie ». 
« Depuis que je suis arrivée à la galerie, je voulais (un espace pour) parler des enjeux socio-économiques liés à l'ouverture d'une galerie universitaire », sourit Mme Leblanc, qui compte faire paraître au moins quatre numéros par an. 
Elle y donne la parole à trois spécialistes, dont les propos érudits sont présentés sous forme d'entrevue. Les trois intervenants, un enseignant (Louis Jacob, du Département de sociologie de l'UQAM), un praticien (la commissaire et critique d'art Michèle Thériault) et le recteur de l'UQO, Denis Harrisson, offrent « un point de vue de l'intérieur », dissertent sur les enjeux artistiques et les stratégies institutionnelles liés à la Galerie UQO. L'ouverture de la galerie constituait un « pari audacieux », que le recteur Harrisson ne regrette aucunement : « La galerie universitaire n'est pas vue comme une dépense, mais bien comme un investissement de l'UQO pour la production et la diffusion des arts en Outaouais et dans le monde », affirme-t-il en ces pages. 
Expo « littéraire »
La nouvelle exposition, The State of Parenthesis*, n'a rien de pictural. Il s'agit même plutôt d'une exposition purement textuelle, et presque « littéraire », où l'on questionne l'écrit en jouant à cacher des mots, à en faire glisser le sens, à recréer des récits et des dialogues. 
Cette exposition collectivre réunit des travaux de huit créateurs, dont Jean-Max Colard, critique et directeur au sein du Centre Pompidou, à Paris, et Sophie Jodoin, qui a collaboré avec Wajdi Mouawad et Michael Ondaatje, ainsi que trois artistes de l'Outaouais, Karina Pawlikowski, Christos Pantieras et Marc-Olivier Hamelin. Le Droit en reparlera plus en détail dans son édition de samedi.
* Ce titre puise dans la liste de 2182 titres qui constituent Showtitle, oeuvre de Stefan Brüggemann, intégralement reproduite à l'entrée de l'exposition. Il s'agit d'une oeuvre entièrement textuelle, dans laquelle quiconque peut emprunter un titre pour chapeauter son propre travail, à condition de faire mention de l'oeuvre originelle.
Pour y aller
Quand ? Du 6 septembre au 14 octobre 2017
Où ? 101, rue Saint-Jean-Bosco, local A-0115
Renseignements : (819) 595-3900, poste 2677  ou galerie.uqo.ca