L’artiste Maria Moldovan, d’Ottawa, explore le potentiel ludique et narratif de la porcelaine dans ses œuvres, qu’elle exposera dans le cadre de l’événement 260 Fingers, en fin de semaine.

Histoires de porcelaine

Les couleurs sont douces, presque délavées par endroits. Qu’elle soit glacée ou mate, la porcelaine se superpose pour sa part en couches texturées, peintes ou gravées. Ici et là, dans ses bustes de personnages, s’ouvrent des portes et des fenêtres comme autant d’ouvertures sur l’intime tendu vers l’autre. Ses animaux, eux, prennent des airs de créatures de contes de fées. Quant à ses oreillers, bateaux et maisonnettes, ils ont tous des pattes, évoquant les (é)mouvances de l’artiste Maria Moldovan, Roumaine d’origine et Ottavienne d’adoption depuis près de trois ans, maintenant.

« J’ai toujours été attirée par des objets auxquels on peut prêter vie en les transformant pour en faire des créatures mystérieuses, porteuses de symboles, explique Maria Moldovan. Quand j’étais petite, j’aimais croire que les petits animaux avec lesquels je jouais me protégeaient, par exemple. Aujourd’hui, quand je travaille la glaise, il y a beaucoup d’intuition dans mes gestes, une envie de créer des œuvres qui vont toucher les gens sans qu’ils puissent rationaliser totalement ce qu’ils ressentent. »

L’artiste pluridisciplinaire présentera ses plus récentes pièces aux visiteurs dans le cadre de l’exposition 260 Fingers, qui rassemblera 26 potiers et céramistes au Centre communautaire du Glebe cette fin de semaine. Autant d’œuvres de petit ou de plus grand format qui semblent raconter une histoire, chacune à sa manière. 

Car chez Maria Moldovan, qui peint, illustre des livres pour enfants depuis plus de 20 ans et enseigne aussi la céramique à l’École des arts d’Ottawa, il y a cette volonté d’explorer le potentiel à la fois ludique et narratif de la porcelaine. 

« J’ai déjà tâté de la sculpture, lorsque j’étudiais les beaux-arts en Roumanie, mais je trouvais ça trop brute, trop masculin par rapport à ce que j’avais envie de créer. Quand j’ai travaillé la glaise pour la première fois, j’ai compris que j’avais trouvé le tout qui allait me permettre de jouer avec les couleurs et le 3D. » 

Si elle a eu à produire des pièces fonctionnelles (tasses, assiettes, bols…) dans le cadre de sa formation, Maria Moldovan n’a pas hésité une seconde lorsqu’est venu le temps de choisir l’option « artistique » après deux ans d’études. Elle était trop habitée par ce désir de partager son imaginaire empreint d’onirisme et de symboles qui lui sont chers.

« Depuis mes débuts, j’ai toujours peint ou sculpté des oiseaux, par exemple, parce qu’ils évoquent pour moi la liberté et l’âme d’une personne », mentionne-t-elle, en caressant délicatement du doigt l’oiseau posé sur l’épaule d’un de ses personnages. 

Plus récemment, des bateaux avec des pattes et des maisons ont cependant commencé à s’imposer à elle, dès lors qu’elle mettait la main à la glaise. « Mon mari, notre enfant et moi étions à la recherche de notre chez-nous, d’un endroit où transplanter nos racines. Décider de quitter ce qu’on a toujours connu est une expérience aussi bouleversante que stimulante, et créer m’a beaucoup aidé à assimiler tout ce que je ressentais », fait valoir l’artiste d’un ton serein.

Lisa Creskey, de Chelsea, en lice pour deux prix aux prochaines Culturiades, figure parmi les autres artistes de la région qui prendront part à l’exposition 260 Fingers.


POUR Y ALLER

Quand ? Centre communautaire du Glebe

Où ? Du 10 au 12 novembre

Renseignements : 260fingers.ca