L’exposition «Guerriers des Highlands» est présentée en première mondiale à Ottawa, où elle sera à l’affiche jusqu’au 12 janvier.

«Guerriers des Highlands»: une tradition militaire qui perdure aujourd’hui

Si la nouvelle exposition du Musée canadien de la guerre (MCG), «Guerriers des Highlands», s’intéresse à l’image mythique du soldat des montagnes d’Écosse et à son origine, elle lève aussi un voile sur une tradition militaire canadienne bien ancrée.

Que l’on pense au fameux Black Watch (Royal Highland Regiment) of Canada, basé à Montréal, ou au Cameron Highlanders à Ottawa, les bataillons d’infanterie de type « écossais » ont toujours eu une présence marquée au sein des troupes armées canadiennes.

On dénombre toujours 16 de ces régiments Highlanders disséminés à travers le Canada, rappelle l’historien militaire Jeff Noakes. Et cet état de fait est directement lié à l’image de ce guerrier porteur de kilt et de claymore, fier et respecté — qui remonte à plus de 800 ans, mais dont le symbole de bravoure et de loyauté a subsisté à travers le temps.

Détail surprenant : la Grande Bretagne ne compte officiellement plus qu’un régiment écossais, ajoute le conservateur de l’exposition, Allan Carswell, qui a tenu à donner une « perspective canadienne » aux éléments présentés dans Guerriers des Highlands. L’exposition cherche d’ailleurs à montrer à quel point ce « personnage » est devenu si emblématique qu’il a même participé à construire l’identité nationale canadienne.

Coproduite par le MCG et Glasgow Museums, l’exposition est présentée en première mondiale à Ottawa, où elle sera à l’affiche jusqu’au 12 janvier.

Le visiteur commence sa plongée au Moyen-Âge, lorsque les Highlands sont habitées par des « clans » — mot gaélique désignant les enfants, la lignée. À cette époque, le guerrier est, sous l’autorité directe du chef du clan, un farouche protecteur de cette famille élargie autour de laquelle s’articule toute la vie sociale. Et nul ne peut devenir propriétaire terrien sans avoir préalablement rempli ses obligations militaires, apprend-on.

Le maniement des armes fait alors partie intégrante de la culture des Highlands, et les chants et la poésie glorifient déjà le rôle du combattant, ce dont l’exposition atteste en décorant ses murs de témoignages et d’odes chantant les louanges des héroïques soldats, lorsque ces murs ne sont pas ornés d’armes lourdes et létales.

L’exposition «Guerriers des Highlands»

Mercenaires

La tradition guerrière perdure et en entraîne une autre : celle du mercenariat : la réputation des Highlanders s’est tranquillement rendu jusqu’en Europe, où les armées de France, de Suède, d’Allemagne et de Norvège sont bien heureuses de les incorporer dans leurs rangs. Au XVIIe, une armée de Highlanders recrutée par le marquis de Montrose se battra même, au nom de la cause royaliste, contre les intérêts du parlement écossais. Vaillants, résistants, intrépides : la réputation des Highlanders est faite. Et elle ira croissante.

Partout dans le monde, ces combattants écossais ayant loué leurs services et leur expertise militaire à des nations étrangère « s’intègrent vite à la société civile » qui, après les conflits, accueille à bras ouverts ces miliciens, expose Jeff Noakes. Et ce, d’autant plus facilement qu’« ils sont souvent déjà en lien avec les élites ». Au Canada, poursuit-il, avoir été milicien confère un statut social appréciable, directement lié à la loyauté envers l’Empire dont on a témoigné au combat, poursuit l’historien, en faisant référence aux conflits comme la « guerre de 1812 » qui ont opposé la Couronne et les États-Unis.

Jusqu’à aujourd’hui

Après avoir creusé les raisons historiques expliquant le mythe, l’exposition remonte le temps jusqu’aux deux guerres mondiales, en montrant au passage comment l’image « médiévale » persiste dans l’imaginaire collectif. Au point d’être encore aujourd’hui une source d’« influence » et d’« inspiration », souligne le PDG du musée, Mark O’Neill, heureux de sortir de l’ombre « ces acteurs fascinants et souvent moins connus de l’histoire militaire », et de « montrer la fusion du mythe et de la réalité dans l’identité nationale canadienne ».

Ainsi, lorsque les garnisons britanniques ont disparu du sol canadien — en 1871 — faire son service militaire dans une unité de milice liée aux corps « Highlands » est devenue monnaie courante, comprend-on au détour des couloirs de l’exposition.

L’exposition «Guerriers des Highlands»

Guerriers des Highlands rend hommage à un héros du 16e bataillon (Canadian Scottish) du Corps expéditionnaire canadien (CEC), James Richardson. On peut admirer la rarissime croix de Victoria que ce cornemuseur canadien d’origine écossaise reçut — à titre posthume — pour la bravoure dont il fit preuve en 1916.

L’exposition montre que les Highlanders canadiens ont été déployés jusque dans les sables du désert afghan, en 2008, signe que la tradition et l’éthique militaires des Highlands se poursuit aujourd’hui.

Épées, targes (boucliers rond), dirks (ces couteaux emblématiques de l’antique soldat écossais), plaids et kilts, uniformes et médailles évoluant à travers les âges, fusil et pistolets ornés ; sans oublier les cornemuses et autres sporrans (sacoches en cuir) ni ces tableaux représentant des scènes martiales et ces posters appellant à s’engager au sein des « Kilties », surnom du 73e Royal Highlanders of Canada (73e bataillon du CEC) : quelque 200 artefacts jonchent le parcours.

Un parcours beaucoup plus textuel qu’interactif – le public peut manipuler des reproductions d’armes blanches et participer à un jeu questionnaire, mais c’est à peu près tout), mais dont la démonstration est, au final, convainquante.

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ACTIVITÉS

Plusieurs activités seront organisées en lien avec l’exposition Guerriers des Highlands.

Deux projections gratuites de film sont prévues à l’esplanade Nord du musée. On pourra voir ou revoir le film Highlander (avec Christophe Lambert et Sean Connery) jeudi 15 août, à 20 h 30, ainsi que Hook, l’adaptation que Steven Spielberg a tirée de Peter Pan, roman classique de J.M. Barrie... un auteur d’origine écossaise. L’idée de faire appel au Septième Art pour attirer les famille est plutôt bonne. On s’étonne néanmoins que la programmation se cantonne au genre fantasy, alors que les films historiquement pertinents ne manquent pas — on pense à Rob Roy ou à Braveheart (lequel n’est pas beaucoup moins violent que Highlander).

Des spectacles de cornemuses, de tambour, d’athlètes et de danses écossaises sont prévus dimanche 28 juillet, de 10 h à 16 h.

Le dimanche 17 novembre, l’activité « super épées » fera appel à un forgeron traditionnel, qui viendra expliquer comment construire des épées. On pourra découvrir les différences culturelles du maniement des armes blanches. Les plus jeunes pourront construire des épées en bonbon.

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POUR Y ALLER

Quand ? Jusqu’au 12 janvier 2020

Où ? Musée canadien de la guerre

Renseignements : museedelaguerre.ca