L’imposant buste de Friedrich Nietzsche par Max Klinger, pièce maîtresse de l’exposition.

«Friedrich Nietzsche et les artistes du Nouveau Weimar» prend l’affiche au MBAC [PHOTOS]

« Dieu est mort ». Si tous ont déjà entendu cet aphorisme de Friedrich Nietzsche, c’est en partie grâce aux artistes du Nouveau Weimar. Le brandissant comme l’idéologue phare du modernisme, ces mécènes, peintres et sculpteurs en quête de nouveaux idéaux ont érigé autour de sa personne un véritable culte, dont l’émergence est au cœur d’une nouvelle exposition au Musée des beaux-arts du Canada (MBAC).

Les 34 œuvres de Friedrich Nietzsche et les artistes du Nouveau Weimar garderont l’affiche jusqu’au 25 août.

Ne cherchez pas de fil conducteur pour résumer toute la philosophie de Nietzsche : il n’y en a pas, explique le commissaire Sebastian Schütze. Critique radical de sa société, mais souvent contradictoire, le philosophe, poète, pianiste et compositeur allemand avait le don d’écrire des aphorismes percutants et des idées innovatrices dans lesquels tous, ou presque, trouvaient leur compte.

Le commissaire Sebastian Schütze

Au début du XXe siècle, ses énoncés fulgurants avaient l’heur de plaire dans une Allemagne en quête de renouveau politique, social et moral – et particulièrement ses écrits sur l’Übermensch, le « surhomme », qui tassaient la divinité moribonde de son piédestal pour y placer, brinquebalant, un citoyen utopique.

Chez les artistes, ses notions (« l’existence du monde ne peut se justifier que comme phénomène esthétique », a-t-il écrit) ne sont pas tombées dans des oreilles sourdes.

L’exposition au MBAC se concentre sur le rôle du comte Harry Kessler, sorte d’imprésario de la cause nietzschéenne. L’une des figures les plus influentes dans le domaine des arts à l’époque, le collectionneur, directeur de musée et mécène rêvait de faire rayonner Weimar, une ville ni particulièrement riche, ni particulièrement importante, comme épicentre du modernisme. Et, comme Nietzsche en incarnait les valeurs, de l’ériger en prophète de ce courant. Le comte Kessler a influencé – ou carrément commissionné – les premières œuvres de son iconographie. L’exposition présente des toiles commandées à Edvard Munch, des éditions de luxe de trois ouvrages tels qu’ornés par Henry Van de Velde, des exemplaires du magazine PAN, cofondé par Kessler et qui publiait des poèmes de Nietzsche, ainsi qu’un imposant buste de bronze, pièce maîtresse de la salle.

Cet hermès est l’une des trois seules copies au monde d’une statue de Max Klinger – non pas de l’œuvre définitive, faite de marbre, mais d’une version provisoire, l’artiste en question ayant été trop occupé pour livrer sa commande à temps. « Klinger n’a pas été choisi seulement parce qu’il était célèbre : il a été choisi parce qu’il était considéré par ses contemporains comme un artiste nietzschéen, détaille Sebastian Schütze. Mais si vous en aviez parlé à Klinger, il aurait dit qu’il préférait Schopenhauer. Parfois, la façon dont nous recevons l’art ne correspond pas vraiment aux intentions de l’artiste... »

Pour le contexte historique, des symboles du Nouveau Weimar sont intégrés à la collection. Le visiteur y trouvera notamment des œuvres achetées par Kessler, pour un musée ou pour son propre appartement. Un exemplaire de L’âge d’airain, d’Auguste Rodin, y prend la pose. On voyait dans cette sculpture l’incarnation d’un nouvel âge et d’un nouvel idéal humain. Ce qui correspondait parfaitement au programme du comte.

Quelques décennies après la mort de Nietzsche, ses idées – l’Übermensch en premier – ont été déformées pour justifier le programme nazi. Friedrich Nietzsche et les artistes du Nouveau Weimar veut donner l’heure juste sur ce que représentait réellement le personnage à l’époque. « L’exposition est spéciale, car elle se situe à la conjoncture de l’histoire de l’art et l’histoire des idées. »

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POUR Y ALLER

Quand ? Jusqu’au 25 août

Où ? Musée des beaux-arts du Canada (MBAC)

Renseignements : beaux-arts.ca