Les élèves ont travaillé par terre, allongés, sur différents types de papiers.

Exposition scolaire: «Même plus peur des tornades»

Un an après le passage de la tornade à Gatineau, une exposition réalisée en collaboration avec 21 élèves de 5e année de l’école internationale du Village, dans le secteur Aylmer, revient sur la catastrophe.

À l’origine de l’exposition Arrêtons de tourner en rond. Graphisme citoyen à l’école primaire se trouve Valérie Yobé, professeure en design graphique à l’École multidisciplinaire de l’image. « L’idée était d’aborder des thématiques sociales ou politiques avec les enfants, et de créer à travers ça », explique Mme Yobé, qui a travaillé avec la professeure en didactique des arts au Département des sciences de l’éducation à l’Université du Québec en Outaouais, Catherine Nadon. 

Ainsi, de janvier à juin 2019, à raison de 11 ateliers bimensuels, trois chercheurs-créateurs, deux enseignants, 21 élèves de 5e année ont collaboré pour donner naissance à cette exposition.

« On a proposé de faire ces ateliers avec des élèves de 5e années sur la thématique de la tornade avec pour but de les faire discuter sur le sujet, pour surmonter leur peur par rapport à ce phénomène, les faire parler des changements climatiques, de nos responsabilités », souligne la professeure de design graphique. 

Si ces élèves n’avaient pas été directement affectés par la tornade, ils ont néanmoins accueilli une fillette de Mont-Bleu victime des dégâts causés par son passage. 

« Elle arrivait avec tout son historique. Et les élèves, eux, l’ont vécu à travers tout ce qu’ils ont vu dans les médias, et les gens autour d’eux qui l’ont vécu », précise-t-elle. 

Deux graphistes professionnels ont également participé au projet : Laurent Pinabel, de Montréal et le français Eddy Terki qui a déjà travaillé avec des écoles. 

La rencontre entre le concepteur et illustrateur Laurent Pinabel et les élèves a donné naissance à des monstres. 

« À la suite de ce travail, nous les avons fait travailler sur des slogans. Et ils ont ensuite essayé de détourner le côté effrayant du phénomène, en personnifiant le monstre par une infirmière, un nettoyeur, le maire de Gatineau. Le monstre se fait donc rattraper par ses erreurs à travers des actions humaines » post-tornade, détaille Valérie Yobé.  

« Avec Eddy Terki, ils ont produit de très grands formats, sur lesquels ils ont tracé des tornades et inséré des mots-clés à l’aide d’outils géants », poursuit-elle. Ces ateliers ont donc agi comme un exutoire. 

Travailler par terre

Le projet a également été pour elle l’occasion de montrer que l’enseignement des arts au primaire peut être différent de ce qu’il est actuellement. « Les élèves ont travaillé par terre, allongés, sur différents types de papiers. Ils ont pu découvrir que la pratique des arts, ça peut être moins dirigé, plus impulsif, plus gestuel, et comprendre ce qu’on ressent », estime-t-elle.

Tout au long de ces ateliers, les élèves ont appris « ce qu’est une affiche, son pouvoir, l’impact de l’image ». « On voulait également les rendre critiques face aux images auxquelles ils sont exposés. » 

Outre l’enseignement des arts, ce projet a également permis d’aborder d’autres disciplines. « On a fait le pont entre les arts, le français, les sciences, la géographique. C’est une transdisciplinarité entre les différentes matières qui sont enseignées de manière plutôt cloisonnée ». 

Arrêtons de tourner en rond retrace l’ensemble du processus de création des élèves. « L’exposition, c’est l’ensemble des éléments qu’ils ont produits au cours des 11 ateliers. On y verra donc les monstres, les slogans, les [dépliants] qui ont été conçus, ainsi que la campagne d’affichage «Même plus peur des tornades», souligne la co-instigatrice du projet. 

Ces élèves de 10-11 ans ont également laissé libre cours à leur plume en composant des poèmes autour des monstres. «Leur force conceptuelle, leur capacité à s’exprimer par rapport à la thématique et les textes qu’ils ont produits sont vraiment intéressants», clame Mme Yobé.

Un ouvrage devrait être publié bientôt. Une boîte à outils destinée aux différents intervenants du réseau scolaire sera également conçue dès cet hiver. «Notre but, c’est que ça ne reste pas une opération isolée, mais que ce soit utilisé dans les établissements», conclut-elle.  

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POUR Y ALLER

Quand ? 27 septembre au 2 octobre - Vernissage le 26 septembre

Où ? Centre d’exposition L’Imagier (9, rue Front)

Renseigmenents : limagier.qc.ca