La Cowansvilloise d’origine Mariève Pelletier travaille avec d’anciens procédés photographiques du XIXe siècle provoqués par l’utilisation de chimies diverses.

Expo de Mariève Pelletier au Musée Bruck: des photos... sans appareil photo

Mariève Pelletier fait des photos sans appareil photo. Elle utilise plutôt des techniques photographiques qui ont de quoi piquer la curiosité : cyanotype, procédé lumen, anthotype au jus de carotte... Aussi rares qu’anciens, ces procédés constituent le point de départ de l’exposition solo qu’elle présente jusqu’au 6 juillet au Musée Bruck de Cowansville.

« Ce sont tous des procédés anciens, les prémisses de la photographie explorées entre 1820 et 1840, avant même l’argentique », explique la Cowansvilloise d’origine maintenant établie en France. « Il en existe des centaines, mais seulement quelques-uns sont encore accessibles. C’est avec eux que je travaille. »

C’est lors d’un échange étudiant qui l’a menée à l’École supérieure d’art décoratif de Strasbourg qu’elle s’est initiée à ces techniques pour le moins inusitées. « Une photographe m’a prise sous son aile et m’a tout montré : comment fabriquer mes chimies à partir, par exemple, de nitrate d’argent ou de ferricyanure de potassium, les différents procédés, etc. »

« Je ne pensais jamais que mes cours de chimie de secondaire 5 allaient me servir un jour », lance-t-elle du même souffle en riant.

Si différents produits et supports sont nécessaires pour chaque procédé, la base de la technique reste la même : le photogramme, c’est-à-dire l’obtention d’une image par contact d’un objet plat ou tridimensionnel sur une surface rendue photosensible.

C’est toutefois lors de ses études à l’École supérieure des Arts et Médias de Caen/Cherbourg qu’elle a poussé sa démarche artistique. « Au début, je ne faisais que reproduire des images à partir d’anciens négatifs que je restaurais, explique la jeune femme de 30 ans. Mais ce faisant, j’avais l’impression que je n’arrivais pas à me détacher de la technique. »

Dès lors, elle a entamé un travail d’exploration qui lui permettra d’amener ces procédés anciens dans une démarche contemporaine. « Le plus difficile, c’est de ne pas rester dans le XIXe siècle », affirme-t-elle aujourd’hui.

Une des oeuvres de Mariève Pelletier, La forêt, un photogramme obtenu par cyanotype.

Temps et pérennité

Avec Photo-sensibilités, Mariève Pelletier nous présente une série de photographies, mais également quelques peintures et des broderies à la facture résolument féminine. « J’aborde ma peinture comme une photo, et mes photos comme des peintures », glisse-t-elle.

L’artiste multidisciplinaire s’interroge par le fait même sur l’expérience du temps et la pérennité des images. « J’aime l’idée d’aller à l’encontre de la prolifération d’images à laquelle on assiste avec toutes les technologies du XXIe siècle, de travailler avec des processus qui demandent du temps et aux résultats souvent imparfaits. Certaines de mes images, comme celles réalisées avec le jus de carotte, sont même vouées à disparaître dans quelques semaines puisqu’elles ne peuvent être fixées. »

La jeune femme, qui expose depuis une dizaine d’années déjà au Québec et en France, en plus d’incursions en Allemagne et au Japon, continue son travail d’exploration. Elle a récemment découvert le lumi, une toute nouvelle technique photosensible qui nous vient de la Californie et permet d’obtenir des images en différentes teintes plus vives.

Elle teste également différents supports pour dévoiler ses œuvres. « J’ai vraiment un intérêt pour la matière sur laquelle imprimer. J’ai même essayé sur des roches ! Ça fonctionne, mais je dois poursuivre mon travail pour obtenir de meilleurs résultats », dit-elle.

Dans ses temps libres, Mariève Pelletier rend également service à des antiquaires français dans la restauration d’anciens négatifs. « Récemment, il y en a un qui en a trouvé sur de vieilles plaques de verre, même pas des pellicules là !, dans une vieille grange en Normandie. Probablement que des photos n’ont même jamais été développées. Moi, ça fait évidemment mon grand bonheur d’assister en primeur à la révélation de ces souvenirs-là ! »