Sonia Del Re, docteure en histoire de l’art, conservatrice principale, dessins et estampes, et commissaire de l’exposition au MBAC.

Délicates créatures au MBAC

Des monstres et des créatures surnaturelles ont pris possession du Musée des Beaux-Arts du Canada (MBAC) pour se montrer sous leurs meilleurs jours jusqu’au 29 mars 2020. L’exposition Beautés monstrueuses exhibe près de 70 œuvres sur papier datant de 1450 à 1700.

« Toutes les œuvres de cette exposition sont issues de la collection permanente du Musée qui en compte pas moins de 27 000, souligne Sonia Del Re, conservatrice des dessins et estampes au MBAC. Il y a plusieurs illustrations emblématiques allant de la Renaissance et de l’ère baroque. »

En présentant des œuvres datant du milieu du 15e siècle au début du 18e siècle, réalisées par 45 artistes européens, dont le célèbre peintre et graveur allemand Albrecht Dürer, le MBAC dévoile ainsi certaines des plus anciennes pièces de sa collection d’œuvres sur papier. « Certaines sortent pour la première fois », confie Mme Del Re.

Puisqu’avec « le temps l’encre s’estompe », les expositions d’œuvres sur papier se font plutôt rares afin de les préserver.

Beautés monstrueuses ne débute qu’à la Renaissance, puisque l’invention de l’imprimerie et le développement du papier n’ont lieu qu’autour de 1450. « Deux œuvres de l’exposition ont d’ailleurs servi d’illustrations dans la Bible en 1496 », précise la conservatrice.

Ces estampes et dessins sont nés de l’imagination des artistes qui se sont inspirés des récits bibliques, de La Légende dorée (un livre rédigé en latin entre 1261 et 1266) ou encore de la mythologie. « Dans la religion chrétienne, il y a une omniprésence des monstres », rappelle la spécialiste.

Au cours de l’exposition où on découvre les maîtres de l’époque et leurs différentes perceptions des monstres, on apprivoise également les techniques utilisées au fil des siècles : l’eau-forte (acide), la gravure au burin, la gravure sur bois ou encore le dessin.

« C’est fascinant de regarder le détail de ces œuvres. Il faut vraiment s’approcher pour voir le détail et comprendre les scènes qui ont lieu dans les œuvres », indique la conservatrice qui ajoute que le nom de l’exposition Beautés monstrueuses dans l’estampe et le dessin anciens européens (1450-1700) a justement été choisi « pour montrer toute la finesse des détails ».

Visite guidée

Divisée en quatre thèmes, l’exposition permet aux visiteurs de plonger dans l’univers des monstres qui ont hanté les artistes sur plusieurs siècles.

La première partie, Démons, présente des illustrations tirées des récits bibliques et de la vie des saints.

Lorsqu’on franchit l’arche, créée pour imiter les portes de l’enfer, on découvre des images où les créatures mythologiques sont tirées « des écrits du poète Ovide (auteur des Métamorphoses) » et sur le thème de la mythologie grecque et romaine. Les créatures hybrides mi-homme, mi-animal reviennent d’ailleurs très souvent.

Dans cette section, on peut notamment découvrir Le Dragon dévorant les compagnons de Cadmos de l’artiste hollandais Hendrick Goltzius. « C’une des estampes les plus connues de l’ère baroque et le Musée en a fait l’acquisition cette année », fait remarquer la conservatrice.

Une petite partie de l’exposition fait surgir des monstres marins des profondeurs des océans.

Les visiteurs pourront s’attarder sur le Combat des dieux marins de l’italien Andrea Mantegna.

« C’est une œuvre très rare et célèbre dès sa création en 1485. Elle est rarissime et le sujet est encore un mystère 500 ans après sa création », confie Sonia Del Re.

Le dernier pan de l’exposition se consacre aux créatures ornementales.

On y trouve des modèles à toute petite échelle d’estampes qui ont pu servir à décorer des objets de tous les jours. Plusieurs activités ludiques permettent aux visiteurs de tout âge de dompter ces différentes créatures.

POUR Y ALLER

Quand : Jusqu’au 29 mars 2020

Où : MBAC

Renseignements : beaux-arts.ca