Grâce à la technologie, l’exposition «Anthropocène» montre l’impact de l’humanité sur la nature: des arbres rasés jusqu’aux espèces éteintes.

Captivants ravages

À la fois belle et bouleversante, l’exposition Anthropocène surprend par ses moyens technologiques. En photo, en vidéo et en réalité augmentée, le photographe Edward Burtynsky et les cinéastes Jennifer Baichwal et Nicholas de Pencier y montrent l’impact ravageur de l’activité humaine sur la surface de la Terre.

Le fruit de leurs quatre années de recherche et de voyages sera exposé au Musée des beaux-arts jusqu’au 24 février 2019.

Le terme « anthropocène » désigne une époque géologique marquée par l’activité humaine. Dans cette nouvelle ère, les modes de vie et de production sont la cause de changements planétaires permanents. Ce concept comme ère géologique fait l’objet de débats ; la proposition du Groupe de travail sur l’anthropocène, qui a inspiré l’exposition, est que les humains changent la planète plus que tous les autres phénomènes naturels combinés. « Et ça, ce sont leurs preuves », résume Jennifer Baichwal en désignant les œuvres d’Anthropocène.

Les images de l’exposition ont été captées par le trio dans tous les continents, à l’exception de l’Antarctique. On y constate le talent d’Edward Burtynsky avec, entre autres, les photographies aériennes d’un bassin de résidus de phosphore en Floride, de scieries au Nigeria et d’une mine de charbon en Allemagne. D’autres œuvres centrées sur la biodiversité et le bourdonnement urbain ébranlent l’observateur, comme les photos d’une forêt millénaire de l’île de Vancouver — où il reste aujourd’hui moins de 10 % des arbres anciens —, de coraux blanchis en Australie ou d’une vue du ciel de Lagos, la mégalopole la plus densément peuplée d’Afrique.

Les photos sont accompagnées de vidéos qui se visionnent au fil de l’exposition, en pointant un téléphone intelligent ou une tablette vers les bons endroits. On peut par exemple faire un zoom sur les toits de Lagos pour découvrir une messe dans une église qui accueille un million de croyants.

« Pour qu’une représentation de l’anthropocène marche réellement, on ne pouvait pas éviter la dialectique entre l’échelle et le détail, explique la réalisatrice. Pour Lagos, ce que nous avons essayé de faire en combinant la photographie et la vidéo, c’était de capter des petits moments avec les gens. Ce sont les gens qui vivent dans la ville ; les détails de la photo, ce sont leurs vies. Ça donne aux visiteurs une compréhension plus complexe de cet endroit. »

Un ajout technologique a captivé les premiers visiteurs : trois animations en 3D apparaissent sur les écrans des téléphones et des tablettes au fil de la visite. En version virtuelle, Big Lonely Doug, un Douglas vert sauvé d’une coupe à blanc sur l’île de Vancouver, dresse ses 66 mètres sous le toit de verre du grand hall du musée. La technologie permet aussi de ressusciter Sudan, le dernier rhinocéros blanc du Nord mâle, mort en mars dernier, et de faire le tour d’une pile imposante formée des défenses récupérées du braconnage d’environ 7000 éléphants. L’amas d’ivoire a été incinéré en 2016 dans le parc national de Nairobi au Kenya ; les réalisateurs ont filmé le tout et le présentent dans la salle voisine.

Anthropocène, le film

L’exposition s’inscrit dans un projet plus vaste dont fait partie le documentaire ANTHROPOCÈNE : l’épopée humaine. Le film basé sur les recherches du Groupe de travail sur l’anthropocène a été présenté en première ottavienne jeudi soir au Musée de beaux-arts. Il sera projeté au cinéma Bytowne, chaque jour, du 5 au 11 octobre.

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POUR Y ALLER

Quoi : L'exposition Anthropocène

Où : Musée des beaux-arts du Canada

Quand : Jusqu’au 24 février 2019

Renseignements : beaux-arts.ca

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Quoi : Le documentaire ANTHROPOCÈNE : l’épopée humaine

Où : Cinéma Bytowne (325 Rideau, Ottawa)

Quand : Une projection par jour, du 5 au 11 octobre