L'artiste gaspésienne Odette Ducasse, dont les oeuvres sont exposées en sol gatinois pour les cinq prochaines semaines, soutient que certaines de ses gravures ont nécessité pas moins de trois années de travail.

Assaut de gravures à la Galerie Montcalm

Odette Ducasse aime à le rappeler : elle est née en Gaspésie. Une artiste au carrefour des vents et du fleuve ? C'est aussi le sentiment que donne la visite de l'exposition, Au nord du vent, à la fois concentré de gravures où la couleur bruisse presque, où des traces sombres dressent des obstacles sur des fonds sereins, où  l'abstraction donne corps à un lieu vaguement désolé, beau comme la  tempête. Visite guidée à la Galerie Montcalm, où la Gaspésienne établie à Québec expose jusqu'au 1er octobre.
Elle a choisi le titre Au nord du vent, « car le vent ramasse tout et le nord signifie ce qui est caché, l'arrière, l'au-delà. » Odette Ducasse est aussi un peu poétesse, en tout cas, elle aime écrire. La gravure le jour, la rédaction la nuit. Elle n'a pas choisi un médium facile à travailler. « Il faut réserver la presse à l'avance, la gravure exige une grande préparation au préalable et un nettoyage important à la fin. Je produis beaucoup de rebuts ». Mais l'artiste reste philosophe : « c'est une perpétuelle recherche de soi-même, » sourit-elle. 
Certaines gravures de l'exposition ont nécessité trois années de travail. Mme Ducasse ne conserve en moyenne qu'une à deux productions sur une série de six ou sept.
En gravure, tout est affaire de juxtaposition, raconte-t-elle, de temps de séchage, de mélange des couleurs et d'ajouts éventuels. En revanche, rien ne s'efface, il faut dupliquer ou recommencer. Alors, comme pour contre-balancer ce mouvement artistique indélébile, Odette Ducasse écrit des poèmes en leur ôtant le superflu syntaxique. Elle couche ses mots sur des pages blanches, mais aussi, support plus surprenant, sur des galets polis glanés ici et là en bordure du St-Laurent. 
« Les pierres s'éveillent / Marée de l'aube / Inverser les matins / Dorloter les rêves... » peut-on lire sur des feuilles volantes posées à même le sol de la Galerie, constituant une série de poèmes faits maison et entourés de petits cailloux.
Les titres de ses pièces aussi concentrent son regard poétique : « Feuilles de nuits », « Les Murmures du silence », « Le visage des mots » se recueillent comme des vers sur les cimaises. Les impressions géométriques qu'ils déclinent alternent quelques motifs récurrents où l'on devine des silhouettes, où l'on croit reconnaître des galets et des plumes, un cheval se cambrant, et plus généralement, un temps pluvieux de bord de mer. Les couleurs privilégient le bleu délavé, le vert et le mauve, quelques touches d'orangé et beaucoup d'or.
Pour décrire ces couches successives de peintures pressées les unes aux autres, Odette Ducasse utilise le jargon du milieu : il faut « nourrir la matrice, » répétera-t-elle plusieurs fois au cours de notre visite à la galerie. 
En quittant l'exposition où l'on aurait pu rester des heures à contempler les gravures en s'imaginant au bord de l'eau, on ne sera pas surpris de découvrir la bucolique scénographie du vernissage, jeudi : sur des tables nappées de blanc, reposent des coupelles renfermant une présentation de mousses, brindilles et plumes.
Pour y aller
Quand ? Jusqu'au 1er octobre
Où ? Galerie Montcalm
Renseignements : 819 595-7488