Rassembler sous un même toit une diversité incroyable d’art autochtone contemporain, c’est ce que vient de réussir le Musée des Beaux-Arts du Canada (MBAC) avec l’exposition d’envergure internationale «Àbadakone — Feu continuel».

«Àbadakone» au MBAC: l’art de la transmission

Rassembler sous un même toit une diversité incroyable d’art autochtone contemporain, c’est ce que vient de réussir le Musée des Beaux-Arts du Canada (MBAC) avec l’exposition d’envergure internationale «Àbadakone — Feu continuel».

Au total, plus de cent œuvres réalisées par près de 70 artistes appartenant à près de 40 nations, ethnies et tribus de 16 pays, dont le Canada, s’exposent dans tout l’espace du MBAC. Dès son entrée dans le Musée, le visiteur est ainsi immergé dans l’art indigène provenant de partout sur le globe.

Une installation monumentale de l’artiste et architecte sami Joar Nango (Suède) a d’ailleurs pris la place de la billetterie. Cette œuvre créée in situ intitulée Bibliothèque architecturale samie invite le visiteur à grimper sur la structure de bois et à parcourir l’ensemble des livres rassemblés par l’artiste.

Plusieurs œuvres commandées et créées in situ sont venues enrichir Àbadakone. « C’est une façon de mettre l’emphase sur le processus de création et pas uniquement sur les œuvres, souligne Christine Lalonde, conservatrice associée, Art indigène du MBAC. C’est un concept vraiment autochtone. C’est comme ça que les connaissances ont pu se transmettre de génération en génération. »

Autre installation immanquable : Tepkik, du Mi’kmaq Jordan Bennett. Le plafond du Grand Hall s’est paré d’une magnifique Voie lactée colorée. Sous ces gigantesques rubans, inspirés des gravures mi’kmaq et des couleurs traditionnelles, on peut observer l’astronomie ancestrale du monde des eaux et du ciel.

L’œuvre pourrait intégrer la collection du MBAC. « À l’heure actuelle, 19 œuvres font déjà partie de la collection, dont trois acquises récemment », indique la sous-directrice des expositions et du rayonnement, Anne Eschapasse.

Le long du couloir, quatre immenses murales aux motifs traditionnels réalisées par des femmes de l’Inde ont remplacé les dessins des enfants.

La majorité des œuvres, toutes aussi différentes les unes que les autres, sont installées dans la salle d’expositions temporaires. Au cours des cinq mois d’exposition, plusieurs œuvres seront activées par les artistes.

« C’est une tradition de performance des artistes autochtones qui nous fascinait », souligne Mme Lalonde.

Travail de longue haleine

Les trois conservateurs, Rachelle Dickenson, conservatrice associé, Greg Hill, conservateur principal, et Christine Lalonde, avaient amorcé des discussions avec Sakahàn.

Àbadakone s’inscrit d’ailleurs dans la continuité de cette première exposition présentée en 2013.

« Notre travail, c’était d’ouvrir la porte de l’art autochtone autour du monde. On souhaitait avoir une exposition qui saisit les idées et les valeurs des artistes et des œuvres », explique Mme Lalonde.

L’exposition s’articule autour de trois notions centrales : l’interdépendance, la continuité et l’activation.

« On a souhaité poursuivre la conversation sur ce qu’est être un artiste indigène, quelles sont les pratiques — et aussi sur la notion de continuité de différentes formes artistiques traditionnelles à travers des installations contemporaines », poursuit Mme Eschapasse.

Pour réussir à regrouper une centaine d’œuvres venues de contrées aussi lointaines que les terres des Nenets (Russie), des Maoris (Nouvelle-Zélande) ou encore des Mayas Tz’utujil (Guatemala), le trio de conservateurs a été épaulé par trois conservateurs invités et un réseau d’experts.

« Il y avait quelqu’un en Russie, en Afrique ou encore à Taiwan. Ils étaient chargés de faire des recommandations d’artistes et de faciliter les échanges », précise Mme Eschapasse.

Avec la création de son département d’art indigène en 2007, et deux expositions d’envergure sur l’art indigène contemporain, le MBAC souhaite poursuivre son mandat d’initiateur de conversation.

Une troisième exposition du genre devrait faire suite à Àbadakone.

+

POUR Y ALLER

Quand ? Jusqu’au 5 avril

Où ? Musée des Beaux-Arts du Canada

Renseignements : beaux-arts.ca