Arts visuels

L’art dense d’Arabie en photographies

Une vague de féminité déferle au Musée canadien de la guerre.

Présentée pour la première fois à l’extérieur des États-Unis, l’exposition « Celle qui raconte une histoire - Femmes photographes de l’Iran et du monde arabe » convie 12 photographes à dévoiler leur regard sur la vie contemporaine au Moyen-Orient. Plus de 85 photos évoquant la sphère familiale, le quotidien voilé et parfois la guerre, souvent exposées en grands formats. 

Surprise ! Loin des prises de vue parfois terrifiantes des photojournalistes sélectionnés au World Press Photo et présentés annuellement au musée, le visiteur se retrouvera au milieu de surfaces illuminées saturées de signes, de douceur et de couleurs. Une autre histoire de l’Iran et du monde arabe où la recherche esthétique domine fortement. Comme si, face aux images-chocs véhiculées par les médias et réseaux sociaux, ces artistes toutes nées après 1950 récusaient l’épouvante. Pour plonger de plain-pied dans un raffinement du traitement photographique qui invite au questionnement.

« Quand j’ai commencé à travailler, on me disait que mon art était pornographique, j’ai vécu un vrai cauchemar », partage la photographe marocaine Lalla Essaydi. Née en 1956, elle part étudier à Paris et réside désormais à Boston où l’exposition a été créée, au Museum of Fines Arts. Son magnifique triptyque accueille le visiteur en toute féminité. À première vue, une femme allongée, la chevelure en cascade à la Klimt, est recouverte d’une mosaïque de motifs dorés. En se rapprochant, on distingue une juxtaposition méticuleuse de douilles. Cette double lecture se propage à d’autres photographies exposées : dans les natures mortes de l’Iranienne Shadi Ghadirian, par exemple, où une grenade goupillée garnit discrètement une corbeille de fruits. Ou encore chez Shirin Neshat, éminente artiste qui emprunte son style à la tradition de la calligraphie et offre des portraits zébrés de poésie et de vers en farsi.

Arts visuels

Histoires de porcelaine

Les couleurs sont douces, presque délavées par endroits. Qu’elle soit glacée ou mate, la porcelaine se superpose pour sa part en couches texturées, peintes ou gravées. Ici et là, dans ses bustes de personnages, s’ouvrent des portes et des fenêtres comme autant d’ouvertures sur l’intime tendu vers l’autre. Ses animaux, eux, prennent des airs de créatures de contes de fées. Quant à ses oreillers, bateaux et maisonnettes, ils ont tous des pattes, évoquant les (é)mouvances de l’artiste Maria Moldovan, Roumaine d’origine et Ottavienne d’adoption depuis près de trois ans, maintenant.

« J’ai toujours été attirée par des objets auxquels on peut prêter vie en les transformant pour en faire des créatures mystérieuses, porteuses de symboles, explique Maria Moldovan. Quand j’étais petite, j’aimais croire que les petits animaux avec lesquels je jouais me protégeaient, par exemple. Aujourd’hui, quand je travaille la glaise, il y a beaucoup d’intuition dans mes gestes, une envie de créer des œuvres qui vont toucher les gens sans qu’ils puissent rationaliser totalement ce qu’ils ressentent. »

L’artiste pluridisciplinaire présentera ses plus récentes pièces aux visiteurs dans le cadre de l’exposition 260 Fingers, qui rassemblera 26 potiers et céramistes au Centre communautaire du Glebe cette fin de semaine. Autant d’œuvres de petit ou de plus grand format qui semblent raconter une histoire, chacune à sa manière. 

Car chez Maria Moldovan, qui peint, illustre des livres pour enfants depuis plus de 20 ans et enseigne aussi la céramique à l’École des arts d’Ottawa, il y a cette volonté d’explorer le potentiel à la fois ludique et narratif de la porcelaine. 

« J’ai déjà tâté de la sculpture, lorsque j’étudiais les beaux-arts en Roumanie, mais je trouvais ça trop brute, trop masculin par rapport à ce que j’avais envie de créer. Quand j’ai travaillé la glaise pour la première fois, j’ai compris que j’avais trouvé le tout qui allait me permettre de jouer avec les couleurs et le 3D. » 

Si elle a eu à produire des pièces fonctionnelles (tasses, assiettes, bols…) dans le cadre de sa formation, Maria Moldovan n’a pas hésité une seconde lorsqu’est venu le temps de choisir l’option « artistique » après deux ans d’études. Elle était trop habitée par ce désir de partager son imaginaire empreint d’onirisme et de symboles qui lui sont chers.

« Depuis mes débuts, j’ai toujours peint ou sculpté des oiseaux, par exemple, parce qu’ils évoquent pour moi la liberté et l’âme d’une personne », mentionne-t-elle, en caressant délicatement du doigt l’oiseau posé sur l’épaule d’un de ses personnages. 

Plus récemment, des bateaux avec des pattes et des maisons ont cependant commencé à s’imposer à elle, dès lors qu’elle mettait la main à la glaise. « Mon mari, notre enfant et moi étions à la recherche de notre chez-nous, d’un endroit où transplanter nos racines. Décider de quitter ce qu’on a toujours connu est une expérience aussi bouleversante que stimulante, et créer m’a beaucoup aidé à assimiler tout ce que je ressentais », fait valoir l’artiste d’un ton serein.

Lisa Creskey, de Chelsea, en lice pour deux prix aux prochaines Culturiades, figure parmi les autres artistes de la région qui prendront part à l’exposition 260 Fingers.


POUR Y ALLER

Quand ? Centre communautaire du Glebe

Où ? Du 10 au 12 novembre

Renseignements : 260fingers.ca

Arts visuels

Portraits du Portage à l’âge abstrait

Peu de temps après avoir déménagé à Toronto, l’artiste David Kaarsemaker expose dans la région où il a étudié. Ce titulaire d’une maîtrise en beaux-arts de l’Université d’Ottawa n’est pas tout à fait parti : son exposition Portage se découvre à la galerie Montcalm jusqu’au 26 novembre.

On l’aura récemment remarqué sur les cimaises du Musée des beaux-arts à titre de finaliste du Concours de peintures canadiennes de RBC : photographe de formation, il joue des notions de profondeurs dans sa démarche artistique.

Le visiteur de son exposition devinera en effet, derrière les coups de pinceaux, lignes et pointillés en guise d’écrans visuels, des formes distinctes sur certains tableaux : ici, les toits d’un village ; là, des arbres ou du mobilier d’intérieur. En dépit de l’effet abstrait qui domine son travail, rien n’est laissé au hasard ou à l’imaginaire.

« Je suis un peintre représentationnel, précise-t-il dans un français tout à fait charmant, j’aime travailler à partir d’une base que je peux observer. » 

Il nous explique qu’il confectionne son sujet à partir de maquettes en carton peintes en blanc sur lesquelles il projette des images. « J’aime cette transition entre un sujet tiré de la réalité et un procédé qui me permet d’abstraire cette réalité. »

L’artiste s’est inspiré des paysages urbains du secteur Hull, séduit par le brutalisme qui y prévaut. « Les bâtiments gouvernementaux ont été construits dans les années 70 et 80 dans un style très commun au Canada, mais qui a mal vieilli, analyse-t-il. L’idéologie de cette architecture ne se traduit plus de nos jours. Pourtant ce fut conçu avec les meilleures intentions, dans une forme d’utopie idéaliste. J’aime cette distance entre intentions et réalité. »

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La Merveille selon Marceau

Casqué, patins aux pieds et chandail numéro 99 des Oilers d’Edmonton sur le dos, Thierry Marceau accueille les curieux dans son « bureau » derrière le filet de hockey installé dans l’espace Âjagemô du Conseil des arts du Canada, rue Elgin. « C’est symbolique : quand Wayne Gretzky prenait place dans son ‘bureau’ comme ça, tout le monde savait qu’un but serait marqué dans les secondes suivantes ! », fait valoir l’artiste personnifiant l’illustre joueur de hockey dans le cadre de sa performance Le Retour de la Merveille.

Autour de lui, les chandails des équipes pour lesquelles Gretzky a évolué sont suspendus ; des photos de l’artiste déguisé en Merveille dans divers décors albertains (notamment devant des installations pétrolières) sont fixés au mur ; et une vidéo où on peut le voir et l’entendre en train de patiner sur le lac Louise, dans les Rocheuses, tourne en boucle. « On pourrait croire que j’avais tout organisé : l’espace déneigé, le filet, le ciel bleu, mais j’ai pu tourner ces images juste parce que j’ai été au bon endroit, au bon moment », raconte Thierry Marceau, tout sourire, en nous entraînant dans une visite guidée sur ses patins à roues alignées.

L’artiste de la performance se défend bien d’être un imitateur des personnalités qu’il incarne. S’il s’intéresse aux Gretzky, Andy Warhol, Michael Jackson ou Ronald MacDonald de ce monde, c’est pour mieux retravailler l’image qu’ils ont eux-mêmes développée et soignée, ou le personnage dont ils sont peut-être devenus prisonniers.

« Pour plusieurs, Gretzky est une icône canadienne. On a tous en tête cette image cristallisée du prince d’Edmonton couronné roi à Los Angeles », rappelle Thierry Marceau. 

Un roi qui a été détrôné par sa blessure au dos et son passage à vide chez les Blues de St. Louis avant de reprendre du galon à New York, où il a pris sa retraite en 1999.

« C’est comme si sa trajectoire avait été scénarisée. Il y a là quelque chose de vraiment fascinant. » 

Dans Le Retour de la Merveille, l’artiste explore aussi la dimension « royale » du mariage de ce dernier avec l’actrice Janet Jones, en 1988, notamment en imaginant ce que l’enterrement de vie de garçon de Gretzky a pu être. 

Pour creuser cette idée — par le biais d’une vidéo tournée au ralenti, entre rêve et cauchemar, et projetée, celle-là, à l’étage, puisqu’elle s’avère un peu plus audacieuse — Thierry Marceau s’est d’ailleurs inspiré de quelques-unes des milliers de photos qu’il a répertoriées sur Internet en tapant le nom de Gretzky dans son moteur de recherche. 

Sur l’affiche où il « expose » certaines de ces photos, on voit la Merveille nue sous une couche de mousse, dans un vestiaire.

« J’aime quand ces gens-là échappent leur image. Ce sont comme des fissures dans l’image autrement parfaite que Gretzky dégage, par exemple, qui me donnent des clés pour les faire voir sous un jour nouveau en me permettant d’amener ces personnages là où on ne les attend pas », soutient celui qui a étudié la peinture au collégial, la sculpture à l’université, avant de goûter à la vidéo, à la fiction et à la performance. 

Le trentenaire n’a jamais joué au hockey — « pas même bottine ! » précise-t-il dans un éclat de rire — ni vraiment regardé Gretzky jouer à la télévision. 

Cela ne l’empêche pas de l’incarner sans gêne, la coupe Stanley (minutieusement retouchée, puisqu’il n’a jamais pu mettre la main sur le vrai trophée) à bout de bras, mais aussi dans le vestiaire et sur la glace.

Cela ne l’empêcherait pas non plus de citer les statistiques de recrue du joueur étoile par cœur. « Je suis un collectionneur de cartes de hockey : je les ai toutes, de 1988 à 1994 », confie Thierry Marceau.

C’est d’ailleurs à partir de ce matériel généré par la Merveille, Warhol, Jackson et consorts que Thierry Marceau crée ses performances. 

« Je n’éprouve pas nécessairement de sentiment affectif pour eux, au départ, mais je creuse, je cherche tout ce que je peux trouver sur eux. Je me souviens d’avoir été passablement triste aux funérailles de Michael Jackson, puisque ça faisait deux ans que je le suivais pour mon projet », avoue l’artiste, qui a Justin Bieber dans sa mire pour un prochain projet éventuel. 

Une visite guidée du Retour de la Merveille avec Thierry Marceau est prévue de midi à 13 h, le 3 novembre. 

L’artiste demeurera en résidence jusqu’au 4, de 10 h à 17 h. L’exposition, elle, se poursuivra jusqu’au 26 novembre.

Arts visuels

Inventaire du langage avant fermeture

Il est encore temps de s’aventurer à la Galerie 101 en périphérie du quartier italien, à Ottawa. Dès décembre, cette petite structure confidentielle dédiée à l’art contemporain autochtone et « culturellement diversifié » devrait être relocalisée au centre-ville, sur la rue Queen.

En effet, l’établissement doit être démoli en février 2018, tout comme le pont autoroutier jouxtant l’édifice et qui, « depuis 10 ans a dépassé la date de péremption », s’alarme la directrice Laura Margita. Ses artistes en profitent pour investir une dernière fois les lieux en s’appropriant aussi les espaces alentours. Puisque tout doit être détruit, autant donner un dernier souffle au béton qui muraille la galerie !

Tagué en contrebas du pont décrépit, dans l’arrière-cour : « Tous les murs s’effritent, mais notre terre demeure », peut-on lire dans la langue des Anishinaabe.

L’exposition Langage de percement (Language of Puncture, en anglais) convie principalement des artistes issus des Premières Nations à s’exprimer sur leur rapport au langage. Une relation complexe qui interroge la transmission culturelle, évoque la perte d’une tradition entre deux générations ou rend tout simplement hommage à la beauté d’une écriture. Et l’on pense à la voie typographique tracée au centre de l’espace d’exposition par Rolande Souliere, avec ses panneaux noirs et blancs créés à partir de syllabes cries. « Elle s’est inspirée des routes que l’on parcourt sur des kilomètres, qui représentent autant des voies d’accès à des territoires que des lignes de démarcation pour les délimiter », explique Mme Margita.

Langue fragmentée par syllabes ou comprimée en boudins, comme dans l’œuvre d’Alicia Reyes McNamara, une artiste d’origine mexicaine non dénuée d’humour. Elle invite le visiteur à déchiffrer la phrase cachée dans son installation où les lettres ont été collées au point d’être illisibles. On devine les premiers mots : « The fact that I’m writing to you in English is already falsifying what I want to tell you... »

Il faut encore mentionner la peinture en triptyque d’Audrey Dreaver, « Do you speak Cree » répété ad nauseam sur une toile, un simple « no » lui répondant sur l’autre.

Parmi les six artistes exposés, Whess Harman, de Vancouver, a créé une police de caractère inspirée des motifs visuels caractéristiques de l’art autochtone de l’Ouest du Canada.

On déambule ainsi librement autour des installations de cette salle ouverte à tous les vents, comme une terre qui ne connaîtrait pas de barrières. Avant de méditer sur cette phrase glanée dans l’un des livres à feuilleter : « You want to return to the land but...does the land want you ? »

   

Arts visuels

Sculptures en plein air à travers la MRC des Collines

Les municipalités de Cantley et de Val-des-Monts ont profité du début des Journées de la culture, vendredi 29 septembre, pour inaugurer, chacune de son côté, une oeuvre d'art public. Ces deux oeuvres sculpturales - L'embâcle, de Denis Charrette, et Empreinte, signée Béla Simó - s'inscrivent au coeur d'un tout nouveau parcours d'art public baptisé De collines et d'eau.
De collines et d'eau

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Conjuguer arts visuels et art textuel

Arts visuels ? Arts textuels,  en réalité. La Galerie UQO accueille pour cinq semaines The State of Parenthesis*, exposition collective qui tient davantage du « littéraire » que du pictural, alors que ses installations cherchent leur signification du côté du langage, des mots et de la communication.
C'est qu'il faut désormais « faire de l'histoire de l'art avec des mots de passe », postule le critique d'art français (et directeur au Centre Pompidou) Jean-Max Colard dans Titrologie de l'exposition, oeuvre et dissertation analytique servant d'affiche à l'entrée de la galerie. 

Arts visuels

La Galerie UQO a deux ans

La Galerie UQO  a fêté mercredi ses deux ans d'existence, en procédant au vernissage d'une nouvelle exposition collective, titrée The State of Parenthesis*, conjugué au lancement du premier numéro d'une revue spécialisée baptisée Entretiens.
La petite galerie universitaire nichée dans le pavillon Lucien-Brault de l'Université du Québec en Outaouais (UQO), s'est démarquée par son « dynamisme », et le bilan de ses deux premières années d'activités est marqué par un franc succès, clame la directrice des lieux, Marie-Hélène Leblanc, pour qui la galerie a rapidement « su démontrer son rôle indispensable dans la région ».

Arts visuels

Grand atelier de création à L'Ange-Gardien

Pour une quatrième année consécutive, le site enchanteur de Champboisé, à L'Ange-Gardien, se transformera en méga atelier de création dans le cadre du symposium Traces qui se déroule du 15 au 17 septembre.
Une vingtaine d'artistes peintres et sculpteurs de l'Outaouais et d'ailleurs au Québec se réuniront l'instant d'un week-end, à L'Ange-Gardien, dans le but de produire des oeuvres, de présenter le fruit de leur travail et d'échanger avec le public.

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Assaut de gravures à la Galerie Montcalm

Odette Ducasse aime à le rappeler : elle est née en Gaspésie. Une artiste au carrefour des vents et du fleuve ? C'est aussi le sentiment que donne la visite de l'exposition, Au nord du vent, à la fois concentré de gravures où la couleur bruisse presque, où des traces sombres dressent des obstacles sur des fonds sereins, où  l'abstraction donne corps à un lieu vaguement désolé, beau comme la  tempête. Visite guidée à la Galerie Montcalm, où la Gaspésienne établie à Québec expose jusqu'au 1er octobre.
Elle a choisi le titre Au nord du vent, « car le vent ramasse tout et le nord signifie ce qui est caché, l'arrière, l'au-delà. » Odette Ducasse est aussi un peu poétesse, en tout cas, elle aime écrire. La gravure le jour, la rédaction la nuit. Elle n'a pas choisi un médium facile à travailler. « Il faut réserver la presse à l'avance, la gravure exige une grande préparation au préalable et un nettoyage important à la fin. Je produis beaucoup de rebuts ». Mais l'artiste reste philosophe : « c'est une perpétuelle recherche de soi-même, » sourit-elle.