En quelques traits de crayon et d’esprit bien sentis, Tom Gauld dessine notre monde. Et nous fait autant rire que réfléchir.

Apprêter la nature humaine à la Gauld

CRITIQUE / Lorsqu’il entre En cuisine avec Kafka, Tom Gauld mélange le caustique avec l’agréable. Il ajoute quelques gouttes de tabasco pour donner du piquant à ses observations sociales ; ajoute une pincée de sel pour ne pas édulcorer son propos. Il relève le tout d’un humour qui titille l’esprit.

Bref, il mitonne des planches (pour la plupart parues à l’origine dans The Guardian ou le New York TImes) dans un recueil qu’on déguste une page à la fois.

Il nous renvoie à notre peur de l’étranger par une image où « Notre chère mère patrie » fait face à « Leurs mornes terres barbares » par un effet de miroirs éloquent. Il fait sourire en coin quand il décode le système de classement de la bibliothèque d’un lecteur. Il s’éclate visuellement en empruntant tantôt à hier (par des jeux d’ombres dignes de l’ère victorienne), tantôt en se projetant dans le futur (ses Panneaux de signalisation dystopiques), mais toujours pour témoigner du présent, de notre rapport à la culture, au virtuel, aux réseaux sociaux, à l’information (Guerre et paix et pièges à clics est un exemple truculent).

En quelques traits de crayon et d’esprit bien sentis, Tom Gauld dessine notre monde. Et nous fait autant rire que réfléchir.

Tom Gauld

En cuisine avec Kafka

Alto, 160 pages

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