Andy Shauf

Andy Shauf au CNA: le somme des partys

Son album qui s'est hissé cette année jusque dans la courte liste du Prix Polaris s'appelle «The Party». Et, s'il s'agit bien d'une réunion dansante qu'a dépeinte Andy Shauf, sa fiesta est plutôt du genre déprimante, joliment plombée par une clarinette moribonde et des violons désenchantés.
Il s'agit d'un collage de dix points de vue vaporeux, sur une même situation, telle qu'observée (ou vécue) par les personnages un peu somnolents réunis par l'auteur-compositeur saskatchewanais. 
Sa mise en scène mélodique, et presque cinématographique, sera rejouée jeudi 8 décembre, à 20 h, au Studio du Centre national des arts à guichets fermés. 
Une entrevue téléphonique peut être ponctuée de petits silences gênants. Rien de plus normal: entre deux questions, le journaliste prend des notes ; l'interlocuteur cherche ses mots, s'inquiète parfois de la façon qu'ils seront perçus, traduits, reformulés. La barrière de la langue a tendance à accentuer ces silences. On s'habitue. Mais avec le laconique Andy Shauf, les blancs au bout du fil sont si nombreux que la conversation semble presque virer au malaise. 
«T'inquiètes pas, je suis très accoutumé aux silences gênants», rassure le musicien, sans cacher sa nature solitaire et «silencieuse», ni même son «inaptitude sociale» caractérisée.
L'artiste n'est pas convaincu que «l'étrangeté» des personnages conviés à son «Party» reflètent sa propre étrangeté, mais conviendra que «même s'ils ne sont pas réels», ils sont «représentatifs du genre de personnes que je rencontre le plus souvent». Qui se ressemble, s'assemble, dit-on...
Sauf que Shauf préfère travailler en solo plutôt qu'en assemblages. Après avoir enregistré son album en Allemagne, en compagnie d'amis musiciens, histoire de rompre avec sa routine de travail, une fois revenu au bercail, il s'est appliqué à désosser un à un les morceaux, «assis tout seul sur un lit».
«C'était bien, d'essayer d'inclure plus de gens dans le processus créatif, mais c'est trop difficile pour moi de suivre le chemin des idées [que je veux explorer], quand il y a du monde avec moi. Ça ne marche pas vraiment avec ma façon de fonctionner.» 
Perfectionniste, M. Shauf ? Non, dit-il. Mais du genre à vouloir tout régenter de façon maniaque («control freak»), avoue-t-il.
Manifestement loin du fun extraverti, des néons funky et dessoirées jacuzzis à la Radio Radio, le Party de Shauf ressemblerait à s'y méprendre à ceux qu'il connaît : de petits rassemblements pour «boire et discuter, plutôt que pour danser », expose celui qui a grandi dans des petites bourgades des grandes Prairies. 
Pour le songwriter, un party n'est rien de plus qu'«un endroit où l'on se retrouve entre amis pour passer du bon temps». Sauf que «ce Party ne survient pas particulièrement au bon moment», pouffe-t-il, allusion, sans doute, au fait qu'un des convives va faire une crise cardiaque au moment précis où s'éteint sa cigarette... laquelle, avait-il juré, devait être sa toute dernière. 
Comme l'album ne rendrait pas grand-chose, jouée en solo, le multi-instrumentiste (guitare, basse, clarinette, violon et violoncelle) sera accompagné de trois musiciens (batterie, basse et clavier). Le quatuor sera précédé, en première partie, de Chris Cohen, dont l'album «Overgrown Path» (2012) a «beaucoup aidé » et influencé Shauf pendant qu'il organisait son Party.