Le caricaturiste du Soleil, André-Philippe Côté

André-Philippe Côté, l'homme aux 8000 caricatures

André-Philippe Côté célèbre cette année ses vingt ans en tant que caricaturiste attitré du Soleil. Le poids du chiffre rond l’a incité à replonger dans ses 8000 caricatures (et plus de 50 000 esquisses!) pour bonifier sa revue de l’année d’une ligne du temps en vingt dessins.

Lorsque nous le rejoignons près de sa table à dessin pour une entrevue matinale — notre caricaturiste est toujours le premier arrivé dans la salle de rédaction —, André-Philippe Côté met la touche finale à un dessin qui accompagnera le bilan de la première année de Donald Trump en tant que président. L’hurluberlu à couette jaune est entouré par un nuage de logos de Twitter qui ont maculé de fientes le bureau ovale. Un trait physique reconnaissable, un comportement particulier et hop! le personnage naît sous le crayon acéré de Côté.

Le président Trump est LA personnalité qui a marqué 2017. «Pas juste à cause du personnage, mais parce qu’il incarne aussi la mouvance mondiale des tribuns populistes. Trump est le représentant suprême, il est l’incarnation de quelque chose de plus grand que lui», analyse le caricaturiste.

L’enjeu international le plus important, selon lui, aura été (et continuera d’être) l’immigration et la mouvance des populations. «Ça va loin, et on constate qu’on est démunis devant le phénomène. Pour moi c’est un signe annonciateur de quelque chose qui va s’accentuer», indique-t-il.

Notre caricaturiste se dessine rarement lui-même, mais il a fait une exception pour illustrer la section consacrée à ses 20 ans de carrière dans De tous les Côté 2017

Contrer le négativisme

On loue souvent la subtilité et le regard particulier d’André-Philippe Côté, qui refuse de céder au cynisme bête et méchant. «Quand on écoute les lignes ouvertes ou qu’on va sur les réseaux sociaux, tout va mal. Je lutte de plus en plus contre ça dans mes caricatures. Si je dessine un politicien corrompu, je vais faire attention de ne pas laisser sous-entendre que tous les politiciens le sont, expose-t-il. Je trouve ça terrible cette perception négative alors que tous les indicateurs sont plutôt à l’inverse. Il y a une amélioration généralisée dans la société… à part peut-être en ce qui a trait au climat.»

Son arme préférée? Proposer des points de vue différents, déplacer le regard. Au lendemain de la tuerie à la Mosquée de Québec, il publie une caricature montrant des enfants de plusieurs origines, tuque bien enfoncée et cache-cou jusqu’aux yeux, qui déclarent : «Nous sommes tous Québécois!». «Je mets souvent des enfants dans mes caricatures, je trouve qu’ils amènent un point de vue moins lourd», note Côté.

Le président américain Donald Trump, caractérisé par son toupet jaune et son utilisation cavalière de Twitter, s’impose encore comme le personnage de l’année.

Son «monstre de la haine», au cœur de quelques caricatures cette année, illustre bien ce nuage de négativisme qui entoure l’actualité, et qui se manifeste surtout sur les réseaux sociaux. «Trudeau, en particulier, les gens le traitent de tous les noms. On dirait qu’il n’y a plus de barrière, parfois les bras m’en tombent!» indique Côté.

Il s’est donné comme règle de ne jamais répondre aux commentaires sous ses caricatures (qui s’adressent souvent bien plus à l’univers entier qu’à celui qui tient le crayon), mais il apprécie la rapidité avec laquelle il peut avoir accès aux réactions des gens. 

«C’est une caisse de résonance formidable et immédiate. Un peu comme pour le comédien sur une scène», illustre-t-il.

Le monstre de «La haine» a fait quelques apparitions dans les caricatures d’André-Philippe Côté cette année.

La course aux «j’aime»

Ses caricatures à caractère social suscitent souvent un tsunami de partages. Son hit de 2016, qui montre une mère qui court de la garderie, à l’école, au travail… a obtenu une dizaine de milliers de «j’aime». En France, la ministre de la Famille l’a utilisé pour une carte de Noël.

La couverture de De tous les Côté 2017 mixe les personnages qui ont marqué l’actualité depuis 20 ans. Certains sont tracés au crayon, d’autres au crayon électronique, mais on reconnaît le trait, la griffe particulière de Côté, pour chacun d’eux. «Apparemment, c’est un mythe que nous utilisons seulement 10 % de notre cerveau, mais pour Photoshop et moi, c’est vrai, j’utilise seulement 10 % du logiciel», confie le caricaturiste.

Un dessin que Côté a laissé quelques jours sur sa table de travail avant de trouver le texte à inscrire dans la bulle.

Est-il un bon archiviste de son propre travail? «Ça a toujours été le bordel dans mes archives, répond Côté. J’ouvrais un tiroir et je jetais mes dessins pêle-mêle. Mais maintenant avec l’informatique, tout se classe tout seul, par date, par thème, c’est fantastique. J’ai tous mes dessins et toutes mes esquisses.»

Plusieurs sujets d’actualité abordés cette année semblent déjà lointains. «La rapidité de l’information est une chose qui a beaucoup changé en 20 ans. Les nouvelles restent de moins en moins longtemps sur le radar. Je résiste à ça, je m’oblige à ne pas réagir le jour même lorsque je n’ai pas encore les outils pour comprendre», note le sage, à qui on souhaite bien d’autres années en caricatures. 

Le lancement de De tous les Côté 2017 aura lieu mercredi de 18h à 20h à la Librairie du quartier, 1120, Avenue Cartier, Québec.