Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Le directeur de l’Académie de danse de l’Outaouais et fiduciaire du Fonds chorégraphique Fernand Nault (FCFN), André Laprise
Le directeur de l’Académie de danse de l’Outaouais et fiduciaire du Fonds chorégraphique Fernand Nault (FCFN), André Laprise

André Laprise: Faire briller l’étoile de Fernand Nault

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
Article réservé aux abonnés
Directeur de l’Académie de danse de l’Outaouais depuis 1979, André Laprise est aussi fiduciaire du Fonds chorégraphique Fernand Nault (FCFN), chorégraphe montréalais dont le nom est intimement associé aux Grands Ballets canadiens, et dont on commémore cette année le centenaire de naissance.

Directeur de l’Académie de danse de l’Outaouais depuis 1979, André Laprise est aussi fiduciaire du Fonds chorégraphique Fernand Nault (FCFN), chorégraphe montréalais dont le nom est intimement associé aux Grands Ballets canadiens, et dont on commémore cette année le centenaire de naissance.

Nault, pour le Québec, « c’est le Michel Tremblay de la danse. Notre Felix Leclerc ! » en termes de rayonnement et d’influence, compare M. Laprise. 

Vénéré jusqu’aux États-Unis où il a longtemps travaillé, Fernand Nault a laissé un héritage immense, souligne M. Laprise, qui fait bien sûr référence au « patrimoine immatériel » que le Gatinois a, depuis 2002, la responsabilité de protéger et faire rayonner.

Comprendre : personne au monde ne peut monter un ballet signé Nault sans que M. Laprise, élève spirituel du « maître » de danse, ne donne son aval... et vérifie que l’œuvre originale sera respectée dans ses plus infimes détails. 

Au-delà des pas de danse à approuver, il doit aussi veiller à ce que l’esprit et l’intention du chorégraphe soient respectés à la lettre.

M. Nault est d’ailleurs un cas d’espèce, au Québec : avant lui, « jamais, au Canada, un chorégraphe d’une telle envergure n’avait assuré, de son vivant, la pérennité de son répertoire » en le confiant à une unique personne, rappelle M. Laprise, qui avait professionnellement côtoyé M. Nault. Bien qu’il n’ait jamais été son élève, le Gatinois a été formé aux GBC — qui l’ont ensuite pris comme répétiteur. 


« Fernand Nault, c’est le Michel Tremblay de la danse. Notre Felix Leclerc ! en termes de rayonnement et d’influence. »
André Laprise, directeur de l'Académie de danse de l'Outaouais

Carmina, Casse-Noisette, Tommy...

À l’Académie, il a d’abord fait répéter les enfants sur le célèbre Casse-Noisette de M. Nault. Un véritable « cadeau ! je capotais ! » se souvient-il. De fil en aiguille, M. Nault, l’a invité à Montréal en tant qu’assistant sur Casse-Noisette. Une fois, puis « de plus en plus souvent », car le maître était fragilisé par la maladie Parkinson. 

« Comme je m’intéressais à ce patrimoine, j’ai obtenu une bourse d’études pour étudier Carmina Burana », dont M. Nault avait signé une mémorable chorégraphie. Leurs liens de confiance se sont progressivement noués, en même temps que leur « amitié ». C’est alors qu’ils ont entamé le processus pour protéger légalement l’ensemble de son œuvre. Or, M. Nault ne voulait pas confier la gestion de son œuvre à un conseil d’administration, retrace M. Laprise.

« J’étais étonné [qu’il me choisisse]. D’habitude, ce sont les gens qui ont fait de la scène avec ses œuvres » à qui on confie ce flambeau. Durant les 25 ans où j’ai travaillé avec lui, j’ai toujours été à l’arrière-scène — là où je me sens à l’aise. Moi, je n’ai jamais dansé avec les Grands Ballets, même si je suis un produit de l’École. Je me voyais donc comme gestionnaire, pas comme le responsable légal » de cette propriété intellectuelle. 

Outre cet emblématique Casse-Noisette rejoué par les GBC chaque année et maintes fois repris en Europe, Nault a conceptualisé les pas de danse de l’opéra rock Tommy, qui ‘cartonna’ à Broadway, et signé le Carmina Burana que les GBC ont présenté à L’Expo 67 — et « grâce auquel ils ont pu faire leur première tournée européenne », souligne M. Nault. « Son Carmina, une œuvre hyperstylisée inspirée des tableaux de Botticelli, c’est de la dentelle de Bruges ! » 

Une dentelle qu’il est interdit de produire en recourant à un enregistrement, le legs de Fernand Nault ne tolérant que les orchestres live pour jouer la partition de Orff, illustre André Laprise.

« Enjeu identitaire »

Si porter un tel flambeau est bien sûr « un honneur », sa charge de fiduciaire, André Laprise ne l’a jamais perçue autrement que comme une grande responsabilité, avant tout. Et plus particulièrement encore à une époque où le « patrimoine immatériel... » n’est pas suffisamment valorisé, fait-il valoir.

« C’est important de réaliser qu’on a au Canada un patrimoine immatériel important [et qu’] on n’est pas obligé d’aller tout le temps chercher des compagnies européennes. » Il y a là un important « enjeu identitaire », estime-t-il : « Au Québec, on est un petit peu malcommode envers ce patrimoine. En tant que société d’accueil, on accorde beaucoup de place aux nouveaux arrivants [et on importe des créations internationales], mais est-ce qu’on garde notre place, nous ? Est-ce qu’on trouve l’équilibre, culturellement ? » s’interroge-t-il, dubitatif.

Fernand Nault

Cent ans fêtés en grand

Cela fait cinq ans qu’André Laprise prépare très «activement» la commémoration du centenaire de naissance du maître, à qui il a consacré un site Internet récemment remis à jour (fcfn.ca, pour Fonds chorégraphique Fernand Nault), où l’on trouver de précieuces ressources numériques et archives.

Par l'entremise du FCFN, il organise et coordonne Faire danser le patrimoine, une série d’activités prévues jusqu’en 2022. 

À la suggestion de M. Laprise, Postes Canada a émis, le 29 avril 2021, un timbre à l’effigie de Fernand Nault - en même temps qu'un second timbre rendant hommage à une autre légende du ballet canadien, Karen Kain.

Une exposition itinérante est au programme, ainsi qu’un roman graphique, dont la publication est prévue pour l’automne. 

Cet homme «méconnu du grand public» mérite le genre d’hommages auxquels ont droit Gilles Vigneault, Félix Leclerc ou Michel Tremblay au Québec, lance André Laprise.  

Il se réjouit tout de même que Nault soit «le premier [grand chorégraphe] au Canada dont on souligne officiellement les 100 ans.»

«Le 100e est pour moi l’occasion d’éveiller l’intérêt pour le patrimoine immatériel en danse. [...] Si on n’en parle pas, si on ne fait pas de bruit autour, c’est sûr que ça va finir par mourir».

Car, contrairement à la musique ou la chanson, explique-t-il, « en danse, l’apprentissage ne passe pas par la lecture ou la vidéo»: un enseignement de qualité ne peut se faire que dans la «relation entre individus». «C’est une question transmission d’un maître à un élève».  D’ailleurs, «entre lui [M. Nault] et moi, c’est un peu une relation père-fils... mais je ne mesurais pas ça, à l’époque!»

Postes Canada a émis jeudi 29 avril 2021 un timbre rendant hommage à deux légendes du ballet canadien: Karen Kain et  Fernand Nault.