L’actrice canadienne Alison Thornton (au centre) joue un des rôles principaux dans <em>Dare Me</em>, série américaine dont la popularité a explosé depuis qu’elle a été reprise par Netflix.
L’actrice canadienne Alison Thornton (au centre) joue un des rôles principaux dans <em>Dare Me</em>, série américaine dont la popularité a explosé depuis qu’elle a été reprise par Netflix.

Alison Thornton: Beauté cruelle

La popularité de la télésérie américaine Dare Me a explosé depuis qu’elle a été reprise par Netflix, le 20 mars dernier.

D’abord diffusée par le réseau USA Network à partir de décembre 2019, la première saison de Dare Me a fait l’objet d’un binge watching particulièrement intense au Canada, ces dernières semaines.

Un succès qui s’explique en partie par les récentes mesures de confinement et par les qualités intrinsèques de la série (qui, sur le site Rotten Tomatoes, obtient un taux de satisfaction de plus de 80%, tant auprès des critiques spécialisées qu’auprès du grand public), mais peut-être aussi par le fait que l’un de ses personnages principaux est tenu par la Canadienne Alison Thornton.

La série se penche sur un groupe d’adolescentes qui, dans une course à l’excellence, rivalisent au sein de l’équipe de meneuses de claques de l’école. Mais quiconque associe le cheerleading aux paillettes colorées et à l’insouciance naïve de la puberté, pourrait bien être surpris par Dare Me, où les sourires de façade cachent de beaucoup plus sombres secrets.

Sutton Grove n’est pas la petite ville calme que lui confèrent les apparences, et ses résidents n’y sont pas forcément moins tranquilles qu’à Twin Peaks, la trompeuse bourgade de David Lynch (qu’on aurait saupoudrée d’un zeste d’Euphoria, pour le twist adolescent et la facture moderne).

Dare Me est un thriller, tendance meurtre et mystère. Et même les résidents qui semblent y être bien à leur place dans cette bourgade, «étouffent » et rêvent d’en ficher le camp, souligne Alison Thornton.

Cruauté au quotidien

«La grande qualité de la série, dit-elle, c’est de fouiller la psychologie de nombreux personnages féminins»... tout en braquant la caméra sur «les relations toxiques qu’elles développent», et qui, bien que féminines, «sont assez universelles».

«Le show creuse la cruauté triviale», quotidienne, presque banalisée, qui anime les filles, explique-t-elle.

Car il est loin, l’esprit d’équipe affiché par la coach (Colette, campée par Willa Fitzgerald). Les demoiselles se livrent en réalité à une compétition des plus féroces.

«Pour la plupart, les filles de l’équipe sont ambitieuses, et envisagent leur avenir bien au-delà de Sutton Grove.» Si elles cherchent à se démarquer, c’est qu’«elles se servent du cheerleading comme d’une porte de sortie» analyse la comédienne.

La compétition se joue principalement entre Addy (Herizen Guardiola) et Beth (Marlo Kelly) deux ex-meilleures amies devenues rivales lorsque Colette, nouvelle coach fraîchement débarquée à Sutton Grove, enlève à l’une son titre de capitaine d’équipe, et transfère cette responsabilité à l’autre.

Alison Thornton

Demi-sœurs rivales

«Beth est convaincue qu’elle devrait être l’étoile de l’équipe», poursuit Alison Thornton, qui tient le rôle de Tacy, la demi-sœur de Beth.

«Leur relation est assez compliquée. Elles ont grandi l’une en face de l’autre, dans la même rue, et elles ont toujours été en compétition» pour obtenir l’attention du père qu’elle partage, et qui s’est toujours davantage intéressé à sa firme qu’à ses filles.

Bref, «elles ne se sont jamais bien entendues», entre autres parce que «Beth est clairement la meilleure» de l’équipe, et que sa demi-sœur la jalouse, alors qu’elle n’est tout simplement pas à la hauteur.

Leur «relation toxique entraînera presque la mort» de l’une des frangines en cours de route, illustre la comédienne, qu’on a pu voir dans les téléséries Girlfriend’s Guide To Divorce (sur la chaîne Bravo) et Dirk Gently.

Tacy est «studieuse», arriviste et très matérialiste: elle s’intéresse à la mode et à tout ce qui pourrait lui faire gagner beaucoup d’argent. Je la verrais bien devenir maquilleuse professionnelle.

La série est tirée du livre éponyme de Megan Abbott, qui a elle-même adapté son roman à l’écran, en plus de signer trois des 10 épisodes de la première saison.

Même si Alison Thornton a lu le bouquin de Megan Abbott (Vilaines Filles, en français), la comédienne ignore comment va évoluer son personnage, pour l’instant célibataire et centré sur son petit nombril.

«J’aimerais beaucoup voir Tacy tomber amoureuse, voir comment elle s’adapterait à cette situation, si elle est capable de s’oublier un peu, dans tout ça...»

Bilingue ?

Alison Thornton a grandi à Coquitlam, dans les environs de Vancouver. Une ville suffisamment petite pour qu’elle saisisse bien «les enjeux et dynamiques» qui se jouent à Sutton Grove, en coulisses ou dans les vestiaires. «Ça m’a véritablement aidée pour le personnage.»

La jeune Canadienne, qui partage désormais sa vie entre Vancouver et Los Angeles, aimerait pourtant bien retourner dans sa bourgade «américaine» (en réalité, toute la série a été tournée à Toronto). Sauf que la pandémie de COVID a mis toute la production en pause, et ses artisans ne savent pas si une deuxième saison pourra être tournée, et Alison Thornton se demande s’il lui faudra passer à d’autres projets, malgré l’essor actuel de Dare Me. «On n’en sait toujours rien. Je croise les doigts».

Pour tuer le temps en ces heures de confinement, elle et plusieurs autres comédiennes de la série ont créé un club de lecture, au sein duquel elles partagent — pas de rivalité ici — leurs titres ou auteurs favoris, en en dissertent dans la plus grande collégialité.

Fille de deux universitaires américains, la Canadienne se dit un peu bilingue, bien que son français soit trop rouillé pour oser une entrevue en français.