Mes premières chansons québécoises, par Simon Goldin et Aurélie Guillerey ***

Airs traditionnels

La maison d’édition Gründ a eu la bonne idée d’ouvrir au répertoire québécois sa collection d’albums d’initiation à la musique.

Destiné au très jeune public, Mes premières chansons québécoises propose, au fil de quelques pages au carton épais (et sans s’embarrasser de disque : une boîte à musique est insérée dans l’ouvrage ; on l’active en faisant glisser son doigt sur la page) un avant-goût de six chansons emblématiques du Québec. Un avant-goût très sommaire, chaque extrait durant une quinzaine de secondes environ. 

L’enfançon découvrira, Moi mes souliers de Félix Leclerc, l’incontournable Quand les hommes vivront d’amour, La complainte du phoque en Alaska, Gens du pays, Je reviendrai à Montréal puis Le blues du businessman. Les chansons sont classées dans l’ordre chronologique. Trois lignes de texte accompagnent chacun des extraits — tous interprétés par Simon Goldin. Évidemment, la qualité du son ne saurait satisfaire les mélomanes. Mais si l’enfant semble interpellé par l’une ou l’autre des mélodies, rien n’empêche de prolonger l’entreprise de séduction en l’exposant à l’originale. 

Cette collection de Gründ comprend une vingtaine de titres (allant des compositeurs de musique classique aux chants de Noël en passant par Mes premiers airs jazz, reggae et hip-hop).

Grand tintamarre, par Artistes variés ****

La Montagne Secrète (LMS) a beaucoup exploré le répertoire québécois, à travers une trentaine de livres-disques destinés à la jeunesse. Elle s’est aussi frotté au folk américain, au music-hall new-yorkais, aux berceuses du monde, et a ouvert plusieurs fenêtres sur la musique classique. Son dernier bébé, Grand tintamarre, se plonge avec beaucoup de bonheur dans le répertoire acadien, ici repris par une douzaine d’artistes du Nouveau-Brunswick et des deux provinces atlantiques qui complètent la zone d’influence acadienne. 

Notoriété au Québec oblige, le disque fait une belle place à Joseph Edgar (deux titres solos, dont la très réussie Au son de l’alouette, plus deux participations sur des morceaux interprétés en collectivité, marque de commerce de LMS), à Lisa LeBlanc (en mode cajun) et à Caroline Savoie. Il n’oublie d’inclure ni la troupe trad’ Vishtèn, ni la « maman » spirituelle de tout ce beau monde, Édith Butler – qui offre la sympathique Je me suis fait faire un petit bateau.

Il est essentiellement question de mer, de pêche et de marins mettant les voiles, dans ces chansons (parmi lesquelles se glissent quelques comptines étoffées de jolis arrangements). On n’oublie pas non plus d'arroser les vieilles racines de la province, en redonnant corps (et âme) à trois ritournelles du répertoire traditionnel de France : Joseph Edgar reprend Partons, la mer est belle, bercée de ukulélé ; Caroline Savoie barbote dans l’eau délicate d’À la Claire Fontaine, dont elle altère joliment la mélodie ; Robin-Joël Cool plonge des geôles de La prison de Nantes.  

Ça, c’est la partie visible de l’iceberg. Qui cache deux choses. D’abord, le très sérieux travail de défrichage et de sélection du répertoire, effectué par l’ethnomusicologue et conteur Robert Bouthiller (en harmonie avec le milieu universitaire). Ensuite, la très agréable voix de basse feutrée du comédien-chanteur Robin-Joël Cool, dont on méconnaissait le talent. Il sera pour nous la grande révélation vocale de cet album. Autre découverte délicieuse : Wanabi Farmeur, un duo indie-folk-pop qui délaisse ici la pop pour s’ébrouer dans des mélodies trad-folk plus dépouillées, mais très rigolotes, et d’une beauté harmonique renversante.

Plusieurs récents albums de La Montagne Secrète nous avaient laissés indifférents. Celui-ci est positivement réjouissant. Et, mélodiquement, pas loin de subjuguer. Il est réalisé par Benoît Morier, avec la participation spéciale d’Érik West-Millette (West Trainz).