Un des atouts de Sherlock est que « même les personnes ayant très peu d’affinités avec les jeux de stratégie standards y trouveront leur compte », souligne notre chroniqueur Yves Bergeras.

À qui le tour? Sherlock Holmes Détective Conseil

CHRONIQUE / Le jeu de société Sherlock Holmes Détective Conseil (SHDC) obligera les joueurs à troquer leurs habituels pions, soldats, dés et cartes pour... un vulgaire stylo et un carnet de notes. Pour leur plus grand bonheur!

Pas de mécanique complexe, ici ; quatre paragraphes de règles à peine, un préambule à lire pour plonger dans l’ambiance scénarisée d’une enquête policière, et un matériel sommaire, « à l’ancienne » mais bien joli : une carte de Londres, un annuaire et quelques feuilles de journal. Rien qui nécessite une explication prolongée : cela confère à Sherlock une jouabilité quasi immédiate. 

C’est d’ailleurs un des atouts de Sherlock : même les personnes ayant très peu d’affinités avec les jeux de stratégie standards y trouveront leur compte, et ne se sentiront jamais « handicapées », dans ce jeu 100 % coopératif. 

Les joueurs se retrouvent dans les chaussures d’une bande de détectives amateurs auxquels a fait appel, pour l’épauler, le célébrissime détective. 

Contrairement aux « meurtres et mystères », où l’assassin se cache généralement parmi les joueurs, dans Sherlock HDC, tout le monde rame dans le même sens. Avec un bonus au pointage si l’équipe réussit à trouver le mobile du filou, son modus operandi, ses éventuels complices ou à lever le voile sur les éléments importants de l’énigme initiale.

Ambiance et plaisir garantis ! Surtout si les investigateurs peuvent s’appuyer sur un ou deux lecteurs capables d’ajouter le soupçon de théâtralité qui fera honneur à l’ambiance victorienne du jeu, à l’esprit des romans de Sir Arthur Conan Doyle et au flegme britannique des personnages « interrogés ».

Les jeux d’enquête populaires comme Clue (Hasbro) ou Mystère à l’abbaye (Days of Wonder) nous ont toujours laissés sur notre faim. Quoiqu’amusants, ils manquent de réalisme ou de complexité, estime-t-on. SHDC, à présent réédité par Space Cowboys, vient combler cette niche. Tout en apportant une dimension littéraire particulièrement savoureuse.

SHDC se décline en trois boîtes autonomes, chacune contenant une dizaine d’énigmes autonomes, qu’il est conseillé de résoudre dans l’ordre chronologique. Chaque « affaire » s’accompagne d’un cahier. 

Dans les premières pages de ce livret, une « scène » d’exposition (quelques pages de contexte à lire à haute voix) étale les éléments factuels entourant un mystère. Les joueurs peuvent à présent commencer leur enquête. Les voilà face à plusieurs pistes possibles. À eux de choisir laquelle — ou lesquelles — en s’aidant des trois seuls éléments dont ils disposent : la carte (qui fait office de plateau) de Londres, le « bottin » téléphonique et une page du Times

Pourtant, malgré son approche très conviviale, Sherlock n’est pas un jeu « facile ». Il met en alerte — et à rude épreuve — le sens de l’observation des joueurs et leurs talents de déduction. Le mystère est nébuleux. Les neurones chauffent, alors que les investigateurs tentent de cogner à la porte d’experts de toutes sortes ou à celle de « personnes d’intérêt » susceptibles, espèrent-ils, d’aider la progression de l’enquête. Le groupe se « déplace » (virtuellement) au gré des joueurs, et dans l’ordre qu’ils le souhaitent, dans l’espoir de glaner ici ou là quelques renseignement névralgique ou précision supplémentaire.

Possibilités infinies

Imaginons que le groupe cherche à parler à un témoin, ou à l’inspecteur Lestrade, de Scotland Yard. Le personnage se trouvera certainement dans le livret, qui catalogue tous les individus ayant des choses pertinentes à raconter.

On localisera facilement ces « personnes d’intérêt » grâce à l’annuaire — qui contient des centaines de noms... et autant de pistes virtuelles. Ou peut-être en épluchant les petites annonces du journal (qui contient bien souvent des indices ; on se souvient peut-être que Sherlock aimait scruter à la loupe les petites annonces...). 

Parfois, un témoignage se limite à un paragraphe, parfois à plusieurs pages. Des sessions de lecture plus ou moins courtes ponctuent donc la partie.

Londres est vaste, et le champ des possibles n’est borné que par l’imagination des joueurs. Les carnets se griffonnent de détails qui SEMBLENT utiles. Hé ! hé ! les brillants concepteurs de SHDC n’ont pas été avares de fausses pistes et de détails qui, subtilement entremêlés aux enquêtes, brouillent les pistes. Les joueurs peuvent en faire les frais, et s’intéresser longtemps à des récits « secondaires » n’ayant guère de liens avec le mystère initial. 

De saynètes en tableau, on vérifie les alibis, on creuse les approximations, on note les incohérences entre deux témoignages contradictoires. 

La gang d’enquêteurs peut décider de travailler au pas de course, histoire de prouver ses compétences à M. Holmes, ou prendre le temps de croiser les informations. La rivalité avec Sherlock constitue un aspect stratégique du jeu, mais mieux vaut en faire abstraction au début.

Les apprentis policiers prennent un plaisir fou à émettre des hypothèses. Puis à échafauder une théorie. Qu’ils finiront sans doute par ériger — prématurément – en vérité. Diable ! Sherlock nous a pourtant mis en garde au début de la partie de ne pas céder à cette dangereuse tentation, et de rester concentrés sur les faits. 

Durée déterminée

Le matériel de SHDC — d’apparence si rudimentaire que c’en est déconcertant, mais riche de possibilités — constitue le premier coup de maître de Sherlock HDC. Mais c’est avant tout un grand jeu de « bla-bla » : les joueurs n’aboutiront à rien sans échanger leurs réflexions et leurs déductions. Pas plus qu’ils n’arriveront à engranger beaucoup de points s’ils n’arrivent pas à se brancher sur les pistes vraiment fructueuses.

Autre singularité de ce jeu : il prend fin lorsque les joueurs le décident. À la fin du cahier, une enveloppe scellée dévoilera le pot aux roses. On la décachète quand on pense avoir résolu l’affaire. Ou dès qu’on est tanné.

« À cause » de son indéniable plus-value littéraire, il nous semble impératif de l’acquérir dans sa langue maternelle... même si la version anglaise nous ferait économiser (comme toujours, pour ce type de produits) une vingtaine de dollars.

Notre test portait sur la boîte SHDC Les meurtres de la Tamise & autres enquêtes. Dans les boîtes SHDC Carlton House & Queen’s Park et SHDC Jack l’Éventreur et Aventures à West End, les investigations se situent dans certains quartiers de Londres, ou dans des lieux précis, plutôt que dans l’ensemble de la ville. 

Seul hic de ce jeu : sa durabilité. Après avoir terminé chacune des 8 ou 10 aventures de la boîte... on ne peut plus en tirer grand-chose (une extension comme Les Masques Africains permettra de prolonger d’une énigme supplémentaire la durée de vie de Meurtres de la Tamise). Mais rien n’empêche de l’offrir ensuite à d’autres policiers amateurs... 

BLOC TECHNIQUE

Sherlock Holmes Détective Conseil

1 à 8 joueurs

  • Chance : 1/6
  • Stratégie : 5/6
  • Plaisir : 6/6
  • Difficulté : 6/6
  • Esthétique : 5/6

JOURNÉE INTERNATIONALE DU JEU DE SOCIÉTÉ

Le 28 avril, c’est la Journée internationale du jeu de société. Qui, par bonheur, tombe cette année un samedi.

Voilà l’occasion idéale de pousser la porte d’une des boutiques spécialisées de la région, que ce soit pour découvrir les rayonnages de L’Échelle du monde ou la ludothèque (des jeux à louer) et les animations de L’As des jeux, pour entamer une joute dans l’espace de jeu de Multizone ou rencontrer des joueurs chez Frères de Bataille.

Le site internet «International Table Top Day » (en anglais) fédère toutes les activités ludiques à faire dans le monde; il suffit de taper le nom d’une ville pour savoir plus précisément ce qui s’y passe.

On peut aussi profiter des jeux mis à la disposition du public dans certains bistros et restos comme L’Autre Œil, le British, La Belle et la Boeuf et le Minotaure.

Soyez de la partie!