Le Concerto de l’asile, de Walter Boudreau fera l’objet d’un enregistrement mettant en vedette le pianiste québécois Alain Lefèvre.

À la défense de la création contemporaine

Il n’est pas donné à tous les orchestres de défendre la création contemporaine, mais l’on ne pourra reprocher à l’orchestre du Centre national des arts (OCNA) de faillir à sa mission.

Entre Ravel et Shéhérazade, de Rimski-Korsakov, au programme alléchant des Mille et une nuits à la Salle Southam (20-21 février), se glissera la partition plus confidentielle d’un compositeur canadien actuel : le Concerto de l’asile, de Walter Boudreau. Ce concert revêt une importance particulière : il fera l’objet d’un enregistrement mettant en vedette le pianiste québécois Alain Lefèvre. Un défi à plus d’un égard !

Ce n’est pas nouveau, la musique classique traverse une phase de remise en question des repères traditionnels d’esthétique et de communication.

Dans ce contexte, les « têtes d’affiches » du répertoire classique attireront plus naturellement les spectateurs, ce qui n’empêche pas la direction artistique de l’OCNA de miser sur des partitions peu entendues, au risque d’effaroucher une partie de l’auditoire. Gageons que la présence d’Alain Lefèvre, au cours d’une prestation inédite pour l’enregistrement d’un disque à paraître en mars (à paraître ultérieurement), saura attiser la curiosité des mélomanes.

« C’est un concerto que je porte en moi depuis cinq ans, le stress est monstrueux », partage M. Lefèvre, joint quelques jours avant la prestation. À la clé : 50 minutes au service d’une partition « épique, titanesque, géniale ». Il s’agit d’une durée rare pour une telle forme instrumentale traditionnellement ficelée en trois mouvements de 20 minutes maximum. 

Le Concerto de l’asile est né d’une courte valse que Walter Boudreau avait composée pour une production théâtrale de L’Asile de la pureté, écrite en 1948 par le poète avant-gardiste Claude Gauvreau. « Une valse capable de hanter le public, à la manière du thème du Boléro de Ravel », précise le pianiste séduit, à l’époque, par la trouvaille musicale de Boudreau au point d’encourager le compositeur à écrire un concerto entier autour de cette valse.   

Piano star

Ça fait un bail que le pianiste québécois est entré dans le club très restreint des solistes invités par les principaux orchestres. Mais il ne s’était encore jamais produit sous la baguette d’Alexander Shelley, de 17 ans son cadet.

« J’ai beaucoup entendu parler de lui, évoque le pianiste. Je voulais faire enregistrer ce concerto par un orchestre canadien et je vois depuis quelques années que l’OCNA est extrêmement actif à la promotion de la musique canadienne. »

Ce n’est pas la première fois que la vedette du piano défend les signatures contemporaines de ses concitoyens : Alain Lefèvre a notamment ravivé l’œuvre oubliée du compositeur québécois André Mathieu (1929-1969) en faisant paraître un disque-hommage (Analekta, 2015). Un concert lui étant consacré prendra l’affiche à la Maison Symphonique de Montréal au printemps.

« C’est très important pour moi de faire la promotion de la musique canadienne, insiste le pianiste. Combien de fois encore allons-nous ré-enregistrer des symphonies de Beethoven alors qu’il existe déjà des milliers de versions disponibles sur le marché ? Je crois que les choses sont en train de changer. » 


POUR Y ALLER

Quand ? 20-21 février

Où ? Salle Southam

Renseignements : 613-947-7000