Philip Glass en 2012

À 81 ans, Glass se remet en question

NEW YORK — Après un demi-siècle à écrire de la musique et à construire une œuvre qui lui vaut le titre de plus grand compositeur américain vivant, Philip Glass pourrait aspirer à un peu de repos.

Malgré ses 81 ans, il a choisi non seulement de rester actif, mais encore de se remettre en question.

Si Philip Glass est connu d’abord pour ses compositions, pour lui il est tout aussi important d’être interprète.

Pour la première fois en mars, il viendra à Washington au Kennedy Center interpréter au piano et au clavier deux de ses œuvres, dont la trame sonore du film expérimental Koyaanisqatsi dans le cadre de Direct Current, un festival de musique contemporaine.

«De fait, j’aime jouer», a confié Philip Glass, se réjouissant de ne pas souffrir d’arthrite ou autre maladie liée à son grand âge qui l’en empêcherait.

«Je pense que jouer devant toutes sortes de publics est une excellente manière pour les compositeurs de rester ancrés dans le réel», explique le mæstro, ajoutant que se produire dans des endroits aussi prestigieux que le Kennedy Center ou Carnegie Hall, dans sa ville de New York, est une forme de reconnaissance.

«Je n’ai plus à me justifier auprès de personne. Je n’ai pas à m’excuser pour ma musique, ce que de toute façon je n’ai jamais fait», et de rappeler dans un rire avoir eu son premier grand prix de musique à 75 ans, «75 ANS d’âge!».

«Ce que j’ai fait en revanche, c’est de me produire dans des endroits importants et pour moi cela était très satisfaisant. Je m’en fichais de toute façon des prix. Je cherchais plus le prestige qui vient du fait que l’on se produit dans une salle importante.»

Meilleur au piano 

Pour son concert au Kennedy Center, Philip Glass a choisi des pièces de ses 20 Etudes, complétées en 2012.

Son minimalisme a fait de Glass l’un des plus importants compositeurs de la deuxième moitié du XXe siècle, il a décrit son art comme de la «musique avec des structures répétitives», a découvert que ses 20 pièces — de facture plus classique — lui permettaient de s’exercer.

«Les interpréter a fait de moi un meilleur pianiste», explique l’octogénaire, qui n’exécutera que quatre des œuvres laissant à d’autres pianistes, y compris l’artiste de pop indé Blood Orange, le soin de jouer le reste.

Pour Koyaanisqatsi, l’une de ses œuvres musicales les plus connues datant de 1979, c’est son ensemble éponyme qui jouera pendant la projection du film. L’œuvre de Godfrey Reggio montre un monde en déséquilibre (Koyaanisqatsi dans la langue des indiens Hopis), fait d’embouteillages, d’explosions nucléaires et de fusées, une vision étonnamment contemporaine aux yeux de Philip Glass.

«Il n’y a aucun doute que Godfrey Reggio avait une vision extraordinaire. Si vous lui demandiez de quoi parle le film, il répondrait qu’il parle de l’impact de la technologie sur la façon dont nous vivons», affirme le compositeur.

Plus connecté 

Il est aussi frappé par la place conquise par les musiques d’ailleurs dans la culture occidentale.

Le compositeur a été profondément influencé par la musique indienne. Après avoir rencontré le maître indien du sitar Ravi Shankar à Paris en 1965, le jeune Glass a pris à cœur de traduire la musique traditionnelle indienne en notes que les Occidentaux pourraient interpréter.

Les musiciens ont aujourd’hui appris à construire des ponts entre des mondes qui paraissaient avant impossible à connecter, remarque Philip Glass.

«La plus importante chose qui s’est produite, c’est que nous nous sommes habitués à nous accorder ensemble. Cela sonne comme un aspect très technique, mais en fait sans ça vous ne pouvez pas jouer ensemble», explique-t-il.

À 81 ans depuis le 31 janvier, il est toujours tenté par l’idée de coucher des notes sur le papier.

«C’est ce que j’aime faire. Et écrire de la musique est probablement ce que je fais de mieux.»