5 minutes au paradis, par Bernard Lavilliers ****

Bernard Lavilliers est décidément l’un des flibustiers les plus séduisants de la chanson francophone.

On s’en convaincra avec La gloire, le titre d’ouverture, (auto?) portrait poétique venimeux à la mélodie bien troussée.

L’incorruptible voyageur pratique une variété consciente, sincère et engagée. Ses 5 minutes au paradis — 20e album — nous conduisent en Croisières méditerranéennes, mais version migrant et non Club Med’. Il nous escorte ensuite à Charleroi, symbole du délitement urbain dû à la crise financière: guitares noires et visions cauchemardesques. Seul Benjamin Biolay, à la réalisation des deux chansons les plus apaisées de l’album, semble insuffler une douce brise à cette traversée musicale.

Montparnasse - Buenos Aires renoue avec une légèreté vagabonde si chère aux grands artistes: arpèges éthérés, percussions aériennes et rêves d’ailleurs.

Sur Paris la grise, le chanteur traîne sa voix nacrée dans les rues réinventées de la capitale. Fidèle à son art, Bernard Lavilliers continue d’évoluer à contre-courant des modes ambiantes, avec ce talent inimitable de pouvoir insuffler de la chaleur dans un monde sombre.