Jerry Seinfeld dans le spécial humoristique <em>23 Hours to Kill </em>en ligne depuis mardi sur Netflix.
Jerry Seinfeld dans le spécial humoristique <em>23 Hours to Kill </em>en ligne depuis mardi sur Netflix.

23 Hours to Kill: Seinfeld dans ses pantoufles

CRITIQUE / De l’humour d’observation ciselé d’une main toujours aussi experte, un regard juste assez cinglant et un talent quasi inégalé pour faire beaucoup de millage en disséquant de petits riens. C’est un Jerry Seinfeld en bonne forme qui présente depuis mardi sur Netflix 23 Hours to Kill, un spécial télévisé qui touche souvent la cible, mais qui comporte aussi son lot de déjà-entendu.

La mi-soixantaine bien sonnée, Seinfeld se la joue cascadeur en introduction de ce spécial d’une heure enregistré à New York en sautant d’un hélicoptère afin de se rendre à temps à son spectacle. Voilà pour l’audace et la prise de risque. Une fois sur les planches, notre homme retrouve ses pantoufles humoristiques et sert exactement ce à quoi ses fans peuvent s’attendre. Pas de grandes surprises, donc. Mais une livraison efficace appuyée par ce ton qui a fait sa renommée depuis plus de 30 ans.

Devenu vedette mondiale grâce à la comédie de situation qui porte son nom — souvent décrite comme «un show à propos de rien» —, Seinfeld suit encore la même veine dans ce spécial divisé en deux temps : d’abord ses observations sur des irritants de la vie en général, ensuite le même exercice dirigé vers sa vie de couple ou de famille.

Plus inspiré dans la première moitié, qui exploite des sujets moins éculés, l’humoriste nous illustre qu’il doit actuellement être aux anges en cette période de distanciation sociale, lui qui se fait un plaisir de décortiquer ce qui le contrarie chez l’être humain (pas mal tout, en somme) : les amis qui lui tombent sur les nerfs, les phrases creuses, les restaurants pompeux et même le principe du rassemblement dont il est la vedette et qui ne sert qu’à «tuer du temps»...

Sur notre obsession du texto et le fait que de converser semble en voie d’extinction, Jerry Seinfeld tranche d’ailleurs rapidement : «À vous parler comme ça, je me sens comme un forgeron. J’aurais pu vous texter tout ça et on pourrait tous rentrer à la maison.» Un peu ironique, quand même, en cette période où les spectacles sont interdits et que le confinement se poursuit pour une bonne partie de la population. Mais bon, qui pouvait prévoir la pandémie?

Gags recyclés

À 65 ans, Jerry Seinfeld n’a rien perdu de son rythme et de sa verve. Mais il persiste aussi dans une habitude un brin agaçante de repiquer des sujets ou même des gags intégraux dans du matériel déjà entendu, soit dans la série qui porte son nom ou dans des textes interprétés sur scène : les cabines de salles de bains publiques dont les portes ne descendent pas jusqu’au sol, notre dépendance collective à nos téléphones, les looks de papas figés «dans la dernière bonne année de leur vie», les échanges entre époux aux allures de jeu-questionnaire, le fait que si notre vie est plate, la sienne l’est aussi, «mais probablement moins»…

Avec des revenus estimés par le magazine Forbes à plus de 40 millions $ l’an dernier, on donne raison à Seinfeld sur ce dernier point. Mais on peut aussi lui reprocher ces exercices de recyclage humoristique. Certains y verront un hommage à des classiques de la blague. Certes. Mais devant un comique qui ne s’est fort probablement pas produit bénévolement pour ce spécial de Netflix, d’autres peuvent y déceler une certaine paresse…