Francis Faubert (gauche) et Benjy Vigneault (droite) forment le duo Grand Fanal.

« L’insolence totale » de Grand Fanal

Francis Faubert, musicien à la réputation pourtant très calme, s’est acoquiné à Montréal avec Benjy Vigneault, énergique batteur avec qui il a monté le duo Grand Fanal... prouvant du même coup qu’il est possible de faire du stoner rock aussi tonitruant que la bande de Galaxie, mais à seulement deux, tant qu’on sait manier intelligemment les pédales de son et les gadgets électro.

Les deux acolytes, qui viennent de faire paraître un premier ep (judicieusement intitulé J’me dompte pas, histoire de ne pas tromper sur la marchandise), ont été invités à participer à la 9e édition de la Ligue Rock.

Ce regroupement de formations rock hargneuses sillonne présentement le Québec, grâce à une tournée à géométrie variable qui s’arrête à Gatineau ce samedi 14 mars.

Le danger de contracter non pas le Covid19, mais quelque corona-headbang viral sera élevé au Minotaure : l’établissement reçoit Dany Placard (qui a lancé fin janvier l’album J’connais rien à l’astronomie), Lucien Francœur et les vétérans d’Aut’Chose, ainsi que Grand Fanal.

« Les Fred Fortin, Olivier Langevin, Galaxie et compagnie demeurent de grandes inspirations », avoue d’emblée Francis Faubert. « Mais nous, on fait ça avec bien moins de moyens. »

« Moi j’ai une basse, une guitare tunée un octave plus bas vers les ténèbres, et le signal sonore est divisé en deux, grâce un gadget » installé sur le manche, poursuit le musicien originaire de l’Outaouais.

Ce sont en effets des bidule analogiques qui donnent à Grand Fanal ses couleurs électro. Le duo refuse de recourir à aux ordinateur « Il n’y a pas d’ordi ; on n’utilise que des gadgets purement analogiques et mécaniques datant des années 60 ». Sur scène, comme en studio, il pèse sur une trallée de pédales, activant ou désactivant « des amplis ramassés ici et là dans des pawns shops ».

Benjy aussi ? « Non, lui, ce qu’on lui demande, c’est de tuer son drum ! »

Les textes des deux songwriters ne sont pas plus reposants que leur « son de garage de Val-d’Or », baigné de riffs galactiques et de fuzz swompeux. « L’angle de Grand Fanal, c’est l’insolence la plus totale ».

Les « personnages » qui s’expriment au hasard des chansons n’hésitent pas à « crier [leurs] quatre vérités, sans filtre et sans fioriture, [en utilisant] le langage de la rue, pour que ce soit accessible et percutant. Le joual, ça sauve le rock. Un bon ‘tab***k !’ bien placé, ça sonne pas pire », s’esclaffe Francis Faubert.

Critique et Dérision

Des textes « pas aussi noirs », toutefois, que ceux qu’on retrouve sur Maniwaki, l’album solo de Faubert, plutôt folk, tendance grosse déprime. « Y’a pas d’affaire de fils qui voit son père se tirer une balle dans la tête. Y’a des sourires en coins et de l’ironie, avec Grand Fanal. On se défoule sans se prendre au sérieux. Entre les tounes, on essaie aussi d’alléger la patente en racontant des histoires un peu plus drôles. »

Reste que les chansons de Grand Fanal demeurent un espace critique. Malade s’en prend à l’industrie du show business, et à cette télé qui invite « toujours les mêmes faces, toujours les mêmes culs à s’effouérer dans les mêmes fauteuils », rigole Faubert. La pièce titre « rit de l’humain, de son côté laitte, ou dull, poche, prétentieux ou persécuteur. »

« Ce sont des écœurantites... sans être des règlements de comptes non plus. On dénonce sans se mettre au-dessus de la mêlée. On ne fait pas la morale. Et sur scène, on incarne même les personnages problématiques... »

Le duo ne s’interdit pas d’inviter des amis sur scène, mais les invitations resteront rares, l’objectif de Grand Fanal étant précisément de « faire tout le bruit qu’il faut » à seulement deux joueurs. « On est noyés dans le fuzz. Et on a du gros fun ! »

Bien que son minialbum ne comporte que quatre morceaux, Faubert et Vigneault peuvent déjà tenir une foule en haleine plus d’une heure durant : « En ce moment, on est en train d’enregistrer notre prochain ep ou album. On vient de faire trois nouvelles tounes ; elles sont intégrées dans le spectacle. Et on a repris deux pièces de Maniwaki qui étaient plus rock. »

Sans compromis

Les deux musiciens s’étaient d’ailleurs apprivoisés sur la tournée de Maniwaki. Benjy Vigneault — un complice de Catherine Major, Jean Leloup et Tomas Jensen, entre autres — était venu remplacer Matt vezio au pied levé, retrace Francis Faubert.

« Ç’a vraiment cliqué, nos personnalités. On composait des rifs pendant nos sound cheks et entre les concerts. Ç’a été la genèse de Grand Fanal. Puis on a posé des micros dans son shack dans le Nord », et le projet a trouvé ses rails.

« Y’a pas de flafla, entre nous. On n’a pas besoin de se parler longtemps pour se comprendre. On vient un peu de la même branche du rock, [l’école] du ‘sans compromis’. [...] C’est un excellent musicien, et un gars patient. J’apprends énormément avec lui ; je deviens meilleur. »

Un projet humble, mais « ambitieux »

Malgré la petite taille du projet, « on se prête au jeu de l’ambition », prévient Faubert. En ce moment, les diffuseurs veulent tous des ‘formules réduites’. Nous, parce qu’on est crinqués, on est juste deux. Donc, c’est facile de voyager en festival », expose le chanteur de Grand Fanal.

Le bouche-à-oreille est plutôt bon, du côté des diffuseurs, qui « voient là un potentiel ». « On veut faire le réseau ROSEQ ; on est prêts à en mettre plein leur face ! », poursuit Francis Faubert.

Parmi les fans de la première heure deGrand Fanal se trouverait même Stéphanie Boulay, la moitié blonde du duo Les Sœurs Boulay... qui est aussi la conjointe de Francis Faubert.

Le « Guenillou »

Le nom du tandem lui-même est un vieux gag. « Mon père m’appelait de même quand j’étais plus jeune. ‘Grand fanal !’, pour lui, ça voulait dire ‘Espèce de Grand Flan mou !’. Moi, je voyais ça comme le Bonhonmme Sept heure ou le Guenillou, un personnage de Vagabond qui vient te dire tes 4 vérités. »

« Pierre Morency a aussi un recueil de poésie qui s’appelle Grand Fanal », ajoute-t-il, mais cela n’a « aucun rapport » avec le band, précise Faubert, même s’il adorerait inviter des poètes sur scène, pour qu’« ils déclament pendant qu’on varge autour d’eux ».

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POUR Y ALLER

Quand ? Le 14 mars, dès 20 h

Où ? Le Minotaure

Renseignements : 819-600-6466 ; lepointdevente.com