Alain Barbeau, les membres du groupe Xception, la coordonnatrice Claire Duguay, le percussioniste Jean Sébastien Fafard, Vincent Vallières et Marie-Pier Michaud.

Vivre la scène comme les grands

On s'est permis de pousser la porte des loges de la Maison de la culture de Gatineau une heure avant le lever de rideau. On voulait voler un moment d'intimité, de concentration ou de fébrilité aux lauréats de Gatineau prend la scène (GPS), juste avant que la relève musicale n'embarque sur les planches de cette grande nef. Leur vitrine a le nom d'un navire, Odyssée, qui ouvre tous les horizons, champs et chants du possible.
On pensait les trouver en pleine répétition générale, perle de sueur au front, trac au ventre, mais sourire aux lèvres, ces six lauréats. On les a surpris alanguis sur un grand sofa confortable. Un moment convivial de relaxation, de joies et de blagues partagées. Ils disaient suivre en cela les conseils avisés du parrain de l'événement, Vincent Vallières.
«On a eu beaucoup de formations, cette semaine, ç'a été intense. Il m'a dit 'rendu là, lâche [les pratiques] et amuse-toi!'» témoigne Marie-Pier Michaud, qui a obtempéré. Il faut dire qu'elle voue depuis longtemps un véritable culte à l'interprète de On va s'aimer encore.
Vincent le parrain
Le parrain allait les rejoindre un peu avant l'entracte.
«Je suis très content de (...) partager ces moments précieux. J'ai beaucoup de respect pour l'équipe de diffusion de GPS qui, depuis 12 ans, donne cette tribune aux artistes émergents de l'Outaouais. Les artistes qui s'en viennent son fébriles, mais contents. Et ils m'ont rappelé quelque chose de très important... que faire de la scène n'est pas un droit acquis mais un privilège. Ils vont savourer chaque instant, ce soir», indiquera M. Vallières plus tard, devant le public. Le «parrain» remontera sur les planches de la salle Odyssée ce soir. Cette fois, ce sera lui le clou du spectacle.
«On a été très bien coachés, ça va aller très bien», sourit le bassiste du quatuor country Xception, Richard Groulx. Seul vétéran (56 ans) de la gang, il est parfaitement zen, ne cherchant ni à se convaincre, ni à rassurer ses jeunes collaborateurs.
Il revient tout juste de la scène, où il était allé vérifier le bon fonctionnement de son tuner, prenant le temps d'apprécier au passage les mélodies planantes qui s'évaporaient des instruments d'Alexandre Désilets et ses deux musiciens, Jérôme Hébert et Daniel Baillargeon, qui prolongeaient leur soundcheck.
Affalé sur le sofa, Mathieu Gervais, l'un des deux guitaristes d'Xception, boit du thé en même temps qu'il jette des coups d'oeil à l'énorme écran qui, sur un mur, renvoie les images des la grande scène, où les techniciens s'activent aux derniers préparatifs. «C'est bon pour la voix», m'explique-t-il.
Son complice, le batteur Mike Ladouceur, aux «racines» métal, a soif, lui aussi, mais il opterait plutôt pour «une p'tite frette» s'il en avait une. «Pour jouer de la musique, une bière, ça va toujours mieux», le seconde le percussioniste Jean-Sébastien Fafard, venu rythmer la prestation de Marie-Pier Michaud, Ils resteront à l'eau.
Marie-Pier Michaud jamme en sourdine avec son percussioniste, après avoir emprunté à Xception un bouchon de plastique étouffant la caisse de résonnance de sa guitare.
«Ce soir on va avoir un bon show», l'entend-t-on dire au milieu du chant improvisé.
Rien d'anxiogène, donc, mais le trac est là. Dompté. «Si t'as pas le trac, autant arrêter de jouer de la musique», tranche Mike Ladouceur.
Alain Barbeau, lui, a quitté la loge collective pour aller accorder sa guitare dans un coin, mais aussi «poster une photo de la scène sur mon Facebook et revoir quelques trucs d'interprétation travaillés avec Claire Duguay». La pianiste a passé plusieurs jours à peaufiner l'interprétation vocale avec les lauréats.
Sur scène, Alain Barbeau a ouvert le bal en faisant claquer les cordes de sa guitare et en déroulant les projecteurs de son Cinérama, ne s'arrêtant que pour tutoyer affectueusement le public. Une prestation statique, mais pleine d'entrain, à la technique irréprochable, en picking comme en strumming.
Marie-Pier Michaud lui a succédé. La technique est mois léchée, mais elle laisse généreusement exploser son plaisir et ses émotions, en même temps que sa voix, À 24 ans, c'est un talent prometteur - et visiblement apprécié, à en juger par l'applaudimètre.
C'est toutefois Xception qui a remporté, et de loin, la palme des vivats, Les quatre cow-boys de Masham ont, sur scène, une aisance et une connivence évidentes. Non, les stetsons qu'ils portent ne sont pas magiques. Oui, deux ans de tournées en festival, ça aide. Et puis ils constituent le tout premier groupe de country à être accueilli à GPS, ont-ils rappelé avant d'entonner Depuis chu p'tit, évoquant leur amour pour ce genre qu'ils interprètent en harmonies, mais sur des rythmes trépidants.
Alexandre Désilets
En première partie, Alexandre Désilets a partagé avec le public le stress de ses débuts. Nostalgique, il a renoué avec les chansons d'Escalader L'Ivresse et La Garde, sans toucher aux pièces de Fancy Ghetto, son abum à paraître le 11 février.
L'Aylmerois a interprété entre autres une de ses toutes premières chansons, J'échoue. «C'est paradoxal de présenter ça à un concours», a-t-il reconnnu, mais c'est grâce à elle qu'il a percé.