Viviane Audet.

Viviane Audet, ouragan de simplicité volontaire

Le Couloir des ouragans marque un tournant dans la carrière de Viviane Audet. Si le disque concrétise le « virage folk » amorcé avec son autre projet musical, le trio folk Mentana, dans lequel l'auteure-compositeure-interprète et comédienne chante avec son amoureux, Robin-Joël Cool, c'est surtout « un virage vers la simplicité, le choix minutieux des instruments, une recherche sonore. »
« Comparé au premier album [Le long jeu], c'est très épuré dans les arrangements ; l'élan demeure le même, mais il est contenu. L'ouragan est violent dans les textes mais, musicalement, j'ai cherché à trouver un équilibre pour que ça ne devienne pas trop décoiffant ».
Du folk... pianistique, car « le piano reste mon instrument de prédilection. Dès la création, il est au coeur des balbutiements des mélodies ». Sur lequel Viviane Audet dépose un filet de voix, alors qu'elle a du coffre.
« Quand j'étais jeune, mon père disait souvent "Y'a un squale qui s'en vient", en parlant des ouragans. Ça fait partie de mes souvenirs de la Gaspésie, les tempêtes de vent et la mer déchaînée. Ces images émanent des textes, qui sont chargés émotivement, car il y a eu de gros changements dans ma vie. [...] Des départs et des ruptures assez intenses, que je voulais canaliser et exorciser. »
L'amour est devenu - à son insu, dit-elle - le fil conducteur de cet album où les ambiances jouent avec le beau fixe de « l'oeil de la tempête », et les moments où « c'est la désolation, et il faut se reconstruire ».
« Il y a des chansons tristes, mais j'avais envie de conserver un côté lumineux. Il y a de l'espoir, au bout de tout ça », sourit-elle.
À l'avant-plan, la poésie et l'intime ont remplacé les amusantes historiettes du Long jeu. Rien d'énigmatique, mais il faut « creuser », concède l'artiste. « J'ai eu envie de laisser plus de place à l'auditeur, ne pas lui mettre tout cuit dans les oreilles. Je suis peut-être un peu plus "mystérieuse" [rires] sur ce disque. Autant je m'y suis mise à nu, autant j'y suis allée avec retenue. »
Viviane Audet a profité du Couloir pour explorer d'autres aspects de son métier, notamment la réalisation - avec l'aide de Philippe Brault - et la production. Le disque est hébergé sous l'étiquette Angelica Bye Bye, que l'artiste a fondée en 2012 pour commercialiser la musique originale du film Camion de Rafaël Ouellet, qu'elle avait composée avec Robin-Joël Cool et Erik West-Millette. L'oeuvre a mérité un Jutra, l'an dernier. Le trio signera la trame sonore du prochain film de Ouellet, Gurov et Anna.
« Ça m'a demandé beaucoup de temps et d'énergie, mais j'en suis très fière, car [malgré ses moyens] Angelica a de bonnes bases et de solides collaborateurs - même si ce n'est sans doute pas la meilleure idée au monde que de partir une maison de disque en 2014, vu les problèmes de l'industrie. »
C'est sous ce label que Mentana sortira son premier minialbum, Westen Soil, à l'automne.