Brian Maloney et Lise Villeneuve de la ferme Brylee.

Virée gourmande et nostalgie

On nous a fait goûter des mets et breuvages délicieux au cours de cette virée gourmande organisée hier par la Table agroalimentaire de l'Outaouais.
À quelques kilomètres de Gatineau, des entreprises agricoles produisent des choses très intéressantes. Mais elles demeurent, pour toutes sortes de raisons, méconnues du grand public.
Et c'est dommage.
C'est pour publiciser ces trésors du terroir local que la Table agroalimentaire, soutenue par le ministère de l'Agriculture, y va d'un projet de virées gourmandes en Outaouais.
Quatre entreprises agricoles de Thurso, Montebello et Ripon se regroupent pour offrir des escapades à l'intention de groupes de 10-12 personnes. On offre des forfaits en ligne sur le site www.croquezoutaouais.com.
Histoire de lancer tout ça du bon pied, la Table avait convié les journalistes à une tournée des quatre entreprises: la ferme Brylee, le verger Croque-Pomme, ChocoMotive et le Domaine Mont-Vézeau.
***
Je connaissais déjà ChocoMotive installé depuis cinq ans dans l'ancienne gare de Montebello. Le commerce de Gaétan Tessier et Luc Gielen se passe de présentation. Il sert huit tonnes de chocolat biologique et équitable par année, principalement aux touristes qui passent par là. L'entreprise a remporté de nombreux prix.
Le Verger Croque-Pomme produit cinq cidres et un moût non alcoolisé à partir des 30 variétés de pommes de son verger à Thurso. J'ai manqué de temps pour la visite du vignoble Domaine Mont-Vézeau.
***
Personnellement, j'ai eu un coup de coeur pour la ferme Brylee, à Lochaber, tout près de Thurso.
Mais ça a peu à voir, enfin si peu, avec les brochettes de boeuf et les empenadas qu'on nous a servis pour vanter la table champêtre de l'endroit.
La nourriture était excellente, pas de doute. Mais c'est l'atmosphère des lieux qui m'a conquis. Ça tient aux vieux bâtiments de ferme rouge, aux grands champs ceinturés d'une clôture blanche, à la bonne humeur du fermier, un grand Irlandais maigre et sec, qui ricane en enchaînant les anecdotes.
Brian Maloney est agriculteur depuis 36 ans. Depuis quatre générations, sa famille élève des animaux sur la ferme centenaire. On y compte 300 boeufs et 180 moutons élevés selon la méthode traditionnelle.
Les bêtes sont nourries au pâturage plutôt qu'aux grains comme c'est devenu la norme dans l'industrie agricole. M. Maloney assure que cette façon d'alimenter le bétail donne une viande plus nourrissante et plus saine, même si ça complique sa tâche.
M. Maloney et son épouse Lise Villeneuve ont ouvert une table champêtre il y a quatre ans. Cet été, ils ont eu trois noces rien qu'en juin.
L'endroit est magnifique, vert et paisible. Si la météo est clémente, les gens mangent dehors, sur une grande galerie recouverte d'un porche. S'il pleut, la grange peut recevoir 150 personnes.
On y sert des repas très simples, principalement de la viande et de la salade.
La viande est cuite selon une méthode employée en Argentine, un pays où le bétail est élevé comme sur la ferme Brylee. Même le four est d'inspiration argentine. M. Maloney l'a fabriqué lui-même avec une auge à vache et une tôle ondulée. La viande est cuite à l'abri de la fumée et des flammes, ce qui lui donne une saveur particulière. Rien à voir avec la viande cuite dans un BBQ au propane.
En Argentine, raconte M. Maloney, les gens mangent beaucoup, et longtemps. Parfois jusqu'à deux livres, voire deux livres et demie de viande par repas. Pendant que les enfants ramassent des «cocottes» pour alimenter le feu, les adultes en profitent pour descendre une ou deux bouteilles de vin rouge.
M. Maloney, qui aime le vin rouge, riait en racontant cela. Il m'a fait penser à mon grand-père, lui aussi un grand maigre aux mains noueuses, qui a élevé 13 enfants sur une ferme des Cantons-de-l'Est.
Nous finissions le repas sous la véranda, un vent frais soufflait doucement dans les champs ensoleillés. Les plats reposaient sur une nappe carreautée rouge et blanc. Notre groupe devait partir, mais je l'aurais écouté parler encore longtemps, ce drôle de fermier qui me rappelait mon grand-père.