Dave «Le Nomade» Leduc a gagné la ceinture de champion du monde de boxe birmane chez les plus de 80 kg.

Victoire à mains nues

Depuis trois jours, un spécialiste des arts martiaux mixtes de Gatineau porte une légère cicatrice sous l'oeil droit et surtout une ceinture de champion du monde de boxe birmane à la taille.
« Les gens appellent ça le cousin brutal du muay-thaï, qui est déjà considéré un des sports les plus agressifs. Tu te bats les mains nues et tu as même le droit de donner des coups de tête », souligne Dave Leduc au bout du fil.
Le ton est donné à l'entrevue, qui s'est déroulée lundi au lendemain de sa victoire dans une arène à Yangon, au Myanmar. L'athlète se trouvait dans un hôtel où un peu tout le monde le félicitait.
Même que le gérant de l'endroit l'a interrompu pendant une de ses réponses. « Il voulait une photo avec moi, explique Leduc.
«Le lethwei (boxe birmane) est le sport national ici. Le combat a été diffusé à la télé. Il n'y a pas beaucoup d'étrangers qui sont invités à se battre. Et ils sont encore peu à accepter. J'ai deux amis champions thaïlandais qui se sont déjà fait assommer.»
Un combat dure cinq rounds de trois minutes. Chaque pugiliste a le droit à un temps d'arrêt de deux minutes pour soigner une blessure.
Comment Dave Leduc a-t-il été rémunéré pour son combat? Le promoteur a payé la note pour son mariage avec «la femme de sa vie».
«La seule manière de gagner, c'est par KO. C'est ce qui est un peu fou. C'est pourquoi les Birmanes attaquent comme des taureaux dès le début. Il ne te laisse aucune chance.»
C'était la troisième fois que Leduc se pointait là-bas. En août, il a défait la vedette Too Too, parfait lors de ses 36 sorties précédentes.
«Je ne m'attendais pas à gagner. Ce fut tout un choc pour moi et les autres. On m'avait envoyé là-bas pour perdre. Finalement, j'ai défiguré Too Too avec un coup de genou. Les journaux en ont beaucoup parlé au Myanmar.»
Ce qui a poussé le meilleur ami du perdant à le défier. Tun Tun Min a livré plus de 110 combats dans divers styles d'arts martiaux.
Les deux hommes se sont livré un combat nul en octobre. Puis dimanche, ce fut la revanche.
Leduc était nerveux avant cet affrontement remporté au troisième round. La raison ? Un mariage l'attendait mardi. Le sien.
Ce n'était pas le moment de se démolir le visage ou se briser une jambe. «J'avais un peu ça dans la tête. Je ne voulais pas que ma fiancée Irina marie un perdant, dit-il.
«Puis je voulais avoir une ceinture avec moi pour ce mariage.»
Parlons un instant de cette cérémonie. Elle s'est déroulée selon les traditions birmanes.
C'était dans le «deal» conclu avec le promoteur. Car Dave Leduc n'excelle pas seulement à donner des coups de pied, de poing et de tête. Il a la bosse des affaires.
Ce dernier s'est assuré que l'organisateur du gala assume la facture de son mariage. Sans compter un cachet assez généreux.
«Je n'aurais pu écrire un plus beau scénario que ça. Je gagne et puis je marie la femme de ma vie.»
Ce n'est pas la première fois que Leduc, un ancien joueur de baseball aux Jeux du Québec, fait parler de lui. Il y a deux ans, il a participé à Prison Fight. Une compétition entre combattants étrangers et criminels qui peuvent voir leur sentence réduite en cas de victoire.
«J'ai toujours aimé être différent. Je n'ai jamais voulu être un mouton et suivre tout le monde, dit Leduc.
«Je suis incapable de mettre en mots ce que ça représente pour moi... Toutes ces heures passées au gym Patenaude Gatineau avec mon instructeur Sifu Patrick Marcil, non seulement à s'entraîner, mais aussi à parler. Plus jeune, je regardais des vidéos de boxe birmane sur le web. Je trouvais ça agressif... Je trouvais ça de la bonne télé. Là, je me réveille champion après avoir affronté des gars que je voyais sur ces vidéos.»
Le nouveau marié reprendra le chemin de la Thaïlande où il a loué un logement pour un an. Il se préparera en vue de son prochain combat de boxe birmane, le 16 février, au Japon.