L'objectif du CITA serait d'offrir du soutien à la recherche et au développement aux secteurs agricole et agroalimentaire.

Vers un Alfred fermé, jamais ?

Appelons un chat, un chat. L'Université de Guelph ferme son campus d'Alfred, « premier et seul établissement en agroalimentaire en Ontario » et « étoile montante » (sic) sous l'égide de l'Ontario Agriculture College. Personne ne se berce d'illusions sur le fond de la chose et la nature de la bête. Il s'agit bel et bien d'une fermeture. Il faut bien lire entre les lignes du charabia et de la langue de bois d'« optimiser l'efficience de ses activités » dans une université « investie de l'importante responsabilité d'aider à soutenir la productivité et la vitalité du secteur agroalimentaire de l'Ontario ».
Qui plus est, le recteur de l'université ajoutait, sur le même ton laconique, que « les gains d'efficience obtenus permettront à l'Université de réinvestir les ressources dégagées dans des domaines stratégiques renforçant le soutien au secteur agroalimentaire ». Il précisait que « la refonte des programmes des campus régionaux entraînera la suppression de plus de 37 postes à temps plein à Alfred. Les inscriptions aux campus d'Alfred et de Kemptville seront suspendues au semestre de l'automne 2014 et la prestation des programmes d'études d'ici la fin de 2015.
Sans établir de strict parallèle entre cette fermeture du campus d'Alfred de l'Université de Guelph, annoncée hier, et celle de l'hôpital Montfort en 1997, ce sont des principes équivalents qui sont en jeu. Ils évoquent l'argumentaire du jugement de la Cour supérieure de l'Ontario, en novembre 2000. Elle concluait alors : « L'enjeu est aussi l'incidence des changements proposés sur les droits des membres de la collectivité francophone minoritaire de l'Ontario de faire respecter et protéger son patrimoine culturel et linguistique. »
Nous naviguons dans les mêmes eaux. Même si les temps ont changé et qu'il est solidement établi que les institutions jouent un rôle essentiel dans la vitalité des communautés francophones en milieu minoritaire, nous ne pouvons tolérer un autre rapetissement de l'espace franco-ontarien. Il faut donc se méfier de formules creuses qui annoncent que « l'Université travaille de concert avec le Collège Boréal et La Cité collégiale, et un certain nombre de ministères du gouvernement afin d'offrir des programmes similaires en français aux étudiants francophones de l'Est de l'Ontario. » Ce flou artistique rend d'autant plus ardue la tâche de redonner à l'Université de Guelph - Campus d'Alfred son titre de « collège de langue française par excellence en agroalimentaire. »
Car le campus d'Alfred n'en est pas à sa première crise. Déjà en 1999, on faisait état dans LeDroit des menaces qui planaient sur le collège depuis sa fondation en 1981 et qui avaient résulté en une entente de gestion avec l'Université de Guelph, en 1997, à l'ère du premier ministre conservateur Mike Harris. Or ce sont des difficultés financières à Guelph et un recrutement toujours difficile qui ont conduit à la décision fatidique pour les campus d'Alfred et de Kemptville.
Les défis qui guettent maintenant le collège d'Alfred relèvent à la fois de l'intégrité physique de l'institution, de sa crédibilité académique, de la solidité de ses programmes et équipements, de sa gouvernance francophone et de son financement. Il ne suffit pas de passer un relais hypothétique aux collèges La Cité et Boréal et à « un certain nombre de ministères » pour assurer l'avenir d'une institution branchée sur le respirateur artificiel. Passer le relais, ce n'est pas se débarrasser d'une patate chaude. Pas plus qu'il suffit de s'en distribuer les parties pour faire croire que l'institution est sauvée. Il faut donc que des leaders de l'agroalimentaire, de l'éducation, du monde étudiant et de la francophonie ontarienne se mobilisent et se concertent pour qu'Alfred puisse « renaître » avec autant d'éclat que l'hôpital Montfort.
Ironiquement, cette nouvelle survient le surlendemain de la visite de la première ministre ET ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, Kathleen Wynne, venue remettre un chèque d'un million à la fromagerie St-Albert ? Qui a dit que la main droite ignore souvent ce que fait la main gauche ?