Dans une performance sans tache et une mise en scène efficace, Véronic DiCaire a encore une fois charmé son public, hier, au Théâtre du Casino du Lac-Leamy.

Véronic DiCaire: l'équilibriste «poly-gammes»

La Franco-Ontarienne  ne se contente pas de percher la voix mais parvient à saisir les ruptures dans le rire, le cassement du timbre sur les finales, bref, un travail d'orfèvre. On ne peut être qu'épaté devant une virtuosité de plus en plus évidente.
À l'américaine, sur un fond musical tonitruant, talons aiguilles et épaules nues, Véronic DiCaire débarque en clamant du Beyoncé. Irrésistible aussi bien en Marie-Mai, Lady Gaga ou Céline Dion, elle impose d'emblée son style, croquant l'attitude, les chorégraphies - et non des plus simples - bien silhouettée dans une tunique noire. 
Hier soir, la belle a réussi la performance, rien dans les mains, rien dans les poches. Entendez par là qu'elle n'utilise aucune perruque, aucun changement de costume, à peine un accessoire par-ci par-là. L'ajout de six danseuses et le jeu de lumière tout en faisceau laser ne gâtait rien au tableau mais c'est son interprétation vocale ductile, puissante et claire qui a véritablement mené le bal deux heures durant.  
La chanteuse actuellement au Théâtre du Casino du Lac-Leamy pour des soirées affichant complet a vu sa carrière propulsée depuis La Voix des autres en 2011. Après un séjour à Las Vegas où elle a présenté Voices pendant plusieurs mois, elle revient au Québec...avant de repartir à Vegas où son contrat a été prolongé d'un an. Chapeau bas.    
Cette nature généreuse ne fait pas mystère du travail entrepris - «pas de vacances depuis 2008» glisse-t-elle entre deux tours de chant. 
Dans un spectacle moitié francophone, moitié anglophone et amplement revisité pour sa tournée québécoise, elle alterne moments d'humour et medley de chansons sur le modèle de séquences juke-box. Le tout boosté par un florilège de clins d'oeil à la culture populaire québécoise, dans les « personnages » qu'elle campe autant que les textes qu'elle joue.
Une retransmission des Grammy Awards version Québec très rural et très drôle, une comparaison des palmarès français, américain et québécois dans les années 1980 à hauteur d'ado. Un régal ! Ici, un hommage à Marjo, là à Angèle Arseneault, fort à propos. Des idées de mise en scène, elle n'en manque pas pour déployer ses talents vocaux, et l'on pense à cette séquence d'extraits de films québécois dont elle chante la bande originale simultanément. Séquence émotion...   
Véronic DiCaire sort aussi ses griffes, parfois. Sans être méchante, son coup de patte est fatal. Ainsi Isabelle Boulay «qui a l'air de brailler» dans la parodie hilarante La Voix de la Starac du choc des familles. Tout un programme. 
Ses cocktails-maison déclenchent le fou rire généralisé: Diane Dufresne sur du Carmen Campagne, Emmène moi danser ce soir modernisée selon les lieux de rencontres contemporains - la salle de sport ! 
Et Shakira ? Pour l'imiter, il faudrait imaginer «Kermit en Espagne, ainsi qu'un soupçon de Miss Piggy pour le côté cochon». Quant à Zaz, parfaitement restituée, tout le secret réside dans le nasillement du canard. Lara Fabian, Vanessa Paradis, Coeur de Pirate sont elles aussi croquées avec humour... 
On repartira sur les notes époustouflantes de I will always love you - version longue - et d'Édith Piaf dont on aurait pu croire à du playback.  
Caméléon, elle l'est cette chanteuse «poly-gammes» que l'on espère voir plus souvent chez nous.