Une victoire qui fait oublier les ratés

Il fallait s'y attendre, il y a eu quelques ratés sur le terrain comme dans les gradins hier soir à la Place TD.
Des passes échappées, des sacs alloués, une punition pour avoir eu trop de joueurs sur le jeu, un quart vedette qui a connu des ratés.
Le service aux concessions n'était pas à point, il n'y avait assez de guichets automatiques autour d'un stade nommé pour une banque et certains amateurs rapportaient que la bière n'était pas assez froide, aussi.
Mais après la première victoire de l'histoire de leur équipe, grâce au pied du botteur Brett Maher, 18-17 contre les Argonauts de Toronto, les 24326 partisans ne se plaindront pas trop de leur soirée. Au contraire.
Pour une soirée de grande première au «nouveau» Coffre-fort, ça aurait pu être bien pire. Le cauchemar de circulation qui était craint ne s'est pas produit, pas avant le match en tout cas, ce qui devrait faire plaisir aux gens du quartier Glebe entourant le parc Lansdowne.
C'est l'ancien conseiller du quartier, Clive Doucet, qui n'aurait pas aimé voir un tel spectacle qui a remis de la vie dans ce parc urbain qui, il y a une dizaine d'années, consistait en un stade en état de décrépitude au milieu d'une mer d'asphalte.
Où était Doucet hier? Sais pas. Certainement pas au stade en tout cas.
«S'il fallait avoir un adversaire, aussi bien que ce soit lui. Mais je ne pense pas beaucoup à Clive Doucet maintenant», confiait le copropriétaire Jeff Hunt quand je lui ai demandé s'il avait une pensée pour son ancien tortionnaire, une couple d'heures avant le botté d'envoi.
Non, Hunt s'inquiétait plutôt de l'expérience qui attendait les partisans à l'intérieur du superbe amphithéâtre complètement remodelé.
«Je paierais 10000$ pour pouvoir juste être un amateur ce soir, m'asseoir dans les gradins, relaxer et prendre une bière. J'envie les partisans ce soir, mais je ne me plains pas d'être occupé... Ce stade est mieux que ce que j'avais imaginé, c'est fantastique», confiait le copropriétaire Jeff Hunt moins de deuxheures avant le botté d'envoi.
Dire qu'il a fallu sept ans pour que la vision qu'il partageait avec ses partenaires du Ottawa Sports and Entertainment Group se réalise, malgré les nombreuses embûches placées sur leur chemin à l'Hôtel de Ville ainsi qu'à la Commission des affaires municipales de l'Ontario.
Alors que le quart Henry Burris en a arraché par moments, cédant sous la pression des Argonauts (cinq sacs après trois quarts) et décochant quelques passes hors cibles, quand ses receveurs n'échappaient pas des passes faciles, il en a fait juste assez pour imiter le légendaire Russ Jackson, qui a gagné tant de match à cet endroit au cours de sa carrière qui l'a mené au Temple de la renommée et sur un timbre. Jackson était parmi une centaine d'anciens Rough Riders et Renegades présents pour l'occasion.
Le club a d'ailleurs posé un beau geste à la mi-temps en retirant à nouveau son chandail et ceux des autres joueurs marquants du passé au parc Lansdowne, dont les Whit Tucker, Tony Gabriel et Gerry Organ.
«C'est une soirée spéciale pour les amateurs de football, et même pour ceux qui ne sont pas des amateurs, confiait Jackson avant la rencontre. Le stade est méconnaissable, ça ne ressemble en rien à celui où on jouait. Il y a même un salon réservé aux anciens, ce qui est excellent. Tout est de première classe. C'est spécial pour les anciens qui reviennent, pour les amateurs qui reviennent... Avant, c'était comme si notre passé avait été mis dans un placard, et là il peut sortir à nouveau. Oui, c'est le Rouge et Noir, mais c'est surtout le football d'Ottawa qui revient.»
Et sa renaissance commence par une victoire, comme quand les Sénateurs ont vaincu le Canadien en 1992 à leur retour dans la LNH. C'est bien parti et on verra où ça va mener ce club qui, en passant, n'a pas fait de faux pas au niveau de la langue hier, l'annonceur-maison Mike Sutherland accomplissant un boulot sans reproche.