Coffre en bois courbé, attribué à Charles Edenshaw (1870).

Une faune minutieusement sculptée

Élancé, une barbe courte grisonnante sur un profil d'aigle, il répond au nom de James Hart. Il est le chef du clan de l'Aigle, peuple haïda implanté au nord-est de Vancouver en Colombie-Britannique; un titre qu'il a hérité de son arrière-arrière grand-père Charles Edenshaw dont il est venu défendre les oeuvres à Ottawa.
Jusqu'au 25 mai, le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) offre une exposition de ce grand sculpteur haïda disparu en 1920 et pour lequel la Vancouver Art Gallery a consacré une rétrospective de 200 artefacts. Pas moins de 80 d'entre eux - assiettes, mini-totems, cannes, cuillers, coiffes et bijoux principalement - sont présentés au MBAC, répartis dans cinq salles au sous-sol du musée.
C'est toute une faune minutieusement sculptée qui s'y dévoile au regard, d'ours anthropomorphes, de grenouilles pendues par les pattes arrières, de têtes imbriquées et autres réjouissances pour l'oeil et l'imagination.
Premier défi de l'exposition, l'attribution des artefacts. Elle «peut s'avérer aussi temporaire qu'un glacier menacé par la fonte», prévient la conservatrice Robin Wright dans un essai fort éclairant publié dans le catalogue d'exposition (disponible en anglais, avec traduction française de deux essais dans un supplément). En effet, Edenshaw et ses contemporains n'éprouvaient pas la nécessité de signer leurs travaux; c'est leur style qui les différenciait. Dès lors, comment s'y retrouver dans l'attribution stylistique des travaux des uns et des autres, un siècle plus tard?
«On reconnaît les oeuvres d'Edenshaw à la forme allongée des yeux sculptés, à son goût pour les fioritures ou encore à son utilisation des vides et des pleins», assure Daina Augaitis, conservatrice en chef et directrice associée de la Vancouver Art Gallery. Même si l'attribution des artefacts repose sur des hypothèses s'appuyant sur «les meilleures suppositions du moment», l'échantillon présenté offre un bel aperçu de l'art haïda au tournant du siècle, à une période marquée à la fois par un régime colonial oppressif et la propagation de la petite vérole...
La progression thématique adoptée dans l'exposition permet au public de découvrir sans cesse une nouvelle facette plus féconde du travail de l'artiste. Plus on observe son univers, son sens du détail et de la minutie, plus l'art de Charles Edenshaw devient familier et touchant.
On le découvre en quatre thèmes principaux: perfectionnement du style traditionnel, intérêt à transposer en sculpture les récits et légendes de la nation haïda. Mais aussi utilisation de nouveaux matériaux (l'argent essentiellement - l'or n'ayant aucun intérêt à leurs yeux) et appropriation de concepts visuels novateurs comme la superposition des formes pour créer un effet tridimensionnel. Et enfin, l'importance des croyances ancrées dans les traditions d'un peuple qui continue de puiser dans l'héritage d'Edenshaw. En témoigne la renommée internationale de son arrière-arrière petit fils James Hart toujours en quête de perpétuer l'art haïda de ses ancêtres.
Une exposition en mignardise à dévorer des yeux lors d'un prochain séjour au MBAC. Rappelons que chaque jeudi soir, le musée ouvre gracieusement ses portes aux visiteurs de 17h à 21h.